Budget fédéral : le PLC se résigne et signe l’arrêt de mort de la coalition

Le choix du PLC a été annoncé ce matin et les libéraux ne s’opposeront pas au budget présenté par Jim Flaherty, Ministre du budget de Stephen Harper. Pis, ils iront même jusqu’à lui apporter leur soutien.

À cette volte-face, certains émettent l’hypothèse que l’arrivée de Michael Ignatieff à la la tête du PLC signait de facto la fin de l’entente entre les partis d’opposition. Bien sûr, le nouveau chef libéral ne sait jamais montré ardent défenseur de l’option de coalition, on le sait, mais ce serait avant tout la remontée du PLC dans les sondages depuis son arrivée à la direction qui aurait marqué le virage stratégique. En toute logique, un parti libéral qui se voyait pousser des ailes dans les intentions de vote avait toutes les raisons de s’émanciper d’un allié turbulent comme le NPD et d’un soutien intransigeant comme le Bloc.

Enfin, il y a eu ce que Denis Coderre, lieutenant d’Ignatieff au Québec, a appelé “l’intérêt national” en se retranchant derrière des arguties juridiques pour justifier la peur d’être conduit à de nouvelles élections générales. La coalition aura donc été utilisée comme l’épée Damoclès.

En tout état de cause, la fin de la crise parlementaire ouvre une certaine redéfinition du champ politique canadien: les libéraux peuvent désormais se targuer de faire manger les conservateurs au creux de leurs mains, ces derniers devant impérativement se recentrer pour préserver leur cabinet.

Pourtant, les libéraux pourraient être les premières victimes de leur revers. En effet, si le Gouvernement Harper aura plus que jamais besoin des voix du PLC pour persister, ce dernier devra compter sur ces anciens compagnons de route pour renverser les conservateurs. Or, une telle chose ne sera plus si simple puisque le NPD aura toutes les raisons du monde de se méfier ce faux-frère-ennemi de centre gauche: de l’eau devra couler sous les ponts avant d’envisager de nouveaux partenariats. Enfin, les troupes de Gilles Duceppe ont tout intérêt désormais à percevoir Michael Ignatieff comme un challenger sérieux au Québec, bien plus dangereux que n’ont pu l’être Stephen Harper et Stéphane Dion.

Pour illustrer ce nouveau paradigme, voici une dépêche de la Presse canadienne relative à la réaction de Gilles Duceppe.

Duceppe accuse les libéraux de laisser tomber le Québec en appuyant le budget

OTTAWA — L’ère de la collaboration et de la bonne entente entre le Bloc québécois et le Parti libéral du Canada scellée en décembre dernier par le pacte donnant naissance à une coalition des partis d’opposition a pris fin abruptement mercredi avec la décision du parti fédéraliste de Michael Ignatieff d’appuyer le budget conservateur.

Pour le chef bloquiste, Gilles Duceppe, ce geste constitue rien de moins qu’une trahison.

“En votant en faveur de ce budget conservateur, les libéraux vont aussi voter contre le Québec. Comme les conservateurs, les libéraux vont eux aussi voter contre la justice sociale, contre le droit à l’équité salariale et ils vont voter contre une économie verte”, a-t-il déclaré lors d’un point de presse.

M. Duceppe, qui ne s’en était pas pris directement aux libéraux depuis des mois, leur a reproché mercredi de renouer avec leur “tradition prête à laisser tomber le Québec à la première occasion”.

“On a la politique de nos intérêts et les intérêts du Canada ne sont pas ceux du Québec. Quand ils ont à choisir entre l’Ontario et l’Ouest et le reste du Canada et le Québec, le choix se fait facilement”, a-t-il fait valoir.

Le chef souverainiste a prévenu les libéraux, qui espèrent faire des gains au Québec lors du prochain scrutin, qu’ils paieraient le gros prix pour leur attitude.

A l’instar du Nouveau Parti démocratique, le Bloc s’oppose à un budget qui à ses yeux fait passer “l’idéologie avant l’économie”, ne vient pas en aide aux travailleurs et aux chômeurs et ne respecte pas les compétences provinciales.

Le Bloc a déposé mercredi un sous-amendement au budget qui reprend le texte d’une motion adoptée à l’unanimité par l’Assemblée nationale demandant une aide pour les secteurs manufacturier et forestier, un meilleur accès à l’assurance-emploi, le maintien de la péréquation dans sa forme actuelle et l’arrêt du projet de commission des valeurs mobilières pancanadienne.

Le vote sur ce texte aura lieu jeudi. Pour M. Duceppe, tous les élus du Québec auront alors à prendre clairement position, non seulement sur le budget mais aussi sur une série d’enjeux chers à leur province d’origine.

“Au moment du vote sur ce sous-amendement tous les élus du Québec feront face à un choix qui est très clair: c’est le choix entre le Québec ou le Canada. Tous les élus du Québec qui voteront contre ce sous-amendement et en faveur de ce budget conservateur auront choisi le Canada au détriment du Québec”, a-t-il insisté.

Le NPD a d’ores et déjà indiqué qu’il appuierait le sous-amendement du Bloc. Le parti ne compte cependant qu’un député au Québec, l’ancien ministre Thomas Mulcair qui représente la circonscription montréalaise d’Outremont. [...]

Jusqu’au bout, Stéphane Dion aura été le contesté chef de fil des libéraux

DionIl existe un sentiment au sein du parti, et très certainement au sein du caucus, que compte tenu des nouvelles circonstances, le nouveau chef doit être en place avant la reprise des travaux de la Chambre. Je suis d’accord.

Stéphane Dion

Stéphane Dion, chef de l’opposition officielle libérale au parlement canadien, démissionnera donc dès que son successeur aura été désigné, ce qui devrait être fait avant la reprise des travaux parlementaires, prévue le 26 janvier, a-t-il annoncé.

Lors des législatives du 14 octobre, les libéraux avaient enregistré leur plus mauvais score depuis l’indépendance du Canada, en 1867. Dion avait déjà exprimé l’intention de passer la main en mai, à l’issue du congrès du PLC, mais a depuis reconnu qu’un nouveau chef de file devait être désigné avant l’ouverture de la session parlementaire.

Le Député du Nouveau-Brunswick, Dominic LeBlanc, a, dans la foulée, annoncé son retrait de la course à la chefferie du PLC et apporté son soutien à la candidature de Michael Ignatieff. La veille, c’est le Député Québécois Denis Coderre qui avait fait de même. Avec ces deux nouveaux appuis, la candidature de Michael Ignatieff prend un longueur d’avance sur celle du Député torontois Bob Rae.

Finalement, après une dizaine de jours d’intrigues et de supputations , on peut désormais affirmer que Stéphane Dion aura été le seul leader libéral à ne pas accéder au poste de Premier Ministre depuis la naissance de son parti.

Ambiance de fin règne au PLC

Logo du PLCAprès la sévère défaite du Parti Libéral du Canada aux élections du 14 octobre dernier, il semble que la chasse aux sorcières ait été lancée.

Si Stéphane Dion s’est engagé à rester à la tête du parti jusqu’à la désignation de son successeur, son équipe commence déjà être sérieusement malmenée. Ainsi, hier soir, les membres du PLC de la Province du Québec ont demandé la suppression du poste de lieutenant québécois, poste actuellement occupé par la sénatrice Céline Hervieux-Payette. La section a voté à 16 contre 12 en faveur d’une motion demandant au chef du parti d’abolir ce poste de lieutenant jusqu’à ce que le nouveau chef soit choisi.

Beaucoup lui reprochent les résultats décevants obtenus dans la Province (le PLC n’a remporté que 14 circonscriptions sur les 75), mais les critiques à son égard existent depuis longtemps. Déjà, au cours de la campagne, des voix s’étaient élevées pour dénoncer son comportement et lui imputaient clairement la déroute pressentie.

Stéphane Dion quitte la direction du PLC

Dans une conférence de presse organisée ce jour, à 14h00, le chef du Parti Libéral du Canada a annoncé son souhait de demeurer à son poste jusqu’à la prochaine course à la chefferie à laquelle il déclaré ne pas avoir l’intention de prendre part.

Retour sur les débat des chefs 2008

Débat des chefsAux lendemains des débats des chefs, nous pouvons nous réjouir de la qualité des échanges qui s’y sont tenus. Même si le débat en français a révélé l’inconfort persistent de Jack Layton et Stephen Harper (il est inutile de revenir sur les difficultés d’Elisabeth May), les canadiens des deux langues ont pu assister à des débats de plutôt bonne qualité.

Concernant la formule de débat autour de la table, cela a certainement contribué à pacifier les échanges. Par contre, on ne pourra nier que la présence de 5 chefs a handicapé quelque peu la possibilité d’entretenir des conversations plus approfondies. La gestion constante du temps s’est d’ailleurs révélée plus difficile dans la formule anglaise du débat, à moins qu’il ne s’agisse là d’une “déformation” due à la traduction.

Stephen Harper a été la cible majeure et constante des attaques des 4 autres partis. Cette position, pour le moins inconfortable, a été amplifiée pendant le débat en français alors qu’il s’entêtait à considérer la situation économique canadienne comme ayant des “fondements beaucoup plus stables”. Entre l’autosatisfaction, la nonchalance et la confiance, il était difficile de lire clairement le sentiment du chef conservateur. À plus forte raison, on peut s’interroger, au regard de sa médiocre performance en la matière, sur ce qui a pu l’inciter à étendre le débat économique à 30 minutes…

Dans les deux débats, Jack Layton a voulu se présenter comme une alternative valable aux conservateurs, reléguant les libéraux au rôle de bons troisièmes. Il s’est évertué à se présenter comme un possible Premier Ministre ou, en tous cas, comme un chef de l’opposition potentiel. Cette stratégie d’affirmation correspond à ce qu’il a chercher à démontrer sur l’enesemble de sa campagne. s’est montré proche des préoccupations quotidiennes des gens. Indéniablement, il a été le plus agressif contre l’actuel Premier Ministre. Par contre, au milieu de ces innombrables attaques, il serait surprenant de constater que les téléspectateurs aient y percevoir la vision précise d’une société canadienne par un Gouvernement néo-démocrate. Premier opposant, peut-être, mais Premier Ministre… il reste encore une marche à gravir.

Concernant Stéphane Dion, les sondages le donnent tellement perdant depuis 1 mois que l’on ne pouvait s’attendre à un renversement de situation en sa faveur. Par contre, force est de constater qu’il s’est montré meilleur que ce qu’on pouvait s’attendre de lui. Rigueur, respect et volontarisme sont autant de valeurs que l’on a pu percevoir en lui. Par contre, sa proposition de présenter un plan d’action pour contrer la crise économique dans les 30 premiers jours n’a pas eu l’effet souhaité: présentée trop tôt dans le débat, alors que le chef libéral faisait encore état d’une certaine anxiété, il a “dégainé trop vite”… De plus, à y regarder de plus près, est-ce vraiment un plan ou un “plan-visant-à-mettre-en-place-un-plan”? Sur le second débat en anglais, il était clair qu’il lui revenait de remporter le débat pour modifier les tendances lourdes indiquées par les sondages. Malheureusement pour lui, s’il maîtrisait bien l’anglais, il a paru moins solide que la veille.

Gilles Duceppe quant à lui s’est une fois de plus présenté comme un très bon contradicteur, poussant à plusieurs reprises Stephen Harper dans les cordes (notamment au sujet de l’approche territoriale dans la gestion des Gaz à Effets de Serre), sans pour autant parvenir à asséner le coup de grâce. Égal à lui-même, il n’a ni surpris ni déçu.

Enfin, Elisabeth May a dépassé les attentes que l’on avait d’elle sur son expression en France. Bien évidemment, sa performance a été bien meilleure en anglais, notamment pour contrecarrer le plan conservateur en environnement.

Journal de campagne

La campagne électorale ayant commencé “sur les chapeaux de roues”, il a semblé préférable d’attendre quelques jours afin de laisser un peu décanter l’information ; mais, promis-juré, le journal de campagne sera alimenté beaucoup plus régulièrement à compter de ce jour…

Duceppe au théâtre NationalLe Bloc Québécois, prisonnier du « bric-à-brac idéologique de la gauche » ?
En ce début de campagne l’équipe de Gilles Duceppe a subit de nombreuses attaques sur les valeurs défendues par le Bloc. Or, une grande partie de ces critiques proviennent de souverainistes déçus, à commencer par Jacques Brassard, ancien ministre péquiste de l’environnement.

« Il me semble que le Bloc est désemparé d’avoir perdu ces fringants chevaux de bataille qu’étaient le scandale des commandites et le déséquilibre fiscal. Alors, il sort de l’écurie les vieilles picouilles de gauche (Kyoto, la paix, la haine des Américains, la droite nazifiée, la diabolisation des armes à feu, l’Alberta dégueulasse, etc.). Je ne suis pas certain que ces vieux canassons vont se rendre au fil d’arrivée dans la course électorale qui commence »

Dans deux lettres distinctes, le Bloc Québécois par l’intermédiaire de Jacques Léonard, et Bernard Landry, 26e Premier Ministre du Québec, se sont fendus d’une attaque réglée contre celui dont la lente dérive droitière justifierai l’aigreur des propos. Nous l’avons dit dans un précédent post, la vision de nationalisme peut être extrêmement variable. Le nationalisme peut être traditionnel, c’est à dire reposer sur une vision classique de l’État-Nation (comme la France ou l’Angleterre) ; il peut aussi être oppresseur, voire impérialiste, niant dès lors l’existence d’entités nationales minoritaires pourtant bien réelles ; il peut être libérateur, c’est à dire visant à atteindre la libération nationale, régionaliste, ou séparatiste ; il peut, enfin relever de la tradition nationaliste européenne proche de “la nouvelle droite”. Le Bloc a fait le choix de défendre un souverainisme de progrès qui défend une vision moderne et humaniste du Québec, dans une société canadienne de plus en plus en proie à la Réaction soutenue par le Parti Conservateur.
Comme le conclu Jacques Léonard, “l’une de ces valeurs, c’est le statut de la langue française au Québec. Vieille picouille, mon œil!. C’est cette idée d’un peuple fier de son identité culturelle, inscrite dans une dimension tolérante de la diversité qui a été développée par le chef du Bloc Québécois, Gilles Duceppe, au cours de son assemblée d’investiture à Laurier – Ste-Marie. Le mouvement souverainiste se grandit de ne pas céder à la tentation du nationalisme excluant et passéiste. Il en résulte que le Bloc devient un parti aux idéaux encore plus grands lorsqu’il dépasse la seule question de la souveraineté en anticipant, dès aujourd’hui, la société de demain.
Au cours de ce même discours, Gilles Duceppe en a profité pour critiquer avec vigueur Stephen Harper et Mario Dumont sur leurs inconstantes visions de la défense des intérêts du Québec. L’un comme l’autre ils n’assument pas jusqu’au bout les conséquences de leurs déclarations:

Le plan environnemental du NPD
“Compenser les pollueurs qui réduisent leur pollution et pénaliser ceux qui ne le font pas, c’est le pilier du système adopté par l’Union européenne, a expliqué Jack Layton. Les deux candidats à la présidence des Etats-Unis, Barack Obama et John McCain, l’ont proposé aussi. Cela permettra au Canada d’adopter une solution de plus en plus globale, qui pourrait être intégrée.” Voilà en résumer ce que le NPD a lancé dans la marre pour débuter sa campagne sur le terrain des idées. Jack Layton, à la différence de Dion, a eu l’intelligence d’arriver avec un plan bien ficelé en la matière. Il propose notamment d’aider les familles à faire la transition vers une économie durable à l’aide d’un fonds pour les emplois verts de 750 millions de dollars, ou encore de mettre un terme aux nouveaux projets d’exploitation des sables bitumineux jusqu’à ce que les émissions en soient limitées, voire d’instaurer un marché du carbone… chose qui été initialement défendue par Stéphane Dion quand il dénonçait la probable inefficacité de la Taxe carbone…

Les dérives grossières du PCC
On le savait, les conservateurs n’allaient certainement pas inventer l’eau chaude au cours de cette campagne. La campagne de 2006 avait été remportée sur la base de 5 ou 6 idées forces reprises en boucle. Aujourd’hui, il est clair que Stephen Harper n’a pas encore fait preuve d’innovation programmatique. Les inquiétudes restent les mêmes lorsque l’on a découvert que la candidate conservatrice de la circonscription Saint-Bruno-Saint-Hubert, sur la Rive-Sud, fait partie de l’Opus Dei, et qu’elle en avait même été porte-parole. Bien sûr, ce genre de révélations ne fait que corroborer les inquiétudes qui avaient pu naître notamment du projet de loi C-484, modifiant le Code criminel (blesser ou causer la mort d’un enfant non encore né au cours de la perpétration d’une infraction). Et comme l’alliance des conservateurs de tous poils n’est jamais loin, on ne sera pas étonné d’apprendre que la Cardinal Turcotte, s’est introduit dans la campagne électorale en remettant son insigne de l’Ordre du Canada après qu’un ardent défenseur de l’avortement y est été admis.
Dans cette droite ligne, deux gaffes ont entaché la crédibilité du PCC: un membre de l’équipe de communication a maladroitement utilisé un témoignage de père de soldat mort en Afghanistan comme argument politique, et, enfin une animation sur le site conservateur mettait en scène, dans un montage scatologique de pré-adolescent, Stéphane Dion dans une situation peu avantageuse… Tout simplement idiot…

“Ensemble, tout est possible”: Stéphane Dion se prend pour Nicolas Sarkozy
Avec tout le respect que nous pouvons avoir pour le plan Vert de M. Dion, auquel nous croyons sincèrement, force est de constater que sa campagne patine… D’ailleurs, a-t-elle réellement commencé ? Si le slogan de campagne est on ne peut plus copié sur celui de l’ex-candidat Sarkozy, voilà bien la seul comparaison que l’on peut faire entre les deux hommes. Son manque de leadership est réel et dans quelque déclaration que ce soit, il est impossible d’y lire la moindre combativité. Même si son programme est plutôt éloigné de nos convictions, il est fort dommage que le Parti Libéral ne réussisse pas à se saisir d’une opportunité en or: les conservateurs sont les sortants et la perspective de les voir former un gouvernement majoritaire effraie au plus au point! En tout état de cause, il aurait pu opter pour une stratégie payante en se posant comme rempart du PCC, il a préféré jouer la carte risquée du pari écologique…

Les Verts au débat des chefs
Épiphénomène dans cette campagne, sous la pression médiatique, Jack Layton et Stephen Harper se sont résignés à accepter la présence du parti Vert au débat des chefs. La groupusculaire formation qui totalise 1 député en tout est pour tout (et encore, depuis quelques semaines!) sera donc à même de rivaliser sur le plateau de télévision. Un avantage indéniable à cela: cela fera une occasion de plus de pousser M. Harper dans ses retranchements, alors qu’il s’évertue à nier l’urgence écologique.

Élections fédérales le 14 octobre prochain

Lu dans le quotidien Le Devoir d’aujourd’hui :

L’obstacle Dion est levé [extraits]

Hélène Buzzetti
Édition du mardi 02 septembre 2008

Harper n’a plus qu’à déclencher les élections

Ottawa — Stephen Harper avait dit vouloir rencontrer ses adversaires avant de décider de déclencher ou pas une élection automnale. Après à peine 20 minutes passées avec Stéphane Dion hier en fin de journée, c’est maintenant chose faite. Selon le porte-parole du premier ministre, celui-ci en est ressorti avec la conviction qu’aucun parti d’opposition à la Chambre des communes ne lui accorde plus sa confiance. Un déclenchement électoral cette semaine est maintenant inévitable.

Stephen Harper devrait se rendre chez la gouverneure générale d’ici dimanche prochain pour demander la dissolution du Parlement. Le scrutin aura alors lieu le mardi 14 octobre prochain puisque le lundi précédent est un jour férié. La Chambre des communes ne reviendra pas de son congé estival, et les quatre élections partielles que le premier ministre avait annoncées dans Westmount-Ville-Marie, Saint-Lambert, Guelph et Don Valley Ouest (Ontario) sont annulées.

[...] Ainsi, Stephen Harper a rencontré le troisième et dernier chef de parti d’opposition [ Stéphane Dion] hier, celui à propos de qui il disait entretenir le plus de doutes quant à son désir d’appuyer le gouvernement conservateur.

[...] Pour M. Dion, il ne fait aucun doute que le pays basculera d’ici cinq jours en campagne électorale. «Oui, oui, on va en élection, il me l’a dit», a-t-il dit de Stephen Harper. «Je le savais de toute façon.»

Pour le chef libéral, un des enjeux de cette campagne sera la confiance. Il croit que les citoyens auront de la difficulté à faire confiance à un politicien ne respectant pas une loi qu’il a lui-même fait adopter, en l’occurrence celle instaurant des élections à date fixe. «La loi n’empêche pas les partis d’opposition de manifester leur manque de confiance envers le gouvernement au point de déclencher des élections. La loi empêche le premier ministre d’aller voir le Gouverneur général et de déclencher des élections à sa convenance. Il n’avait qu’à ne pas faire voter cette loi!» Selon M. Dion, une telle attitude envoie un très mauvais message aux citoyens. «Les citoyens doivent respecter la loi, et le premier ministre devrait montrer l’exemple.» [...]

Au caucus du PCC, S. Harper attaque S. Dion et nie l’urgence de l’enjeu écologique

Steven Harper au caucus du PCC

Au cour de la première journée du caucus estival du parti conservateur, S. Harper a tenu un long discours dont une large partie a été consacrée à des attaques frontales contre le chef du parti libéral, Stéphane Dion.

Alors même que l’on aurait pu s’attendre à de faciles attaques contre le Bloc Québécois, en raison de la localisation de ce caucus (i.e. une sorte de “congrès ordinaire”, en France), en plein région de Québec. C’est en fait sur le leader de l’opposition que le Premier Ministre a concentré l’essentiel de ses attaques, car le potentiel de “rognage” de voix au Bloc reste, dans le fond, assez limité.

Dans un premier temps, S. Harper a longuement détaillé le bilan de son gouvernement. De la sécurité (durcissement des peines) à la protection financière des familles il n’y a qu’un pas : le chef conservateur se veut à la fois le défenseur des citoyens dans leur chaire et dans leurs biens. Rempart absolu contre la dilapidation de la richesse des canadien, son objectif de rigueur financière se caractériserait, de plus, par une primauté sur la scène internationale, car le Canada est désormais le seul Etat du G7 à présenter un budget en équilibre. En bref, le discours pré-électoral se lance et l’on envoie des formules-slogans comme des ballons d’essai… et force est de constater que la double protection présentée a plutôt bien réussi à N. Sarkozy en 2007.

Il a aussi insisté sur le choix de reconnaître les québécois comme une nation à part entière, constitutive de l’Etat canadien. Voici pour les auditeurs nationalistes mais non-souverainistes qui votent, par défaut, pour le BQ : S. Harper ne vous oublie pas et s’intéresse à vous…

Et puis, S. Harper est passé à la vitesse supérieure. Ce n’était plus le Chef de gouvernement qui parlait mais bien le politicien qui aime l’affrontement. Prenant à témoin son assemblée, il a dénoncé les constantes menaces, toujours repoussées, de déclencher des élections de S. Dion, preuve s’il en est, selon S. Harper, que son gouvernement minoritaire tente le plus avec le moins. Car à se languir de bénéficier d’une si puissante arme, les libéraux passent certainement pour de sérieux adeptes de la valse-hésitation, mais nullement pour une équipe capable de prendre des responsabilités demain s’il le faut.

Ainsi, M. Harper a ainsi parlé du défi que lui a lancé S. Dion de débattre de la taxe-carbone qu’il a proposée pour combattre les changements climatiques. « Si M. Dion veut un vrai débat, a dit le chef conservateur, pas seulement parmi les politiciens mais un débat ouvert à tous, tout ce qu’il a à faire est de réaliser sa toute dernière menace de déclencher des élections. Une fois de plus, M. Dion menace de faire tomber le gouvernement ; mais nous entendons cette chanson bientôt depuis deux ans [...] et quand vient le temps de passer à l’action, il recule toujours. »

Le premier ministre, surfant sur une rare démagogie fiscale, s’est ensuite attelé à rejeter le projet libéral de ladite taxe-carbone, coupable selon lui, d’imposer encore un peu plus les canadiens, alors même que le principe de cette taxe repose sur un allègement de charges, en contrepartie, pour les activités limitant leurs G.E.S. « Le Parti libéral fédéral pense qu’une nouvelle taxe est la réponse à tous les problèmes ? La plus récente trouvaille de Stéphane Dion est d’imposer une taxe sur le carbone. Une taxe sur le carbone, surtout quand c’est M. Dion qui l’explique, ça peut sembler compliqué, voire incompréhensible. Mais c’est en fait très simple à expliquer: c’est une taxe qui touche tous ceux et celles qui utilisent de l’énergie. En d’autres mots, cette nouvelle taxe inventée par les libéraux va toucher toute le monde – et tout – sans exception »

C’est pourtant ce qui se fait déjà au Danemark, notamment, où le taux est réellement modulé : l’impôt s’applique à tous (administrations, entreprises et ménages) et repose sur la quantité de combustibles et d’électricité consommés. Le taux appliqué varie alors selon le niveau d’émission en CO2 des produits.

Campagne du PCC contre la taxe carboneEt M. Harper d’aller encore plus loin quand il dénonce la proposition bloquiste de réduire « de moitié notre consommation énergétique. C’est pire encore que ce que réclame Dion ! » En bref, à l’entendre, le développement économique d’un pays reste incontournable, car y nuire provoqueraient des « effets dévastateurs dans tous les secteurs de l’économie ». Son Ministre des travaux publics affirmait déjà que « M. Dion arrive avec le plan d’imposer une taxe sur le carbone de façon massive, qui à notre avis serait vraiment dramatique pour l’industrie manufacturière. [...] Sa taxe sur le carbone, c’est une taxe sur n’importe quoi ».

Dans son bilan, S. Harper, aurait pu, sans se tromper, défendre une réussite complète depuis son élection : celle d’avoir constamment rejeté la nécessité d’une action urgente en matière d’écologie, non pas pour le bien du Canada, mais bien pour l’humanité entière. Mais, voici certainement des considérations qui continueront de le laisser de marbre pendant encore longtemps. Or, rappelons qu’en juin 2006, une trentaine d’économistes avaient déjà condamné l’erreur de jugement politico-économique du Premier Ministre. L’économie canadienne affirmaient-ils, a un « besoin urgent d’un signal clair voulant que la trajectoire actuelle des émissions de gaz à effet de serre n’est plus acceptable et que ce signal ne peut être simplement basé sur un appel à des initiatives volontaires, qui ont amplement fait la preuve de leur inefficacité ».