La réponse de Nicolas Sarkozy à Pauline Marois et Gilles Duceppe

Étant donné que du côté français, personne ne voyait d’inconvénient à dévoiler le contenu de la lettre de Sarkozy qui répondait à Pauline Marois et Gilles Duceppe, voici donc le contenu de ladite lettre.

Madame la Chef de l’opposition officielle, Monsieur le Chef du Bloc québécois,

Je vous remercie de votre lettre du 4 février dernier, qui a retenu toute mon attention.

Depuis mon élection, j’ai eu pour but de refonder la relation franco-québécoise en lui donnant un nouvel élan et en élargissant plus encore le champ de notre coopération.

C’est dans cet esprit que je me suis exprimé en octobre dernier devant l’Assemblée Nationale du Québec en mettant en valeur la relation de fraternité qui unit Français et Québécois. L’importance de la participation de la France à la commémoration du 400ème anniversaire de la fondation de Québec et l’éclat de ces manifestations en France ont été en 2008 une illustration de l’intensité de notre relation et du profond attachement du peuple français au peuple québécois,

C’est dans cet esprit également que j’ai signé avec le Premier ministre du Québec une Entente en matière de reconnaissance des qualifications professionnelles qui favorisera la mobilité professionnelle entre la France et le Québec. Elle permettra aux Français qui ont fait le choix de s’installer au Québec de réussir plus facilement leur intégration professionnelle comme aux Québécois de pouvoir exercer leur profession en France. Il s’agit là d’un progrès social et humain exceptionnel, sans équivalent entre deux partenaires situés sur des continents différents.

C’est dans cet esprit enfin que la France a tenu à rendre hommage au peuple québécois en distinguant en 2008 quinze personnalités québécoises de tout premier rang en leur remettant les insignes de l’Ordre national du Mérite ou de la Légion d’Honneur. Dans ce contexte, j’ai eu le plaisir de décorer le 2 février le Premier ministre du Québec des insignes de Commandeur de la Légion d’Honneur. J’ai souligné que cet hommage s’adressait à la personne du Premier ministre mais, au-delà, à la Nation québécoise toute entière.

Ma volonté est d’aller plus loin encore, en approfondissant dans tous les domaines la relation unique qui lie la France et le Québec. Je pense notamment aux domaines économique, scientifique et universitaire, car ce sont les clefs de notre avenir commun, ou encore à notre coopération dans les domaines de la santé et de l’environnement.

Je souhaite que cette nouvelle relation franco-québécoise s’épanouisse en harmonie avec la relation que la France entretient avec le Canada dans son ensemble. Cette communauté d’action est déterminante pour faire avancer les causes auxquelles nous tenons. La victoire commune que nous avons remportée pour la reconnaissance de la diversité culturelle en est l’illustration. Je pense également au projet de nouvel accord entre l’Union européenne et le Canada, pour lequel le Québec joue un rôle moteur. Cette communauté d’action est d’autant plus nécessaire dans le contexte de la crise économique mondiale que nous subissons, dans laquelle la langue française et les valeurs de la francophonie que nous portons ensemble constituent l’un de nos atouts les plus précieux.

Les Québécois, dans la diversité de leurs engagements et de leurs opinions, tiennent une place particulière dans le cœur des Français. Ce lien si profond qui nous unit, fondé sur le respect, la fraternité et la francophonie, constitue notre trésor commun. C’est ce trésor que je voudrais, avec tous les Québécois, promouvoir et valoriser davantage encore.

Je vous prie de croire, Madame la Chef de l’opposition officielle, Monsieur le Chef du Bloc québécois, à l’assurance de ma considération.

Ce n’est pas un truc!, MM. Sarkozy, Desmarais et Charest

par Robin Philpot, Auteur de Derrière l’État Desmarais: POWER. (Les Intouchables, 2008), publié dans l’édition du 04 février 2009 du quotidien Le Devoir.

La non-ingérence et la non-indifférence, ce n’est pas mon truc!» Voilà que Paul Desmarais récolte ce qu’il a semé depuis la campagne référendaire de 1995. Ne nous trompons pas! La déclaration de Nicolas Sarkozy à l’Élysée en compagnie de Paul Desmarais et un certain premier ministre du Québec n’est qu’une autre manche dans la campagne référendaire lancée par Jacques Parizeau lors de son élection en septembre 1994.

Rappelons brièvement les événements. Jacques Chirac a remporté l’élection présidentielle française de mai 1995, renvoyant ainsi son adversaire Édouard Balladur et, surtout, le partisan le plus enthousiaste de celui-ci, Nicolas Sarkozy, dans les limbes politiques. Peu après l’élection, Jacques Chirac a déclaré clairement à l’émission Larry King Live de CNN que la France reconnaîtrait le Québec en cas d’une victoire du Oui au référendum du 30 octobre 1995. Le Québec et le mouvement souverainiste ont gagné une première manche. Mais les adversaires n’allaient pas dormir au gaz. Comme nous le savons, d’Ottawa à Vancouver et de Montréal à Halifax, ils ont mis à contribution leur appareil d’État, leurs médias, leurs portefeuilles et tout le «Corporate Canada», pour reprendre les mots de l’ancien Capitaine Canada Brian Tobin. Et à la tête de ce «Corporate Canada», on retrouve Power Corporation et son chef Paul Desmarais. On connaît le résultat du référendum ainsi que les suites: Charest à Québec, le plan B, la loi dite de la clarté, les commandites et le reste. Ce qu’on connaît moins, c’est l’acharnement des «unitaristes» canadiens à faire infléchir la politique française à l’égard du Québec. Si les Québécois votaient en faveur de la souveraineté, la clé de la réussite se trouverait dans la reconnaissance internationale de ce nouveau pays. De même, les adversaires de la souveraineté ne sont pas sans ignorer qu’une façon de mettre un couvercle hermétique sur le Québec consisterait à réduire à une relation banale, voire folklorique, les rapports particuliers et exceptionnels entre la France et le Québec qui datent du célèbre «Vive le Québec libre» de 1967, et qui demeurait un terrible irritant pour une France qui voudrait améliorer ses relations avec le Canada. Entrent en scène de nouveau Paul Desmarais et Power Corporation. 

Nicolas Sarkozy était un politicien défait en 1995, et un politicien défait est toujours une proie facile. Paul Desmarais le sait pertinemment, car c’est en des moments de creux qu’il a réussi à mettre à sa main tant de politiciens québécois et canadiens, de Daniel Johnson à Jean Charest en passant par Jean-Jacques Bertrand, Brian Mulroney et Paul Martin, sans oublier une tentative sans succès avec René Lévesque. C’est à ce moment en 1995, quand Jacques Chirac s’apprêtait à reconnaître le Québec, que Paul Desmarais est devenu l’ami de Nicolas Sarkozy. Pendant douze ans, de 1995 à 2007, les Desmarais père et fils ont cultivé cette relation d’amitié à coups de visites à Sagard et de soutien à la campagne politique de l’actuel président, de telle sorte que Paul Desmarais était l’un des deux seuls convives de nationalité étrangère à assister à la fête de la victoire de Sarkozy au Fouquet’s le 6 mai 2007. Et il a reçu du même président Sarkozy, le 

15 février 2008, la plus haute distinction française, la grand-croix de la Légion d’honneur, deux grades au-dessus de la distinction donnée à Jean Charest. 

Les efforts des Desmarais ont porté fruit sur le plan politique, comme nous le voyons, mais aussi sur le plan économique. Les Desmarais, de concert avec leur complice de toujours le Belge Albert Frère, sont maintenant les actionnaires de référence de deux des plus grandes entreprises françaises, soit la pétrolière Total, quatrième au monde, et la gazière GDF-Suez. Dans le cas de GDF-Suez, d’ailleurs, c’est Nicolas Sarkozy qui a privatisé Gaz de France au profit de l’entreprise Suez contrôlée par Desmarais et Frère.

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Nicolas Sarkozy dénonce le sectarisme des souverainistes

Nicolas Sarkozy remet les pieds dans le plat et confirme sa pensée pour ceux qui pensaient encore que le débat qu’il avait soulevé en Octobre dernier n’était du qu’à une mauvaise interprétation de ses propos.

Entretien avec Martin Lemay, Député PQ

Entretien exclusif du républicain québécois

Martin Lemay est le député “péquiste” (Parti Québécois) de la circonscription de Sainte-Marie-Saint-Jacques (Montréal) à l’Assemblée nationale du Québec depuis 2006.

Porte parole de l’opposition officielle en ce qui concerne la métropole montréalaise, il est aussi Président de son caucus de Député depuis le 09 janvier dernier.
Au cours de son second mandat (2007-2008), il a été porte-parole du deuxième groupe d’opposition en matière de citoyenneté, d’immigration et de communauté. C’est à ce titre que nous l’avons rencontré le 18 novembre dernier, en pleine campagne électorale. 

L’entretien est téléchargeable en PDF:
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Martin LemayM. Lemay, soucieux de préserver la culture québécoise, notamment face aux dangers du multiculturalisme, vous avez pris plusieurs fois position en faveur d’une approche rénovée de l’immigration au Québec. À ce titre, la décision de Mme la Ministre James de faire signer une déclaration aux nouveaux immigrants les engageant à respecter les valeurs québécoises vous semble-t-elle aller dans le bon sens?

  • J’aimerai dire deux choses à ce propos. Tout d’abord, il y a une confusion qui entoure la signature de cette déclaration : est-elle obligatoire ou non? Si elle est obligatoire, elle implique que vous ne receviez pas votre Certificat de Sélection au Québec [CSQ]; ou est-ce un papier demandé parmi tant d’autres et cette déclaration n’emporte aucune conséquence en cas de refus. Dans ce cas, elle ne donne absolument rien…

Ensuite, il y a la manière d’aborder le sujet. Je trouve le procédé risible et réellement scandaleux parce qu’on vous demande de signer un papier sans qu’il y ait de contrepartie, c’est à dire que c’est à vous, en tant qu’immigrant, de vous débrouiller avec cela. Alors, certes, des valeurs ça peut s’apprendre “intellectuellement”, mais ça doit aussi se sentir avec le temps et on ne peut pas, par contrat, dire que vous allez intégrer un ensemble de valeurs en quelques heures.

Vous regrettez donc que ce document n’est aucune valeur juridique et qu’au final il ne soit, au mieux, qu’une déclaration d’intention et, au pire, une simple formalité administrative de plus pour les immigrants?

  • Ce n’est pas aussi simple que ce que le projet de la Ministre nous présente… sans oublier qu’elle ne s’engage à rien en retour. C’est “signez ici” et elle ne s’engage pas à offrir des cours de français, un encadrement pour trouver un emploi, ou aider l’immigrant à faire reconnaître ses diplômes le plus rapidement possible.
    Je trouve que ça n’amène absolument rien au débat, et la manière vraiment scandaleuse dont cela a été fait, à quelques jours d’une campagne que M. Charest a lui-même déclenché : on a, passez-moi l’expression, « garroché » ce texte.

J’imagine que vous regrettez l’absence de débat sur le sujet?

  • Il n’y a eu aucun débat : la Ministre a annoncé cela à Montréal, je n’étais pas au courant et n’en ai eu connaissance que quelques heures plus tard. De plus, ce n’est qu’un plan d’action. Un projet de loi a certes été déposé mais il est mort au feuilleton à cause des élections. Donc tout cela est d’un cynisme époustouflant. Considérant l’important débat que nous avons eu ces dernières années, nous croyons que le dossier aurait pu être traité avec beaucoup plus de sérieux qu’il ne l’est actuellement. On se demande si M. Charest ne cherchait pas à se débarrasser de cette question pour démontrer que les libéraux ont fait leur travail. Au final, bien sûr, ce n’est pas vrai : tout est à recommencer et les documents déposés demeurent des plans d’action, c’est à dire que ce ne sont pas des lois, ni des obligations communes.

Car, effectivement, le projet fait reporter ultimement la charge de l’intégration sur l’immigrant, notamment en se contentant de reporter les mesures de francisation à la période précédent son arrivée au Québec, c’est à dire quand il est encore dans son pays d’origine…

  • Un processus d’immigration c’est plusieurs mois voire plusieurs années. En conséquence, si, au cours de ce long processus, l’immigrant peut commencer à apprendre le français en amont, je trouve que cela est une bonne idée. Mais il ne s’agit pas que de cela, il faudrait faire en sorte que cette période soit aussi bonifiée pour assurer la reconnaissance des diplômes, etc. En bref, faire avancer le dossier au maximum pour que l’arrivée se fasse le mieux possible. L’immigré qui arrive doit pouvoir gagner sa vie et n’a pas le temps d’attendre 6, 7, 8 mois avant de pouvoir accéder à un cours de français : il faut que cela soit immédiat.
    Et puis, il y a un second aspect que je souhaitais aborder au sujet de ces cours de français. Si un immigrant sollicite le Ministère de l’immigration pour y accéder, il pourra être rémunéré pour cela, ce qui est une bonne chose d’ailleurs. Par contre, s’il suit ce cours par le biais du Ministère de l’éducation dans un Collège ou une Université, il n’aura pas de revenu. Il y a une évidente inégalité de traitement. Il faut donc remettre un peu de sérieux dans notre politique d’immigration, autant pour la société québécoise que pour l’immigrant, lui-même.

En matière de francophonie, vous ne pensez pas que cela soit un peu vain, puisque, on le sait, il est de plus en plus difficile pour des immigrants francophones unilingues, de trouver de l’emploi, notamment sur Montréal?

  • La confusion des messages devra cesser à cet égard, parce qu’effectivement de nombreux immigrants sont unilingues francophones. Dans le programme du PQ, nous prenons l’engagement de vérifier, auprès des employeurs, cette supposée nécessité du bilinguisme. On reconnaît certes que cela est fondamental dans certains secteurs de l’activité économique, mais on a de sérieux doutes sur cette demande de bilinguisme à si grande échelle. D’où la nécessité de mener des enquêtes.
    Mais, lorsque je vous parlais de confusion de message, la politique canadienne entretient cette confusion là : les gens arrivant au Québec reconnaissent effectivement le français comme langue officielle mais, dans le même temps, on a cette politique canadienne avec le bilinguisme, le multiculturalisme et, au final, la citoyenneté canadienne. Évidemment, notre indépendance, notre souveraineté réglerait, entre autres choses, ces confusions.
    Il n’y a rien de pire qu’être une Province se dotant d’une politique d’immigration, alors que, dans le fond, on ne contrôle ni les tenants, ni les aboutissants de cette politique. Ultimement, il y a cette citoyenneté canadienne que les gens souhaitent légitimement, mais qui ne favorise pas le combat linguistique au Québec.
    Bien évidemment, il faudra aussi mettre l’accent sur la régionalisation car les emplois existent aussi en dehors de Montréal, en particulier à Québec qui est une ville qui explose sur le plan économique. Lorsque nous avons tenus la commission sur les niveaux d’immigration au Québec, plusieurs Régions sont venues nous solliciter pour expliquer leur besoin en immigration, en main d’œuvre. Elles sont prêtes à accueillir les gens. La politique de régionalisation doit donc être beaucoup plus énergique qu’elle l’est présentement, même si on comprend que, comme dans la plupart des pays, les immigrants sont d’abord attirés par les grandes métropoles.

Pour en revenir à la déclaration sur les valeurs, comment expliquez-vous que l’accent soit mis sur la francophonie, en tant que telle, et non sur des valeurs comme l’égalité, la tolérance, etc.? Est-ce que ce n’est pas confondre le moyen et la fin?

  • Nous sommes d’avis que si vous parlez la langue de la majorité vous intégrerez d’autant plus facilement ses valeurs. En toute logique, les deux vont ensemble et sont intimement liées. La francophonie est donc au cœur de nos valeurs parce que c’est elle qui permettra de les comprendre, ainsi que les « codes » de la société.
    C’est fondamental, surtout dans la perspective de cette volonté de perdurer en Amérique du Nord (nous ne sommes pas plus de 3%). Nous n’avons pas toute la diversité culturelle linguistique et culturelle de l’Europe: c’est anglo-saxon, avec toute la puissance culturelle des États-Unis juste à côté. Il faut donc trouver des moyens de perdurer. Alors, beaucoup de monde nous critiquent à ce sujet, mais ils oublient toujours ce constat. La mondialisation c’est surtout l’américanisation, ne nous le cachons pas, et les États-Unis sont juste à côté, à moins d’une heure et à 6h de voiture de New-York! Le défi est donc d’autant plus grand à relever : pour beaucoup, arriver au Québec c’est arriver en Amérique du Nord, donc c’est l’anglais…
    Alors, permettez-moi de vous témoigner de mon désaccord à l’égard des récents propos de votre Président à Québec.

Pour atteindre cet objectif de francisation, pensez-vous qu’il faille durcir les processus de sélection?

  • Je ne pense vraiment pas que ce la soit nécessaire, dès lors que l’on adopte une politique plus sérieuse que celle que je vous décrivais tout à l’heure. Nous sommes d’avis au Parti Québécois que cela prend quelques réformes au Ministère de l’immigration, mais serrer la vis ne servirait à rien. Or cas de demandes de réfugiés ou de regroupement familiaux qui sont du ressort fédéral, il est certain que la tendance restera francophone-francophile au niveau de l’immigration économique… mais encore faut-il que ces gens là y trouvent leur compte, car ce n’est pas toujours le cas, je le reconnais, sur le plan du travail ou de la reconnaissance des acquis.
    Je le répète, l’immigration c’est un contrat à deux niveaux: l’immigrant a des responsabilités, mais la société d’accueil en a aussi.

La voie de l’immigration est inéluctable pour le Québec. Différentes analysent ont démontré qu’il faudrait 300.000 nouveaux immigrants chaque année pour assurer l’équilibre…

  • Je ne crois pas à ces chiffres. On désigne là du travail au rabais et même les 45.000 immigrants annuels, nous les atteignons difficilement. Je ne crois pas que le problème réside dans le niveau de l’immigration. Nous préférons parler de stratégie plutôt que de niveau. Ce Gouvernement ne nous parle que de chiffres, mais nous préférons dire oui à un niveau de francisation plus élevé, oui à une hausse du budget pour suivre les gens qui entrent dans un processus de reconnaissance des acquis, et oui à une politique de régionalisation de l’immigration. Il est impératif de mieux organiser l’accueil avec les services de la Province, mais aussi avec les organismes communautaires, les associations d’employeurs, les ordres professionnels, les universités, etc., pour que ces gens ne perdent pas 3 ou 4 années de leur vie. Nous n’avons plus les moyens de perdre un talent.

La reconnaissance des formations est longue elle aussi: plusieurs mois pour la seule reconnaissance des diplômes obtenus hors-Québec, parfois plusieurs années pour certaines professions réglementées…

  • En fait, les ordres professionnels vont demander de mettre à jour certaines connaissances par l’obtention de certificats, mais le rôle de ces ordres n’est pas que d’agréer de nouveaux membres: leur mandat, avant tout, c’est de veiller à la protection du public. Le problème, c’est que les Universités ne proposent pas ces cours d’appoints et demandent à ce que les années soient reprises au complet. Alors vous recevez quelqu’un qui a trente ans, qui a une famille à faire vivre et qui est obligé de retourner à l’école à temps plein. Et après cela, certains employeurs ont encore des inquiétudes à l’égard de diplômes obtenus à l’étranger, sans qu’ils sachent toutes les démarches que l’immigrant a pu entreprendre pour les faire reconnaître ici. De plus, pour l’immigré non-francophone, cela prend en plus un permis de l’office de la langue française; or, seuls deux bureaux au Québec sont en mesure de le fournir.
    On le voit, le système n’est pas adapté pour aider l’immigrant qui se perd dans ce dédale administratif extrêmement complexe.

Y a-t-il des expériences de testing auprès des employeurs pour apprécier les discriminations à l’embauche?

  • Je connais une personne a qui s’est arrivé, qui a fait cela et qui a gagné devant la commission des droits de la personne. Il avait changé son nom pour “Tremblay” et il a été appelé pour l’employeur. Il n’a pas nécessairement été embauché mais a été appelé…
    Sans sortir les “gros mots”, je pense que les gens ont douté de la qualité de sa formation. À mon avis, il s’agit plutôt d’une méconnaissance et c’est à nous, en tant que pouvoir public, de parler aux associations d’employeur pour les inciter à embaucher ses travailleurs spécialisés dont le Québec a besoin. Après toutes ses démarches complexes dont on parlé, et qui, en plus, coûtent de l’argent, on a aussi à assumer nos responsabilités. Il ne s’agit pas de donner une « partie gratuite », mais de leur dire « voici le cheminement et nous allons vous accompagner… » Ce n’est ni trop exiger, ni trop offrir.

Nicolas Sarkozy a exprimé à plusieurs reprises son intérêt pour le communautarisme et le multiculturalisme à la canadienne. Pourtant, les 27 pays européens viennent d’adopter une position commune dans laquelle la langue est considérée comme l’un des trois piliers dans les politiques migratoires. Cette tendance témoigne-t-elle de la validité de votre approche linguistique de l’intégration?

  • Avec mon bureau, nous sommes en train d’effectuer un travail sur l’ensemble des pays occidentaux qui amendent actuellement leurs lois sur l’immigration et tous ces pays parlent de langue, d’apprentissage de l’histoire nationale, etc. Même l’Angleterre…
    Il n’a plus que le Canada à faire cavalier seul avec son communautarisme, quand l’Angleterre, pays du multiculturalisme par excellence, est en train d’y renoncer. Le Home office vient de déposer un projet de loi qui établit trois étapes pour accéder à la citoyenneté britannique et parmi les critères évalués il y a langue, bien sûr, mais aussi l’implication, non pas dans sa communauté, mais dans la communauté nationale. En conséquence, le Canada est de plus en plus isolé dans cette stratégie. La décision des États membres de l’Union Européenne confirme que la question linguistique doit être au centre des politiques d’immigration.

Enfin, pour conclure, nous aurions souhaité que vous nous présentiez les mesures qu’adoptera votre parti une fois aux affaires, pour répondre à cet enjeu de société alors que le Québec évolue dans une société sans cesse plus globalisée.

  • Il s’agit d’un véritable combat politique que nous devons mener afin de rapatrier tous les pouvoirs en matière d’immigration. On souhaite la souveraineté au Parti Québécois, bien évidemment, mais le rapatriement de ces pouvoirs permettrait, dans un premier temps de cesser les confusions de messages dont je faisais mention tantôt. Il s’agit là de la première bataille.
    A vrai dire, même si je n’aime pas vraiment le terme de contrat, il s’agit aussi de définir rapidement les obligations des uns et des autres, pas de juste de l’immigrant et de la société d’accueil, mais des deux. Il me semble intéressant que les deux parties s’entendent dans une démarche commune pour faciliter l’intégration.
    Troisièmement, il s’agirait de faire le ménage dans la désorganisation totale du Ministère de l’immigration. En passant, je vous souligne que quatre ministères interviennent en la matière: l’immigration, évidemment, la santé, emploi et solidarité sociale, éducation. Certes il y a un budget de 270 millions de dollars assigné à cette mission, mais il est divisé en quatre. Je défie quiconque de s’y retrouver dans tous cela. Plus tôt je vous ai parlé des cours de langue, c’est devenu un exemple classique…
    Ensuite, je vous dirai qu’en matière d’immigration, il y a un ensemble d’organismes communautaires qui ont développé une expertise extraordinaire sur laquelle il faudra s’appuyer pour aller plus en avant. Ces partenaires devront être intégrés de façon plus importante.
    Enfin, je vais me répéter, il faut entreprendre une politique énergique de régionalisation pour que les régions soient prêtes à accueillir les nouveaux arrivants, que ces derniers aient le meilleur encadrement possible et qu’ils puissent travailler très rapidement. En fin de compte, on parle de valeurs, d’apprentissage de langue, etc., mais c’est l’emploi la principale finalité. Si, les nouveaux arrivants sont obligés d’apprendre l’anglais pour gagner leur vie, ils vont l’apprendre et ce sera normal, mais notre objectif ne sera pas atteint. Il faut que les gens qui arrivent gagnent leur vie le plus rapidement possible, mais en français.
    Donc comme vous pouvez le constater, il y a encore beaucoup de travail devant nous…

 

Propos recueillis le 18 novembre 2008 par Florent Michelot au local de campagne de Martin Lemay.

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Le PQ nouveau

Par Robert Dutrisac, publié dans l’édition des 17 et 18 janvier 2009 du quotidien Le Devoir

Le gouvernement Charest a fait face cette semaine à l’Assemblée nationale à une opposition unie et dynamique

L'autorité de Pauline Marois sur le PQ ne fait plus de doute.Québec — Pauline Marois n’a pas manqué une occasion cette semaine de dénoncer l’inutilité de la session extraordinaire de trois jours au cours de laquelle les députés du nouveau gouvernement Charest et de l’opposition ont croisé le fer pour la première fois à l’Assemblée nationale. Les deux périodes de questions de mercredi et jeudi ont pourtant donné un avant-goût de la force de l’opposition officielle formée de 51 élus du Parti québécois et de ce qui attend les libéraux lorsque la véritable session commencera en mars.

«Le Parti québécois a retrouvé son âme, a confié un député libéral. Tout ce qu’on a pu faire, c’est jouer du bon hockey défensif. C’est pas comme ça qu’on marque des buts.» De fait, si le PQ continue sur sa lancée, il pourrait s’avérer la meilleure opposition officielle à l’Assemblée nationale depuis la députation libérale de la fin des années 90.

En 2007, l’opposition officielle formée de 41 députés adéquistes manquait manifestement d’expérience. Il a fallu un an avant que la plupart d’entre eux ne sortent de l’amateurisme. Qui plus est, d’être passé si près de prendre le pouvoir a semblé brouiller le jugement de Mario Dumont, ce qui s’est soldé par le recours à des tactiques douteuses, comme son absence lors des négociations du premier budget du gouvernement Charest et la motion de défiance sur l’abolition des commissions scolaires que l’ADQ a présentée à l’automne 2007 sans jamais y croire.

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Présentation du nouveau Gouvernement de J. Charest

Jean Charest a présenté son nouveau Gouvernement. Il est composé de 26 Ministres et respecte scrupuleusement la partité homme-femme.

Voici la liste des ministres du gouvernement de Jean Charest:

  • Jean Charest, Premier ministre;
  • Nathalie Normandeau, Vicepremière ministre, ministre des Affaires municipales et des Régions et de l’Occupation du territoire, ministre responsable de la région de la GaspésieÎlesdelaMadeleine;
  • Monique Gagnon-Tremblay, Présidente du Conseil du trésor, ministre responsable de l’Administration gouvernementale, ministre responsable de la région de l’Estrie;
  • Monique Jérôme-Forget, ministre des Finances, ministre responsable des Infrastructures;
  • Jacques P. Dupuis, Leader parlementaire du gouvernement, ministre de la Sécurité publique, ministre responsable des Affaires intergouvernementales canadiennes et de la Réforme des institutions démocratiques;
  • Line Beauchamp, ministre du Développement durable, de l’Environnement et des Parcs, Leader parlementaire adjointe du gouvernement;
  • Claude Béchard, ministre des Ressources naturelles et de la Faune, ministre responsable de la région du BasSaintLaurent;
  • Michelle Courchesne, ministre de l’Éducation, du Loisir et du Sport, ministre responsable de la région de Laval;
  • Raymond Bachand, ministre du Développement économique, de l’Innovation et de l’Exportation, ministre responsable de la région de Montréal;
  • Yves Bolduc, ministre de la Santé et des Services sociaux;
  • Laurent Lessard, ministre de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation, ministre responsable de la région de ChaudièreAppalaches et de la région du CentreduQuébec;
  • Julie Boulet, ministre des Transports, ministre responsable de la région de la Mauricie;
  • Kathleen Weil, ministre de la Justice;
  • Pierre Arcand, ministre des Relations internationales, ministre responsable de la Francophonie;
  • Sam Hamad, ministre de l’Emploi et de la Solidarité sociale, ministre responsable de la région de la CapitaleNationale;
  • David Whissell, ministre du Travail, ministre responsable de la région des Laurentides et de la région de Lanaudière;
  • Yolande James, ministre de l’Immigration et des Communautés culturelles;
  • Nicole Ménard, ministre du Tourisme, ministre responsable de la région de la Montérégie;
  • Robert Dutil, ministre du Revenu;
  • Pierre Corbeil, ministre responsable des Affaires autochtones, ministre responsable de la région de l’AbitibiTémiscamingue et de la région du NordduQuébec;
  • Marguerite Blais, ministre responsable des Aînés;
  • Christine St-Pierre, ministre de la Culture, des Communications et de la Condition féminine;
  • Tony Tomassi, ministre de la Famille;
  • Dominique Vien, ministre des Services gouvernementaux;
  • Lise Thériault, ministre déléguée aux Services sociaux;
  • Norman MacMillan, ministre délégué aux Transports, ministre responsable de la région de l’Outaouais;
  • Serge Simard, ministre délégué aux Ressources naturelles et à la Faune, ministre responsable de la région du SaguenayLacSaintJean et de la région de la CôteNord;
  • Pierre Moreau, Whip en chef du gouvernement;
  • Lawrence Bergman, Président du caucus des députés ministériels.

Source: La presse canadienne

Le « nouveau Charest » et la désaffection civique

Par le Conseil de la souveraineté

Résultat de travaux de focus-groups et de données de sondages, le nouveau « produit Charest » fut mis en marché comme le sont les nouvelles savonnettes, dans des contextes parfaitement contrôlés. Sans retour. Sans débat.

Une courte majorité. Mais une épaisse couche de cynisme. De toute son existence le Québec n’aura jamais si peu voté. Jean Charest se maintient au pouvoir avec l’appui de moins de 25% des électeurs. Le pire score de toute l’Amérique du Nord. Pire que celui des Américains ! Un record de désaffection civique. Une magistrale régression démocratique. Comment en sommes-nous venus là ? Une addition de facteurs.

D’abord, la répétition abusive du processus. Usant ! Aussi l’instrumentalisation strictement partisane de l’exercice à la seule fin d’incruster son pouvoir. Dégradant. Tertio. Le formatage du message comme des publicités répétées. Abrutissant ! Quarto. Le tout sur fond de combat de coqs. Abêtissant ! Plus grave encore, des politiciens savaient qu’ils allaient trouver leur compte dans la dépolitisation du processus démocratique. Navrant ! J’ai nommé Jean Charest.

Cette élection n’avait pas lieu d’être. Le peuple le savait. Il l’a dit. On s’est foutu de sa gueule. Il s’est foutu de la gueule des politiciens.

On lui a dit qu’il y avait une récession MONDIALE et qu’une tempête terrible allait s’abattre. Aucun plan, aucun chiffre. Plutôt des millions et des milliards. Et dans un type d’État sans grands pouvoirs, ni ressources significatives et ni accès aux forums où s’élaborent les solutions durables. Quand c’est MONDIAL, ce n’est pas provincial, ça regarde Ottawa. Quand c’est l’économie, ce n’est pas les services, ça le regarde aussi. D’ailleurs, en pleine campagne électorale québécoise, les manifestants interpellaient Harper, pas Charest. D’autant plus que lui-même s’échinait à ignorer le seul instrument de développement économique qui avait à sa portée, la Caisse de dépôt et de placement, dont il ne voulait, pour rien au monde, entendre parler. Alors l’économie ? C’était pour faire semblant ! Le peuple l’a vite su. Il a haussé les épaules et détourné la tête.

Mais il y avait aussi un « nouveau Charest » lui a-t-on dit. « Packagé » et vendu comme un nouveau produit « plus authentique », « moins arrogant », « rassembleur ». Résultat de travaux de focus-groups et de données de sondages, le nouveau « produit Charest » fut mis en marché comme le sont les nouvelles savonnettes, dans des contextes parfaitement contrôlés. Sans retour. Sans débat. Le message s’adressait aux consommateurs. Les citoyens, eux, sont restés chez eux.

Et ce produit était maintenant québécois ! Il a planté Harper (oui, délicatement !). Il a défendu le Bloc (oui, avec hésitations). Il a fait appel aux votes souverainistes (oui, en se pinçant les lèvres). Et maintenant il rêve d’une « stature » internationale pour le Québec (oui, pour faire oublier que la question de son statut en est la condition première !). Il a parlé avec monsieur Sarkozy (oui, entre deux avions). Etc. Etc.

« Il y a bel et bien une « révolution Charest » » nous affirme Patrice Servant, son principal rédacteur de discours, dans La Presse du 11 décembre dernier, en nous assurant qu’il était maintenant « pleinement et en son âme et conscience, premier ministre du Québec ». Ah oui ! Et non plus « Captain Canada » ? Qui l’a cru ? Il est vrai que le Québec est habitué aux belles phrases. Elles jalonnent son histoire. Même monsieur Harper, naguère, en a eu des jolies à son endroit. Y aurait-il des surprises à en entendre de la bouche de monsieur Charest ? Peut-être pas. Est-ce suffisant pour aller voter ? Assurément non.

N’aide pas la dérive médiatique de plus en plus prononcée à couvrir les campagnes électorales davantage comme des combats de coqs que comme des choix de société à débattre et à faire. On nous dit tout des politiciens. Très peu des politiques. Tout des coulisses. Très peu des enjeux. Nous sommes au spectacle ! La presse elle-même y détenant un grand rôle avec ses « premières » et ses « scoops » pas toujours dépourvus d’intérêt, y compris pécuniaires. Et nous ? Toujours consommateurs. Très peu citoyens.

La démocratie est une construction permanente. Le processus électoral en est une modalité délicate. Cette fois-ci, au Québec en décembre comme au Canada en octobre, elle a été détournée de sa finalité par opportunisme, électoralisme et partisannerie crasse. Résultats ? Abstentionnisme record, cynisme et dépolitisation qui sont de puissants ingrédients d’une démocratie musclée ou d’une gouvernance autoritaire. En 2008 il devrait être permis de rêver à des objectifs autres que ceux de battre les records de Maurice Duplessis ?

Le bilan d’une insipide campagne

Au terme de ce mois de campagne électorale, on en viendrait à se dire que la soirée électorale en aura été le moment le plus palpitant avec le débat. En fait, il n’y a pas eu de véritable enjeu dans cette campagne. N’en déplaise à Jean Charest, l’économie n’a pas monopolisé le débat, l’affaire de la caisse des dépôts n’a pas pris, la crise parlementaire à Ottawa a masqué les débat ici. Alors, à part, peut-être, cette inquiétude récente de voir un nombre record d’électeurs décider de boycotter l’élection, cette campagne a été aussi imprévisible que le reflet du désintérêt des Québécois. 57% d’abstention ! Comment se réjouir d’une victoire après cela…

CharestJean Charest nous avait prévenu, cette élection serait un moment “tellement important pour nous et pour notre avenir” que les 4 sièges de majorités remportés hier devraient nous permettre d’affronter les difficultés à venir. Alors que la crise économique s’abatte sur Québec et sa Province !, Jean Charest est prêt à lui faire front avec ses 65 collègues libéraux…

Le parie était risqué début novembre pour lui de déclencher ces élections, les “dissolutions de confort” n’offrant pas toujours les résultats escomptés. Le cas de Stephen Harper le 14 octobre dernier contribue notamment à douter de l’efficacité de cet opportunisme électoral. Mais M. Charest voulait une majorité, il l’a eu en augmentant son adhésion populaire de 9 points et surtout en arrachant 18 nouveaux Députés.

MaroisLe Parti Québecois ressort la tête de l’eau après les catastrophiques résultats de 2007. Après un début de campagne mou, Pauline Marois est progressivement apparue avec une dimension nouvelle. Nul ne doutait de ses capacités de femme d’État mais peu lui accordaient le leadership nécessaire à la conduite d’une campagne et, a fortiori, d’un Gouvernement. Le surprenant débat des chefs s’est révélé être un formidable exhutoire, les 13 jours suivants lui permettant de rattraper un départ qui avait patiné. Souvenons-nous que la chef péquiste avait du proposer un point presse à 5h du matin pour que les médias puissent assister à sa “marche rapide” journalière et démentir les rumeurs de mauvaise santé voire de maladie grave dont elle faisait l’objet. Finalement, le PQ se retrouve largement renforcé et devient une opposition forte, “la plus forte depuis la Révolution tranquille” a précisé Pauline Marois hier soir.

DumontMario Dumont, quant à lui, n’a pu hier que constater le prévisible reflux de son parti. En 2007, il avait obtenu près de 31% des voix à ~1,2% du PLC, ce qui lui avait permis de faire élire 41 Députés à l’Assemblée Nationale. L’ADQ avait même été envisagée comme premier parti durant la soirée électorale ! Las, le parti autonomiste de droite n’a pas réussi à convaincre les électeurs de recevoir la même confiance qu’il avait obtenu en 2007. Les dérapages sur internet ont d’ailleurs été significatifs. Cet échec cinglant (16,4%, 7 Députés) est certainement très dure pour Mario Dmont et son annonce de départ de la vie politique, hier soir, s’est révélé très digne.

KhadirEnfin, relevons l’entrée du nouveau Député de Mercier à l’Assemblée Nationale, Amir Khadir. Cette fois, le candidat et porte-parole de Québec Solidaire a remporté son pari et a éliminé le péquiste Daniel Turp. En dépit de la défaite de ce dernier, on ne pourra néanmoins se réjouir de l’entrée d’une voix nouvelle dans l’arène parlementaire québécoise.

« Si tu peux tuer ton ennemi, fais-le, sinon fais-t’en un ami »

Machiavel, Le Prince

Nicolas MachiavelLes Premiers Ministres Charest et Harper, chacuns dans les tours de Québec et d’Ottawa, nous démontrent actuellement la grande justesse du propos machiavelien sur le cynisme en politique.

Le premier, c’est l’homme qui, sous couvert d’une implacable déroute financière mondiale, a lancé sa Province dans une élection que nul ne voulait pour le simple plaisir de se doter d’un majorité parlementaire. Nous ne répéterons jamais assez qu’il est profondément irresponsable de lâcher la barre d’un bateau pendant un mois pour dépenser quelques 80 millions de dollars. Comble de l’incohérence, les deux partis d’oppositions ne souhaitaient pas renverser le Gouvernement libéral et ont demandé, à plusieurs reprises, de collaborer avec lui.

Le second, quant à lui, pousse l’art du cynisme à son paroxysme. Le même homme qui refusait d’intervenir dans l’économie quand les marchés dégringolaient en pleine campagne électorale et qui ne souhaite toujours pas prendre de mesures drastiques pour anticiper les conséquences de la crise naissante (le plan de relance de l’économie ne sera présenté que dans quelques mois, les salariés précaires lui en sauront certainement gré), prendra vraisemblablement deux mesures idéologiques qui briseront toutes formes de contestations du pouvoir fédéral. Après les coupes dans le financement des programmes culturels, Stephen Harper a donc suspendu le droit de grève des fonctionnaires fédéraux. Les serviteurs de l’État canadien seront donc la première variable d’ajustement budgétaire en leur interdisant la capacité de contester toute forme de régression salariale. Et comme Stephen Harper semble concourrir dans la catégorié “démagogie galopante”, il a donc purement et simplement demandé que le système de financement publique des partis politiques (1,95$/voix) soit supprimé. Les finances du PCC sont saines, tant mieux pour lui et on pourra reprocher aux autres partis de ne pas s’engager plus dans les levées de fonds; mais supprimer le financement publique c’est asphyxier l’opposition et supprimer les vivres des petites formations politiques. C’est aussi ouvrir la boîte de Pandore et accepter que les méthodes douteuses de financement refassent surface.

La logique économique (je parle d’Économie avec un grand “É”, pas la realpolitik de gestion budgétaire) de Stephen Harper est nulle et injustifiable. Qui peut croire que les 30 ou 40 millions économisés à coup de hache dans les partis permettront de stimuler l’économie et venir en aide au secteur manufacturier? Le Gouvernement Harper n’est pas celui du bon sens comme il se prétend être: il est l’oeuvre d’une idéologie libérale et néo-conservatrice que George W. Bush n’aurait pas renié. À deux reprises, il n’a pu obtenir de majorité à Ottawa. Or, couper les vivres de ces opposants les mettra à genoux et lui ouvrira les portes d’un mandat majoritaire. Il est donc légitime que l’opposition songe à renverser le Gouvernement en formant une coalition car il s’agirait là d’un inquiétant glissement vers une spirale monopartisane.

Étouffer la contestation et agir librement, sans débat ni controverse, sont les ultimes conséquences des choix d’Harper car, pour reprendre une dernière fois les mots de Nicolas Machiavel, « la soif de dominer est celle qui s’éteint la dernière dans le coeur de l’homme »

Pour Pauline Marois, «faire le possible n’est plus suffisant: il faut faire le nécessaire»

Le débat des chefs de mardi semble avoir donné un second souffle à une qui campagne qui, jusque là, manquait de mordant.

Alors que la campagne électorale provinciale suivait un train de sénateur depuis 1 mois, le débat des chefs a relancé le débat. Plus que cela, la relative non-chalance de Jean Charest et son inaptitude à se poser en réel “patron” de l’économie l’ont disqualifié. L’homme qui souhaite un mandat majoritaire pour mener le Québec en temps de crise s’est montré incapable de déterminer le montant exact de la dette (même s’il est expliqué plus longuement sur le sujet le lendemain) et a réitéré son souhait de garder secret l’état de la Caisse des dépôts et placements au prétexte de ne pas la politiser. Dans ce même élan, il s’est refusé de défendre son bilan en reportant constamment la faute sur le Gouvernement péquiste précédent. En conférence hier à l’UdeM, Pauline Marois a déclaré avec humour qu’elle avait eu «peur que M. Charest dise que c’était de la faute au Parti Québécois si les Alouettes [l'équipe de football de Montréal] ont perdu la coupe Grey dimanche soir».

Jean Charest, le libéral qui dit «L’économie d’abord, Oui», trouve en face de lui une femme d’État qui lui répond que «l’économie et le social doivent être mis l’un au service de l’autre et non pas opposés l’un à l’autre». Elle a conclu son intervention dans un ardent plaidoyer pour l’indépendance du Québec car, pour elle, «la souveraineté, c’est se donner les moyens normaux d’un peuple normal».