Ambiance de fin règne au PLC

Logo du PLCAprès la sévère défaite du Parti Libéral du Canada aux élections du 14 octobre dernier, il semble que la chasse aux sorcières ait été lancée.

Si Stéphane Dion s’est engagé à rester à la tête du parti jusqu’à la désignation de son successeur, son équipe commence déjà être sérieusement malmenée. Ainsi, hier soir, les membres du PLC de la Province du Québec ont demandé la suppression du poste de lieutenant québécois, poste actuellement occupé par la sénatrice Céline Hervieux-Payette. La section a voté à 16 contre 12 en faveur d’une motion demandant au chef du parti d’abolir ce poste de lieutenant jusqu’à ce que le nouveau chef soit choisi.

Beaucoup lui reprochent les résultats décevants obtenus dans la Province (le PLC n’a remporté que 14 circonscriptions sur les 75), mais les critiques à son égard existent depuis longtemps. Déjà, au cours de la campagne, des voix s’étaient élevées pour dénoncer son comportement et lui imputaient clairement la déroute pressentie.

Stéphane Dion quitte la direction du PLC

Dans une conférence de presse organisée ce jour, à 14h00, le chef du Parti Libéral du Canada a annoncé son souhait de demeurer à son poste jusqu’à la prochaine course à la chefferie à laquelle il déclaré ne pas avoir l’intention de prendre part.

Les résultats se précisent…

répartition par province

Résultats des élections fédérales canadiennes:

Résultats des élections fédérales 2008

Élections fédérales: résultats partiels

Résultats des élections fédérales canadiennes (résultats partiels à 01h30):

  • PCC: 143 élus (37,68%)
  • PLC: 78 élus (26,34%)
  • BQ: 48 élus (10,13%)
  • NPD: 37 élus (18,00%)
  • Indép.: 2 élus (0,67%)

… au Québec:

  • BQ: 48 élus (38,26%)
  • PLC: 15 élus (23,59%)
  • PCC: 10 élus (21,74%)
  • NPD: 1 élu (12,15%)
  • Indép.: 1 élu (0,65%)

Les impuretés du Parti Conservateur

Publié sur http://lutopium.wordpress.com/ par Lutopium, animateur du réseau “Les blogueurs disent NON à Stephen Harper“.

« Les familles canadiennes travaillent dur, elles paient ses taxes et ses impôts et respectent les lois, et elles s’attendent à ce que son gouvernement en fasse autant. L’ancien gouvernement libéral multipliait les scandales, les gaspillages de fonds et les exemples de mauvaise gestion, et il s’est toujours opposé à une réforme démocratique du Sénat. Les conservateurs prennent des mesures concrètes afin de redonner confiance aux Canadiens et aux Canadiennes envers leurs institutions publiques. » Plateforme électorale du Parti conservateur – élections 2008.

« En tant que premier ministre, je montrerai l’exemple. J’entamerai le processus en vue de trouver des solutions au système en légiférant et en mettant en application la loi sur la responsabilité fédérale – un plan précis, détaillé et crédible pour faire le ménage au sein du gouvernement. Un gouvernement imputable. C’est la première chose que je ferai. Vous ne méritez rien de moins. » -Stephen Harper, Plateforme éthique du Parti conservateur, 4 novembre 2005.

La réalité dévoile toutefois des impuretés inquiétantes:

Maxime Bernier

Nous connaissons tous la saga de ce député de Beauce avec Mme Julie Couillard… Je me demande tout de même pourquoi un homme d’affaires qui avait une belle carrière devant lui persiste à vouloir retourner à Ottawa alors qu’il sait très bien qu’il ne pourra accéder à aucun poste important et qu’il deviendra le plus chic des « backbenchers ». Je n’arrive pas à comprendre pourquoi de fiers beaucerons peuvent faire confiance à un homme qui a manqué de jugement en de nombreuses occasions.. Est-ce que la modernisation de l’autoroute de la Beauce est si importante aux yeux des électeurs?

Luc Harvey

Le député conservateur de la circonscription de Louis-Hébert a présenté des comptes de dépenses doûteux à Revenu Québec. Comme le mentionne François Bourque, journaliste au quotidien Le Soleil: « …les faits remontent à l’année 2000. L’entreprise Yevrah Inc (Harvey à l’envers) oeuvre alors dans l’installation de logiciels à domicile et soumet comme dépenses d’entreprise les frais suivants : 11 379 $ pour un voyage au Cameroun ; 2430 $ pour des billets d’avion à Sainte-Lucie ; 2900 $ pour une croisière au départ de Miami. » Les dépenses ont été jugées irrecevables par la Cour du Québec. Le représentant du parti de la transparence et de l’honnêteté aurait-il essayé d’en passer une petite vite à Revenu Québec?

Sharon Smith

La candidate du Parti Conservateur dans le comté de Skeena-Bulkley Valley a fait preuve de mauvais jugement en permettant à son mari de prendre des photos la montrant nue, en arborant le médaillon officiel de la mairie de la ville de Houston en Colombie-Britannique. Merci à Bon Blogue Bad Blog pour nous avoir mis la puce à l’oreille…

Stockwell Day

Ses croyances dans la théorie créationniste ont sans doute convaincu le Premier Ministre Harper à abolir le poste de conseiller scientifique qu’occupait le réputé chercheur Arthur Carty au sein du gouvernement. Et voilà que M. Day se voit maintenant associé à une histoire de prostitution mettant en vedette, qui d’autre… que Mme Julie Couillard!

Un parti qui se dit plus blanc que blanc… Un Premier Ministre qui se retrouve avec des candidats ambitieux qui ternissent l’image d’une formation politique qui se présente avec une image d’intégrité et qui prône le respect des valeurs morales… Mmmm…

Mario l’imposteur et Jean la girouette

Charest et DumontDepuis plusieurs jours, Mario Dumont, chef de l’opposition officielle à Québec, dénonce la posture très critique du Premier Ministre Charest à l’égard du Gouvernement de Stephen Harper. En ce sens, il considère que ce positionnement pourrait conduire à favoriser un vote pro-Bloc et ainsi limiter la possibilité de voir le Québec représenté au sein du probable futur cabinet conservateur.

C’est donc sous couvert d’un arithmétique de fossoyeur que Mario Dumont justifie son positionnement politique et idéologique réactionnaire.
Premièrement, avec les expériences pitoyables de Mme Verner et MM. Blackburn, Bernier et Fortier, qui peut encore raisonnablement croire en l’intérêt d’avoir des Ministres québécois paillassons à Ottawa ?
De plus, si on regarde avec un minimum d’objectivité le programme de l’Action Démocratique du Québec de M. Dumont (qui, quoi que souvent variable, reste solidement ancré lui aussi dans un ensemble de valeurs clairement conservatrices), il est évident que ce soutien à peine voilé au PCC est surtout naturel avant d’être tactique.
Il est donc normal qu’un grand nombre des troupes de l’ADQ soit engagé actuellement dans la campagne de Stephen Harper. Valeurs familiales passéistes, pseudo-souverainisme mou, discours économiques anti-sociaux, dureté sécuritariste, etc., sont autant de points de convergence entre le PCC et l’ADQ.
Enfin, si M. Dumont était réellement sincère dans ses projets autonomistes présentés aux citoyens ces dernières années, pourquoi persiste-t-il dans ces critiques à l’égard de Jean Charest et de ses revendications? N’oublions pas que ces dernières font l’objet d’un véritable consensus (elles sont d’ailleurs appuyées et relayées par le Bloc Québécois)… Comment le chef de l’ADQ peut-il encore prétendre défendre le Québec sans reconnaître leur pertinence?!

Quant à la posture de Jean Charest, voici un Premier Ministre québécois qui fait honneur à la citation de l’ancien Président français Jacques Chirac: “les promesses n’engagent que ceux qui les reçoivent“…
Entre ses projets d’ancien chef des progressistes-conservateurs sur la scène fédérale et ses revendications d’actuel Premier Ministre provincial, il existe un écart aussi épais qu’une veste que l’on aurait retourné. Ses velléités centralisatrices d’autrefois se heurtent clairement à ses prétentions d’aujourd’hui, qu’il s’agisse de son attachement au nouveau au souverainisme culturel ou sa volonté d’assoir l’aménagement du territoire sur des structures de développement régional.
Cela étant dit, il ne faut pas se méprendre sur ses intentions réelles. Il ne s’agit pas d’un revirement idéologique majeur chez Jean Charest, mais bien d’un positionnement stratégique qui répond à des enjeux conjoncturels. Avec une ADQ qui se décrédibilise toute seule et un PQ qui a du mal à se positionner favorablement en prévision d’une élection provinciale de plus en plus inévitable, les libéraux québécois ont tout intérêt à tirer la couverture nationaliste pour tenter de se placer en tant que force de rassemblement au-delà des clivages.

Cynique?, peut-être, mais payant, sûrement…

Gilles Duceppe martèle son opposition aux conservateurs devant plus de 2000 militants

Nous nous sommes rendus au grand rassemblement du Bloc Québécois à Ste-Hyacinthe d’hier matin. Dans une salle plaine à craquer, plus de 2 000 citoyens québécois, venus des 4 coins de la Province (dont la superficie est 2,3 fois plus grande que celle de la France!) en bus, ont pu chaudement applaudir les différents intervenants qui, tour à tour, ont conspué la politique rétrograde de Stephen Harper.

L’ancien député bloquiste et prêtre catholique Raymond Gravel a qualifié M. Harper de « sans cœur », alors que la professeure Louise Vandelac a reproché au chef du PCC son « obscurantisme » idéologique et son « négationisme » environnemental. L’acteur Gilles Renaud a vigoureusement critiqué les compressions en culture: « Si cela ne s’appelle pas fermer la gueule à une nation, je ne sais pas comme cela s’appelle ».

De leurs côtés le maire de Huntingdon, Stéphane Gendron, et le meneur du Forum Jeunesse du Bloc Québécois, Jean-François Landry, ont tous les deux proposés des discours d’une grande qualité oratoire. Le premier avec la force du tribun et le second avec une certaine finesse d’esprit ont séduit un auditoire déjà captivé.

Enfin, après la présentation de l’ensemble des candidats du Bloc, le chef du parti souverainiste, Gilles Duceppe, n’a pas ménagé son rival conservateur: rétrograde, menteur, tricheur, obscurantiste, vendu au pétrole! Autant d’attaques dirigées exclusivement à l’encontre de Stephen Harper.

Il est clair qu’avec ce rassemblement, Gilles Duceppe a voulu amorcer la dernière ligne droite de sa campagne avec une démonstration de force. À ce titre, les commentateurs considèrent qu’il a pris la parole hier dans la plus importante assemblée organisée par un parti depuis le début de la campagne fédérale 2008.

Voici un extrait du discours de Gilles Duceppe, publié en communiqué par le Bloc Québécois :

« Quelqu’un qui copie, on n’appelle pas ça un leader, on appelle ça un tricheur », a lancé le chef du Bloc, en faisant évidemment référence aux récentes révélations de plagiats de discours du chef du Parti conservateur.

« Nous sommes plus de 2000 militantes et militants rassemblés aujourd’hui pour nous élever contre les politiques des conservateurs de Stephen Harper qui vont à l’encontre des intérêts et des valeurs du Québec. Une telle mobilisation ne peut que passer un message puissant aux conservateurs, donner un avant-goût de ce que Stephen Harper va trouver sur son chemin le 14 octobre », a déclaré le chef du Bloc Québécois, Gilles Duceppe, au cours du grand rassemblement du Bloc Québécois qui avait lieu aujourd’hui à Saint-Hyacinthe.

D’entrée de jeu, le chef du Bloc Québécois a souligné que l’enjeu de ces élections, c’est d’empêcher Stephen Harper d’obtenir une majorité à la Chambre des communes. « À dix jours du vote, la situation est parfaitement claire : au Québec, nous pouvons battre les conservateurs, les empêcher d’obtenir une majorité et d’imposer leur idéologie sans limites », a poursuivi Gilles Duceppe.
« Stephen Harper a dit hier qu’il ne comprenait pas les Québécoises et les Québécois qui refusaient de voter pour lui et appuyaient plutôt le Bloc Québécois. Ça le dépasse, Stephen Harper, que des gens décident de voter pour ce qu’ils sont, pour ce qu’ils aiment. Il ne comprend pas, Stephen Harper, que reconnaître l’expression nation québécoise, ne reconnaître que les mots, ça ne suffit pas. Encore faut-il reconnaître ce que nous sommes, ce que nous voulons, ce que nous pensons. Mais Stephen Harper ne comprend rien au Québec! », a encore affirmé Gilles Duceppe.

« Stephen Harper a déclaré que c’était absurde que les Québécoises et les Québécois demeurent dans les estrades en votant pour le Bloc Québécois. Voilà une déclaration d’un rare mépris envers la démocratie et insultante pour tous ceux et celles qui choisissent d’appuyer le Bloc Québécois. La Chambre des communes, ce ne sont pas des estrades, c’est l’endroit où les élus du peuple prennent des décisions et votent. Ces propos en disent long : ce qu’il nous dit, Stephen Harper, c’est que s’il obtient une majorité, il va ignorer la Chambre des communes et régner en maître, n’en faire qu’à sa tête. Le chef conservateur vient de nous donner une raison de plus de l’empêcher d’obtenir une majorité. C’est ce que nous allons faire! », a-t-il enchaîné.

Le chef du Bloc Québécois a rappelé que le refus de Stephen Harper de soutenir l’économie, son mépris envers la culture, la langue, l’environnement, les droits des femmes et des jeunes, ainsi que sa propension à trahir ses promesses, notamment en ce qui concerne le remboursement du Supplément de revenu garanti et l’octroi au Québec d’un siège à l’UNESCO, tous ces indicateurs démontrent la nécessité de barrer le chemin à un gouvernement conservateur majoritaire à Ottawa.

« Depuis le début de cette campagne électorale, chaque jour des Québécoises et des Québécois se sont élevés contre les politiques rétrogrades, le mépris et l’arrogance de Stephen Harper et des conservateurs. Les artistes, des maires des villes du Québec, les représentants des régions, les décideurs économiques, les défenseurs de l’environnement, des chômeurs, les femmes, les personnes âgées, les démunis, les jeunes, les avocats, les policiers ont tous, les uns après les autres, rejeté les politiques de Stephen Harper », a repris Gilles Duceppe.

« Au Québec, il n’y a que le Bloc Québécois qui est en mesure d’empêcher Stephen Harper d’obtenir une majorité. Nous avons une grande tâche à accomplir et c’est de rassembler derrière le Bloc Québécois un maximum de Québécoises et de Québécois de toutes les allégeances. Nous devons convaincre le maximum de nos concitoyens d’exercer leur droit de vote. Nous devons rallier tous ceux et celles qui disent NON à Stephen Harper. Nous devons nous retrousser les manches et faire en sorte que le 14 octobre, Stephen Harper trouve tout le Québec sur son chemin », a conclu Gilles Duceppe.

Retour sur les débat des chefs 2008

Débat des chefsAux lendemains des débats des chefs, nous pouvons nous réjouir de la qualité des échanges qui s’y sont tenus. Même si le débat en français a révélé l’inconfort persistent de Jack Layton et Stephen Harper (il est inutile de revenir sur les difficultés d’Elisabeth May), les canadiens des deux langues ont pu assister à des débats de plutôt bonne qualité.

Concernant la formule de débat autour de la table, cela a certainement contribué à pacifier les échanges. Par contre, on ne pourra nier que la présence de 5 chefs a handicapé quelque peu la possibilité d’entretenir des conversations plus approfondies. La gestion constante du temps s’est d’ailleurs révélée plus difficile dans la formule anglaise du débat, à moins qu’il ne s’agisse là d’une “déformation” due à la traduction.

Stephen Harper a été la cible majeure et constante des attaques des 4 autres partis. Cette position, pour le moins inconfortable, a été amplifiée pendant le débat en français alors qu’il s’entêtait à considérer la situation économique canadienne comme ayant des “fondements beaucoup plus stables”. Entre l’autosatisfaction, la nonchalance et la confiance, il était difficile de lire clairement le sentiment du chef conservateur. À plus forte raison, on peut s’interroger, au regard de sa médiocre performance en la matière, sur ce qui a pu l’inciter à étendre le débat économique à 30 minutes…

Dans les deux débats, Jack Layton a voulu se présenter comme une alternative valable aux conservateurs, reléguant les libéraux au rôle de bons troisièmes. Il s’est évertué à se présenter comme un possible Premier Ministre ou, en tous cas, comme un chef de l’opposition potentiel. Cette stratégie d’affirmation correspond à ce qu’il a chercher à démontrer sur l’enesemble de sa campagne. s’est montré proche des préoccupations quotidiennes des gens. Indéniablement, il a été le plus agressif contre l’actuel Premier Ministre. Par contre, au milieu de ces innombrables attaques, il serait surprenant de constater que les téléspectateurs aient y percevoir la vision précise d’une société canadienne par un Gouvernement néo-démocrate. Premier opposant, peut-être, mais Premier Ministre… il reste encore une marche à gravir.

Concernant Stéphane Dion, les sondages le donnent tellement perdant depuis 1 mois que l’on ne pouvait s’attendre à un renversement de situation en sa faveur. Par contre, force est de constater qu’il s’est montré meilleur que ce qu’on pouvait s’attendre de lui. Rigueur, respect et volontarisme sont autant de valeurs que l’on a pu percevoir en lui. Par contre, sa proposition de présenter un plan d’action pour contrer la crise économique dans les 30 premiers jours n’a pas eu l’effet souhaité: présentée trop tôt dans le débat, alors que le chef libéral faisait encore état d’une certaine anxiété, il a “dégainé trop vite”… De plus, à y regarder de plus près, est-ce vraiment un plan ou un “plan-visant-à-mettre-en-place-un-plan”? Sur le second débat en anglais, il était clair qu’il lui revenait de remporter le débat pour modifier les tendances lourdes indiquées par les sondages. Malheureusement pour lui, s’il maîtrisait bien l’anglais, il a paru moins solide que la veille.

Gilles Duceppe quant à lui s’est une fois de plus présenté comme un très bon contradicteur, poussant à plusieurs reprises Stephen Harper dans les cordes (notamment au sujet de l’approche territoriale dans la gestion des Gaz à Effets de Serre), sans pour autant parvenir à asséner le coup de grâce. Égal à lui-même, il n’a ni surpris ni déçu.

Enfin, Elisabeth May a dépassé les attentes que l’on avait d’elle sur son expression en France. Bien évidemment, sa performance a été bien meilleure en anglais, notamment pour contrecarrer le plan conservateur en environnement.

Vers une inéluctable ascension des conservateurs ?

Sondage SEGMASelon toute vraisemblance, il y a fort à parier que l’issue du scrutin du 14 octobre s’annonce favorable aux conservateurs. Pour preuve, ce nouveau sondage réalisé par l’agence SEGMA et diffusé ce matin donne au PCC près de 20% d’avance sur ces principaux opposants, le PLC.

Aussi, pour tous les progressistes canadiens, et sauf renversement de tendance lourd, l’enjeu ne serait donc plus de se battre pour porter au pouvoir telle ou telle autre formation: il s’agit purement et simplement de faire en sorte que Stephen Harper ne bénéficie pas d’un vote de confiance qui lui permettrait d’avoir un Gouvernement majoritaire et donc, pour reprendre l’expression de Gilles Duceppe, une majorité de Députés à genoux dans la majorité. Par contre, il y a de grands espoirs à placer dans le débat des chefs comme déterminant de la suite à donner aux évènements.

Après une dizaine de jours de campagne électorale, les conservateurs de Stephen Harper ont gagné haut la main la première manche en faisant des gains dans toutes les régions du Canada, notamment en Ontario et dans les provinces atlantiques, où les libéraux ne parviennent pas à “décoller”. Les deux seules régions qui hésitent encore et toujours à céder aux sirènes des conservateurs sont la Colombie-Britannique et le Québec. Pour cette dernière, la lutte à trois s’annonce imprévisible pour départager qui des libéraux, du NPD ou du Parti conservateur sortira vainqueur.

En toute logique, ce sont donc les Québécois qui décideront en grande partie si les conservateurs seront ou non majoritaires. Depuis plus de 100 ans, les conservateurs n’ont obtenu plus de la moitié des députations au Québec qu’à trois reprises : en 1958 sous Diefenbaker et en 1984 et 1988 sous Brian Mulroney.

L’opposition aux conservateurs, au Québec, ne réside que dans le Bloc Québécois. Cependant, le principal adversaire aux bloquistes n’est pas le Parti Conservateur mais bien l’abstention. En effet, nombreux sont les québécois hésitants aujourd’hui à continuer d’accorder leur suffrage à un parti qui, depuis bientôt 20 ans, s’entête à vouloir défendre une province avec la lourde tâche de respecter ses différentes sensibilités idéologiques tout refusant, par principe, d’accéder au pouvoir. Et pourtant, voter Bloc Québécois de nos jours a encore un sens aujourd’hui! Il suffit de voir la déclaration du fédéraliste Jean Charest (Premier Ministre libéral québécois) hier, sur la souveraineté culturelle, pour constater que la défense de la nation québécoise reste une priorité.

Heureusement, les conservateurs perdent beaucoup d’énergie à se battre contre eux-mêmes. Les nombreuses “bourdent” qui ont émaillé la 1e semaine de campagne a permis, jusque là, de limiter la vague conservatrice… jusqu’à quand?

La semaine (politique) sainte

Dans le présent message, nous allons revenir sur ce qui a déjà été partiellement abordé dans le dernier post “journal de campagne”…

Mme Palin, ou l’histoire du sermonneur sermonné

Il y a environ 2 semaines maintenant, l’annonce de la candidature de Mme Palin à la Vice-présidence des États-Unis d’Amérique aux côtés de John McCain a été l’objet d’une rare frénésie médiatique. Pensez-vous!, une quasi-inconnue propulsée sur le devant des podiums politiques et potentielle 2nde du plus puissant État de la planète, voilà qui devrait a priori réjouir ceux qui ne croyaient plus en la démocratie. Détrompez-vous, cette inconnue n’est en fait “que” la Gouverneure d’Alaska, “hockey-mum” et ancienne Vice-miss Alaska (ça fait au moins une expérience au titre de second…) à ces heures perdues: en bref, une politique pure-jus. Et puis, il y eu ces révélations sur la grossesse de sa famille et, bientôt, les censeurs dénonçant l’intolérance de ceux qui osaient fouiner dans la vie privée de Mme Palin…

À ceux qui trouveraient que cet étalage de la vie privée sur le place publique relève du plus mauvais goût et de la politique la plus vile, j’aurai tendance à les inviter à se concentrer sur les intentions interventionnistes de la dame Palin en question. N’oublions pas que nous avons en face de nous ce genre de personnes qui, en plus de prôner l’enseignement du créationnisme, s’oppose à la contraception et à l’avortement, prône l’abstinence et autres foutaises réactionnaires bien-senties… En bref, la politique de Mme Palin, c’est la politique du gendarme des alcôves.

Raymond Gravel, Député de Repentigny, est un prêtre haut en couleur qui n’a pas eu peur de défendre les mariages gais malgré les sermons surannés du Vatican. En juin 2005, lors d’une entrevue accordée au magazine Fugues, il avait raconté son passage difficile dans l’univers de la prostitution homosexuelle.

«Mes prises de position sur l’avortement et sur le mariage gai n’ont pas bien été reçues au Vatican. Mon évêque [Mgr Gilles Lussier] a même reçu une lettre du Saint-Siège disant que si je persistais à ne pas être conforme à la doctrine de l’Église catholique, je devrais en subir les conséquences», avait-il aussi ajouté. Son aventure en tant que Député n’aura donc pas duré très longtemps… 2 ans après son élection, il a été sommé de choisir entre son mandat de député et son statut de prêtre. Raymond Gravel, a décidé de revenir à ses fonctions sacerdotales. Il ne sera donc pas candidat du Bloc québécois aux élections fédérales. L’abbé Gravel a déclaré à La Presse et au Globe and Mail avoir reçu du Vatican une lettre lui ordonnant de trancher sous peine d’être «laïcisé».

Les laïcs que nous sommes pourrions nous réjouir de ce choix contraint et comme le disait récemment Richard Martineau dans l’une des ses chroniques du JdM :

Je n’ai rien contre monsieur Gravel, qui s’est acquitté de sa tâche avec intelligence, mais la séparation de l’Église et de l’État est l’une des valeurs fondamentales de notre société.
Aimeriez-vous voir un pasteur, un imam ou un rabbin entrer au Parlement ou à la Chambre des communes?
La religion est une chose. La politique en est une autre. Dans notre société, la loi des hommes prévaut sur la loi de Dieu.
Comme a dit Jésus: “Remettons à César ce qui appartient à César, et à Dieu ce qui appartient à Dieu…”

Mais les choses n’étant pas si simples, elles prennent un sens nouveau à la lumière des dernières déclarations de Mgr Turcotte. En pleine campagne électorale, ce dernier se permet donc de passer outre une quelconque séparation des Églises et de l’État appelant ses ouailles au vote conservateur, comme à la belle époque de la grande noirceur. Même faute, même punition, n’est-ce pas ? Le Vatican demandera-t-il selon vous aux évêques de se retirer de la campagne électorale ou de démissionner, comme il l’a fait peu de temps auparavant avec l’abbé Gravel? Je ne parierai pas une cenne là-dessus. M. Gravel fût un très bon Député, peu importe qu’il ait été prêtre, boucher, avocat ou médecin…

La prise de position des évêques est malheureusement en droite ligne avec l’idéologie la plus réactionnaire et conservatrice qui soit. L’abbé Gravel dérangeait certainement parce qu’il était un humaniste évoluant dans un parti résolument progressiste ; mais, apparemment, les évêques préfèrent s’attaquer aux droits des femmes acquis de longues luttes.

La droite religieuse et conservatrice… égale à elle-même

Déjà, nous apprenions cette semaine que Mme Nicole Charbonneau Barron, candidate conservatrice dans Saint-Bruno, avait été la porte-parole de l’Opus Dei au Québec. Cette espèce de société secrète sectaire, passéiste, aux antipodes de l’universalisme a donc réussi à placer l’un de ses éminents représentants au sein des troupes de candidats conservateurs…

Et bien figurez-vous que ce n’est pas tout! Le candidat de Stephen Harper dans Honoré-Mercier, Rodrigo Alfaro, est un membre en vue de la Mission charismatique internationale du Canada, l’église du mouvement pentecôtiste. Ce groupe prêche, pêle-mêle, l’abstinence sexuelle hors du mariage et considère l’homosexualité comme «guérissable»: tout un programme…

… et Sarko dans tout ça ?

Ce vendredi, à l’Élysée, devant Benoît XVI, Sarkozy n’a plus opposé l’”instituteur” au “curé”. C’est déjà ça… Il s’est contenté d’énoncer ce qui, pour lui, relève du bon sens: ce serait une “folie”, une “faute contre la culture et la pensée” de se priver du “patrimoine vivant” des religions. Et la boucle est bouclée ?…

Démêlons le vrai du faux et laissons parler le “chef”

Joseph Ratzinger, alias Benoît XVI, en visite cette fin de semaine au temple des marchands tu temple (Lourdes) a défendu qu’une “saine collaboration” devait se réaliser dans “la conscience et le respect de l’indépendance et de l’autonomie de chacun dans son propre domaine“, devant 170 évêques et cardinaux.

Et d’ajouter, “L’Église ne revendique pas la place de l’État”, a-t-il rassuré, “elle ne veut pas se substituer à lui“. L’Église est, selon Benoît XVI, “une société basée sur des convictions, qui se sait responsable de tout et ne peut se limiter à elle-même“.

Alors qu’attend le Saint-Siège pour ramener au troupeau ses brebis égarées ?