Le PQ nouveau
19 janvier 2009 par Le républicain Québécois
Dans Politique québécoise
Par Robert Dutrisac, publié dans l’édition des 17 et 18 janvier 2009 du quotidien Le Devoir
Le gouvernement Charest a fait face cette semaine à l’Assemblée nationale à une opposition unie et dynamique
Québec — Pauline Marois n’a pas manqué une occasion cette semaine de dénoncer l’inutilité de la session extraordinaire de trois jours au cours de laquelle les députés du nouveau gouvernement Charest et de l’opposition ont croisé le fer pour la première fois à l’Assemblée nationale. Les deux périodes de questions de mercredi et jeudi ont pourtant donné un avant-goût de la force de l’opposition officielle formée de 51 élus du Parti québécois et de ce qui attend les libéraux lorsque la véritable session commencera en mars.
«Le Parti québécois a retrouvé son âme, a confié un député libéral. Tout ce qu’on a pu faire, c’est jouer du bon hockey défensif. C’est pas comme ça qu’on marque des buts.» De fait, si le PQ continue sur sa lancée, il pourrait s’avérer la meilleure opposition officielle à l’Assemblée nationale depuis la députation libérale de la fin des années 90.
En 2007, l’opposition officielle formée de 41 députés adéquistes manquait manifestement d’expérience. Il a fallu un an avant que la plupart d’entre eux ne sortent de l’amateurisme. Qui plus est, d’être passé si près de prendre le pouvoir a semblé brouiller le jugement de Mario Dumont, ce qui s’est soldé par le recours à des tactiques douteuses, comme son absence lors des négociations du premier budget du gouvernement Charest et la motion de défiance sur l’abolition des commissions scolaires que l’ADQ a présentée à l’automne 2007 sans jamais y croire.
Indifférence et non-ingérence – Quatre siècles de relations entre la France, le Canada et le Québec
3 janvier 2009 par Le républicain Québécois
Dans relations France-Québec
Par Stéphane Baillargeon, Publié dans l’édition du samedi 3 janvier 2009du quotidien Le Devoir
FRANCE-CANADA-QUÉBEC, 400 ANS DE RELATIONS D’EXCEPTION
Serge Joyal et Paul-André Linteau,
Presses de l’Université de Montréal, 2008, 319 pagesSi on causait de l’abandon quasi volontaire par la France de la Nouvelle-France ? Au fond, malgré ce que raconte une certaine historiographie québécoise, bien réchauffée par les nationalistes, l’État français, royal ou républicain, n’a jamais cherché à conserver cette colonie et s’en est à peu près complètement désintéressée dans les décennies qui ont suivi la bataille des Plaines.
Voilà une des hypothèses les plus déstabilisantes (et des plus stimulantes) examinées dans l’ouvrage France-Canada-Québec, publié en l’année du 400e anniversaire de l’installation de Champlain. Le beau livre savant rassemble les analyses d’une douzaine d’historiens oeuvrant des deux côtés de l’Atlantique Nord. Elles ont d’abord été défendues lors d’un colloque de l’Association interparlementaire Canada-France tenu en mars dernier à Paris, puis à Ottawa. D’où la codirection du travail mené par l’historien Paul-André Linteau, mais aussi par le sénateur Serge Joyal. D’où également la présence de certains précieux éléments des archives privées du sénateur dans la riche documentation iconographique de la publication.
La question de l’attitude de la métropole entre le milieu du XVIIIe et le milieu du XIXe siècles est examinée dans le détail, sans flagornerie ni tabou, par l’historienne Françoise Le Jeune, de l’Université de Nantes. Mme Le Jeune a eu la très heuristique idée de dépouiller les correspondances secrètes et autres mémoires concernant le Canada enfouis dans les archives du ministère des Affaires étrangères, à Paris.
Les documents révèlent que le royaume avait à toute fin utile sinon abandonné, du moins négligé sa colonie boréale des Amériques bien avant le traité de Paris du 10 février 1763. Paris n’en avait que pour ses îles esclavagistes et sucrières des grandes eaux chaudes du Sud. Quelques arpents de canne, quoi.
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Lettre aux Québécois qui n’ont jamais rempli une demande d’immigration
3 novembre 2008 par Le républicain Québécois
Dans Actualité québécoise
Cher peuple québécois que j’aime et que je respecte au point d’avoir sciemment choisi de venir vivre parmi vous… Je voudrais vous faire partager le témoignage d’un immigrant. Je ne suis pas pakistanais, ni syrien non plus, je suis français. [...]
Passons les habituelles radiographies des poumons, extraits de casier judiciaire, sommes d’argent à posséder… Le Québec exige pour s’installer dans la province un Certification d’acceptation du Québec. Pour l’obtenir, entre autres formalités, nous devons raconter ce qu’ont été nos dix dernières années (périodes de travail, de maladie, de chômage, voyages…) sans omettre une seule journée. Sacré défi! Il faut bien sûr mentionner les diplômes, les formations, etc., à la suite de quoi, si tout cela est beau, nous recevons le fameux certificat.
Naïveté, quand tu nous tiens…[...] Ne voilà-t-il pas que maintenant, on suspecte, par méconnaissance et a priori, mes valeurs. Je précise bien par méconnaissance, car quel Québécois sait que le Parlement turc abritait déjà plusieurs femmes députées quand les Canadiennes n’avaient pas encore le droit de vote? Qui se souvient que l’Inde ou le Pakistan avaient des femmes au poste de premier ministre quand au Québec la parité dans la représentation politique n’est encore qu’une chimère? Hérouxville aurait-il eu gain de cause?
Question de valeursPeuple québécois que j’aime, vous valez mieux que ça. Pourquoi suspecter a priori les valeurs des peuples qui ont vu naître dans leurs entrailles des Gandhi, Confucius, Averroès, Rousseau… De quel piédestal faut-il regarder le monde pour en arriver là? Allons, mes amis québécois, laissez le complexe de supériorité aux Anglais, aux États-uniens ou aux Français. Ne vous laissez pas aller à cette facilité-là et songez que les gens qui débarquent à Dorval et qui forment l’immigration que le Québec appelle de tous ses voeux pour répondre à ses besoins ont souvent tout quitté, tout vendu s’ils avaient quelque chose à vendre, ils ont dû convaincre leur famille, expliquer aux grands-mères que c’était sans doute la dernière fois qu’elles voyaient leurs petits-enfants… Ces gens-là sont arrivés gonflés de l’espoir d’une vie meilleure. [...]
Bien que nous ne partageons pas l’essentiel du propos reproduit ici, nous considérons qu’il apporte un regard juste sur l’ajout d’une nouvelle procédure dans le processus d’immigration. Cependant, il est tout à fait réducteur d’assimilier cet engagement à une quelconque percée de l’intolérance digne d’Herouxville.
Des blogueurs invités au congrès du Parti Conservateur
29 octobre 2008 par Le républicain Québécois
Dans Politique fédérale
À lire ce jour dans le quotidien Le Devoir, l’article d’Alec Castonguay Des blogueurs invités au congrès du PC.
Pour le prochain congrès du parti fédéral, les blogueurs accrédités seront invités à assister aux débats en bénéficiant du même support que les journalistes.
Des blogueurs invités au congrès du PC.
À Winnipeg, les blogueurs de droite du Web seront traités sur le même pied que les journalistes
La droite et la gauche politique au Canada se livrent un duel de tous les instants dans la blogosphère. Ces agents d’information — et de propagande — auront un nouveau champ de bataille dans deux semaines: le congrès du Parti conservateur. La formation de Stephen Harper a choisi d’accréditer formellement les blogueurs, au même titre que les journalistes.
La France doit rester garante du libre choix des québécois
19 octobre 2008 par Le républicain Québécois
Dans Souveraineté, relations France-Québec
| Article reproduit dans l’édition du 23 octobre 2008 du quotidien québécois |
Reproduit également le 05 novembre 2008 sur la page internet Libres-échanges du quotidien français |
Dès le 04 avril dernier, le quotidien québécois Le Devoir annonçait la fin prochaine du « ni-ni » dans la diplomatie française à l’égard du fait québécois. Comme il fallait s’y attendre, la courte visite de Nicolas Sarkozy à la Province du Québec aura été un symbole fort de la redéfinition de la nouvelle donne diplomatique française.
Initiée par le Ministre gaulliste Alain Peyrefitte en 1977, la politique étrangère française en matière de relations Québec-Canada était basée sur la formule de la « non-ingérence, non-indifférence ». Derrière cette formule, il était d’usage de voir la France consentir à ne pas s’immiscer dans le débat interne canado-québécois, tout en acceptant d’« accompagner » le Québec s’il choisissait l’indépendance dans une démarche démocratique.
Or, vendredi dernier, Nicolas Sarkozy est sorti du placard pour dévoiler ses véritables intentions sur la question québécoise. Par ses déclarations, le président français a officiellement abandonné cette doctrine: de facto, il renié le principe de liberté des peuples à disposer d’eux-mêmes en s’ingérant dans le débat sur l’avenir du Québec aux côtés des fédéralistes canadiens.
En présence du Premier Ministre conservateur Stephen Harper, il s’est même permis cette sortie surprenante en conférence de presse: « J’ai toujours été un ami du Canada. Parce que le Canada a toujours été un allié de la France. Et franchement, s’il y a quelqu’un qui vient me dire que le monde a aujourd’hui besoin d’une division supplémentaire, c’est qu’on n’a pas la même lecture du monde ».
Parce que nul ne peut dicter la destinée d’un peuple
En 1967, le Président De Gaulle, de la mairie de Montréal, a lancé son célèbre « vive le Québec libre ». Libre de quoi, le Général ne l’a pas dit. Dans tous les cas, le gouvernement canadien de l’époque dénonça l’ingérence étrangère dans les affaires politiques internes du pays, et le Président quitta précipitamment le pays. D’autres, au contraire, y ont vu le salutaire appui à leur quête d’indépendance.
41 ans après, ces quatre mots pèsent toujours lourds dans le débat sur la souveraineté au Québec, et certains y voient justement la caution historique au changement de cap de Nicolas Sarkozy. S’il faut interpréter cette illustre affirmation comme une ingérente marque d’appui au mouvement souverainiste, rien n’interdirait, dès lors, l’actuel Président français de modifier sa vision de nos relations diplomatiques.
Plus justement, l’ancien Premier Ministre québécois René Lévesque, dans ses mémoires, interprétait ce propos comme rien d’autre qu’une offre de service: « comme ses successeurs le firent par la suite, chacun dans son style, il ne s’engageait à nous accorder, le cas échéant, que l’appui que nous aurions nous-mêmes demandé. [Or,] rien ne me semblait moins indiqué que tel recours à la caution extérieure, si prestigieuse fût-elle ».
En clair, considérer les propos de Charles De Gaulle comme le pêché originel de la diplomatie franco-québécoise est une erreur fondamentale de jugement: ni lui, ni les dirigeants souverainistes n’ont souhaité considérer la France comme un soutien à la cause indépendantiste.
Dans la même optique, contrairement à ce que rapporte nombre de médias, il est tout à fait injuste de voir de l’aigreur dans les propos de l’ex-Premier Ministre Parizeau. Lui qui avait collaboré avec l’ancien président français Valéry Giscard d’Estaing pour aider le Québec à proclamer son indépendance juridique en cas de victoire au référendum de1995, dénonce avec pertinence l’ingérence de Nicolas Sarkozy pour son « jugement très anti-souveraineté du Québec ». Plutôt que de reconnaître l’inaliénable droit des peuples à l’autodétermination, le Président français a préféré s’exprimer en sa défaveur. En ce sens, Nicolas Sarkozy s’est donc permis de préjuger d’une cause qu’il n’a pas à apprécier.
La doctrine qui se dégage de ses quelques jours au Québec, c’est celle des cosmopolites radicaux qui combine merveilleusement l’individualisme le plus absolu au supranationalisme. Il n’y a donc rien de surprenant de voir que Nicolas Sarkozy, déjà séduit par le multiculturalisme canadien, se retrouve dans l’idéal libéral de l’ancien Premier Ministre Pierre Eliott Trudeau. La liberté républicaine positive, celle qui repose sur le sentiment d’appartenance et la participation à une communauté libre et autonome, n’a pas les grâces du Président Sarkozy. Celui-ci préfère certainement s’en remettre à la liberté négative des libéraux individualistes: le premier droit du citoyen serait alors de limiter les possibles entraves de l’Etat et des autres individus, avant même de pouvoir se prononcer en tant que peuple sur son sort.
… il est nécessaire de préserver nos liens de confiance avec le Québec
Pour la cause indépendantiste, l’ami de Paul Desmarais est d’ores et déjà considéré pour ce qu’il est: un opposant.
Mme Royal, au cours de la dernière campagne présidentielle, avait dignement déclaré que, « comme dans toute démocratie, le peuple qui vote est souverain et libre. Et donc les Québécois décideront librement de leur destin, le moment venu, s’ils en sont saisis ». Nous savons, par ailleurs, que cet avis est partagé par une large frange de la classe politique française. Aussi, ceux qui croient toujours en la doctrine diplomatique de l’accompagnement du Québec sur le chemin qu’il voudra bien choisir doivent désormais s’exprimer, à défaut de quoi ils cautionneront par leur silence la vision sarkozienne du Québec dans un Canada uni.
Cependant, la France ne doit pas oublier qu’un tel abandon pourrait être lourd de sens pour l’avenir des relations avec le Québec. Il va sans dire que le lien qui uni la France et la province québécoise a quelque chose de viscéral; mais, aussi naturel soit-il, il n’en est pas moins fragile. L’hypothèse d’un Québec indépendant n’est pas à exclure: n’oublions pas qu’en 1995, seulement 54 288 voix avaient séparé les tenants du Oui de ceux du Non. Aussi, dans ce contexte, le mouvement national québécois n’a donc plus nécessairement intérêt à privilégier ce rapport à la France. On pourrait alors envisager que des liens aussi forts, et peut-être encore plus symboliques, pourraient être noués avec d’autres démocraties européennes naissantes, au détriment de son allié historique.
Inconsciemment, le Président Sarkozy a fait la preuve qu’il était temps, pour le mouvement souverainiste québécois, d’engager des relations avec d’autres pays que la France. Quoi qu’il en soit, comme le souligne le Réseau de Résistance du Québec, si l’indépendance du Québec doit se réaliser, elle se fera avec ou sans M. Sarkozy, et avec ou sans la France. Si le premier a clairement abandonné le Québec à son sort, il reste à espérer que la seconde ne le fera pas… À mettre toutes ses billes sur Paris, le Québec prend conscience du risque de perdre la mise.
Et puis, loin des réflexions binaires de Nicolas Sarkozy, il est faux de croire que le contentieux Canada-Québec oppose exclusivement fédéralistes et souverainistes. L’actuel Premier Ministre libéral du Québec, Jean Charest, pourtant connu pour son fédéralisme, s’est suffisamment répandu en critiques à l’égard de l’assymétrie de certaines relations fédération-province, pendant la récente campagne éléctorale fédérale, pour s’en rendre compte. Le contentieux en question opposerait donc invariablement l’Etat du Canada à la Province du Québec, que ses représentant soient autonomistes, souverainistes voire fédéralistes.
Depuis le traité de Paris de 1763 cédant (entre autres) le Canada à la Grande-Bretagne, le Québec a préservé son identité envers et contre tout et surtout sans l’aide de la France. Il serait donc présomptueux de croire que la relation France-Québec puisse supporter toutes les atteintes. Pour ne pas hypothéquer un avenir que tout le monde souhaite commun, et quel que soit l’avenir du Québec, la France devra respecter scrupuleusement le choix des québécois dans la conduite de leur destin.
* Edition de l’article le 23 oct. 2008: Par notre faute, la reproduction de cette analyse dans le quotidien Le Devoir ne mentionne pas l’article du RRQ utilisé comme source dans l’élaboration de ce billet. Aussi, nous tenons à témoigner de notre bonne foi et nous présentons toutes nos excuses à ses auteurs.
Le Québec doit oser l’introspection pour se relever des émeutes
13 août 2008 par Le républicain Québécois
Dans Actualité québécoise
Article reproduit dans l’édition du 19 août 2008 du quotidien
Depuis le début de la semaine, de nombreuses analyses regardent de l’autre côté de l’Atlantique pour comprendre le phénomène des émeutes. Mais le Québec n’est pas la France! Préservons le modèle québécois par la recherche du dialogue et du respect.
Quelques jours après les tragiques évènements dans Montréal-Nord, certains osent déjà établir des parallèles entre ces derniers et le détestable climat qui règne depuis plusieurs années dans les banlieues françaises. Il est vrai que s’il existe une concordance réelle et non fantasmée entre le traitement médiatique des émeutes que nous venons de vivre à ici avec ce qui a pu se produire de l’autre côté de l’Atlantique ces dernières années, ce serait certainement les interrogations sur la validité des modèles d’intégration nationaux.
De manière plus générale et sans céder au sensationnalisme adopté par certaines presses, on a communément pointé du doigt l’échec du multiculturalisme anglais après les attentats de Londres; les ratages du melting-pot et du rêve américain après les ravages du cyclone Katrina sur la Nouvelle-Orléans; la fin du modèle néerlandais après les meurtres du réalisateur polémiste Théo Van Gogh et du leader d’extrême-droite Pim Fortuyn ainsi que la récente fatwa contre Ayaan Hirsi Ali; l’incapacité du modèle d’intégration républicaine français à dépasser sa diversité cuturelle et peut-être va-t-on bientôt s’interroger à l’étranger de la validité du multiculturalisme canadien. Il reste toujours plus évident de stigmatiser la crise naissante des différents« modèles » pourvu qu’il s’agisse de celui du voisin…
Or, affirmer que les modèles d’identités nationales, à l’heure d’une mondialisation inéluctable, soient en crise n’a rien d’extravagant; mais affirmer l’échec d’un modèle plutôt qu’un autre révèle plus un cloisonnement nationaliste quand il faut se rendre à l’évidence qu’il n’existe aucune modèle universel fiable. Les évènements actuels doivent donc s’appréhender dans une perspective beaucoup plus généraliste.
En France, en 2005, toute la classe politique s’était unie dans une forme d’union républicaine (plutôt rare au quotidien) pour affirmer l’impérieuse nécessité de restaurer les « principes républicains ». Cependant, le débat qui en a suivi n’a fait que révéler des problématiques beaucoup plus concrètes, relevant notamment de la perte de légitimité de l’État-nation dans ses prérogatives classiques. Ce constat découle plus de l’intégration européenne et de la loi des marchés transnationaux que de l’improbable oubli de valeurs aussi fondamentales que l’égalité ou l’humanisme. Précisons d’ailleurs que ces dernières, d’ailleurs, n’ont jamais constitué un corpus monolithique car faut-il rappeler que le prétendu « âge d’or » de la République française a été bousculé par des groupes aussi différents que radicaux laïcs, communistes, socialistes démocrates, catholiques, royalistes, populistes voire même groupes fascisants. Et, au Québec, pas moins qu’ailleurs, le rapport à l’identité collective est aussi protéiforme que mouvant dans le temps et l’espace.
Alors pour refuser de céder à certaines tentations d’analyses discriminantes, il est nécessaire de concentrer nos efforts sur la place à consentir aux institutions publiques dans la vie de la cité. On l’a vu, la cible des émeutes reste le dépositaire de l’autorité publique. Quoi qu’on en pense, le Maire de Montréal, Gérald Tremblay, l’aura noté en affirmant qu’il ne tolérerait « pas que des policiers, des pompiers et des ambulanciers soient victimes d’atteintes physiques ». En ce sens, le débat sur le rapport à la collectivité des différentes communautés culturelles ne serait en fait qu’un avatar rassurant pour oublier le problème réel de la vie quotidienne de milliers de citoyens. Le prétexte d’un débat sur l’intégration de la diversité ne serait qu’une illusion, or, lorsqu’on se trompe de problème, on ne risque pas de résoudre quoi que ce soit.
L’expression imparfaite d’une critique sociale justifiée
En fait, ce n’est pas l’intégration en elle-même qui doit être remise en cause, mais plutôt notre rapport à une classe sociale pauvre (un néo-lumpenproletariat pour certains, une underclass pour d’autres). En l’absence d’études sur les phénomènes des émeutes puisque le celui-ci est nouveau ici, nous pouvons constater qu’ailleurs, globalement, les parents des jeunes en révolte furent pour la plupart membres de la classe ouvrière. La désindustrialisation (et, par là même, la disparition de la culture ouvrière traditionnelle), a conduit à une forte dévalorisation de la valeur du travail. Le problème des « pauvres », c’est que l’économie moderne n’en a plus besoin. Et cela est un phénomène que la France partage avec le reste du monde occidentale. Aussi, le combat pour l’intégration d’une underclass est le même de Londres à Los Angeles en passant par Montréal ou Paris. En l’absence d’une socialisation par la travail telle qu’elle avait pu exister par le passé (association ouvrières, syndicats, etc.), la crise actuelle n’est pas nécessairement une spécificité française. Elle est plutôt un phénomène commun aux sociétés post-industrielles, même si, bien sûr, l’état du marché de l’emploi reste ici éminemment différent et le taux de chômage français (réel pas officiel) bien supérieur à nos réalités.
Après les émeutes de 2005, le sociologue français Jean-Jacques Yvorel avait proposé que si « les pratiques des émeutiers se situent hors du répertoire d’action collective légitime de la France d’aujourd’hui », il n’en demeure pas moins qu’elles « ne saurai[en]t être rejetée dans la délinquance pure et simple ou l’insignifiance ». Il assimile donc ces mouvement à ce qui constitue « un répertoire d’action collective ancien, “protopolitique” », c’est-à-dire où les perspectives de transformation politique ou sociale sont absentes, mais qui comporte néanmoins une critique de l’ordre établi. Il établit d’ailleurs de sérieux points de convergence entre les « émotions paysannes » des XVIIe-XVIIIe siècles ou les rébellions de « l’été rouge » de 1841 et les émeutes de novembre 2005.
Évitons le discours politique amalgamant et réducteur
Peu compréhensif, on a connu Nicolas Sarkozy pour le moins vindicatif à l’égard des « jeunes », tant par le préjugé négatif (« caïds », « racailles », etc.) que dans certains échanges verbiaux, notamment sur un plateau de télévision où il avait répondu « vous êtes ici entre gens bien élevés ». Or, le langage de ces jeunes, relégués au rang de « citoyens de deuxième zone », n’a malheureusement pas été baigné par la rhétorique universitaire ou politicienne.
Avec surprise, on a pu lire dans un autre quotidien que lorsque Nicolas Sarkozy a été muté à l’Économie et aux Finances, en 2004, « le climat avait beaucoup changé en France. La racaille ne faisait plus la loi ». Bien que fausse et péremptoire, cette affirmation contient une mince vérité. Le climat avait effectivement changé: il avait réussi à diffuser à la fois une idée et une image, celles des jeunes, en déshérence sociale, dont il a fait des « quasi sous-hommes » parce qu’ils ne disposeraint pas du même capital économique, social et culturel. Mais si l’on a beaucoup focalisé notre attention sur Nicolas Sarkozy, il ne faut pas oublier qu’un ancien Ministre de gauche, Jean-Pierre Chevènement, avait qualifié ces mêmes jeunes de « sauvageons » quelques années auparavant.
Le Canada dispose d’un héritage politique certain et la construction d’un rêve multiculturaliste crée la spécificité de son identité. Elle ne doit pas pour autant constituer une outrageante fierté, car elle n’est pas exempte de vicissitudes, et d’autres choix auraient pu être faits sans être pour autant blâmables. Cela dit, il existe au Québec une quête de l’identité collective qui tranche avec une tendance naturelle à l’individualisme anglo-saxon et qui constitue, en cela, un atout majeur pour répondre aux défis qui se posent aujourd’hui.
La France n’a jamais su tirer les enseignements de 30 années d’embrasements de ses banlieues. Les politiques et autres« plans banlieues » se sont multipliés sans réels changements et, surtout, aucune tentative sérieuse n’a été menée pour redessiner les rapports entre un État en perte de vitesse et ses quartiers. Peu à peu, la France s’est retirée de ces derniers qualifiés de « zones de non-droit », à commencer par une éducation nationale qui ne sait plus comment répondre correctement à des enjeux auxquels elle ne s’est jamais préparée… Et la politique répressive de Nicolas Sarkozy n’a rien arrangé à l’affaire lorsqu’il s’est évertué, dès 2003, à contester l’intérêt d’une « police de proximité » qui privilégierait le travail social dans les quartiers aux résultats, notamment en matière d’interpellations. La Commission nationale de déontologie de la sécurité (CNDS) a régulièrement relevé l’augmentation des plaintes depuis 2002 jugeant également que certaines méthodes de la police comme la fouille à corps et le menottage sont utilisées abusivement. Entre 2006 et 2005, les saisines de cette commissions ont augmenté de 25%!
Alors oui, la Québec n’est pas la France: il faut que notre société, celle dont nous héritons ou que nous avons adopté par choix, soit à même de corriger au plus vite ses faiblesses. En ces instants d’une rare gravité, l’actualité laisse entrevoir un espoir. Malgré le traumatisme, et grâce à cette incroyable fierté et volonté de surmonter les problèmes, Montréal-Nord s’est rapidement ressaisi. Institutionnels, citoyens, politiciens, intervenants sociaux et communautaires se mobilisent déjà. Certains auraient pu y voir là une crise insurmontable, car « la crise vient justement de ce que le vieux meurt et de ce que le neuf ne peut pas naître ». Mais les citoyens montréalais sauront donner tort à Antonio Gramsci en rendant le plus bel hommage qui soit à Freddy Villanueva, celui de contribuer à l’émergence de solutions renouvelées et apaisées aux tensions sociales et institutionnelles qui minent les quartier les plus défavorisés des cités occidentales.


Québec — Pauline Marois n’a pas manqué une occasion cette semaine de dénoncer l’inutilité de la session extraordinaire de trois jours au cours de laquelle les députés du nouveau gouvernement Charest et de l’opposition ont croisé le fer pour la première fois à l’Assemblée nationale. Les deux périodes de questions de mercredi et jeudi ont pourtant donné un avant-goût de la force de l’opposition officielle formée de 51 élus du Parti québécois et de ce qui attend les libéraux lorsque la véritable session commencera en mars.
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