Budget fédéral : le PLC se résigne et signe l’arrêt de mort de la coalition

Le choix du PLC a été annoncé ce matin et les libéraux ne s’opposeront pas au budget présenté par Jim Flaherty, Ministre du budget de Stephen Harper. Pis, ils iront même jusqu’à lui apporter leur soutien.

À cette volte-face, certains émettent l’hypothèse que l’arrivée de Michael Ignatieff à la la tête du PLC signait de facto la fin de l’entente entre les partis d’opposition. Bien sûr, le nouveau chef libéral ne sait jamais montré ardent défenseur de l’option de coalition, on le sait, mais ce serait avant tout la remontée du PLC dans les sondages depuis son arrivée à la direction qui aurait marqué le virage stratégique. En toute logique, un parti libéral qui se voyait pousser des ailes dans les intentions de vote avait toutes les raisons de s’émanciper d’un allié turbulent comme le NPD et d’un soutien intransigeant comme le Bloc.

Enfin, il y a eu ce que Denis Coderre, lieutenant d’Ignatieff au Québec, a appelé “l’intérêt national” en se retranchant derrière des arguties juridiques pour justifier la peur d’être conduit à de nouvelles élections générales. La coalition aura donc été utilisée comme l’épée Damoclès.

En tout état de cause, la fin de la crise parlementaire ouvre une certaine redéfinition du champ politique canadien: les libéraux peuvent désormais se targuer de faire manger les conservateurs au creux de leurs mains, ces derniers devant impérativement se recentrer pour préserver leur cabinet.

Pourtant, les libéraux pourraient être les premières victimes de leur revers. En effet, si le Gouvernement Harper aura plus que jamais besoin des voix du PLC pour persister, ce dernier devra compter sur ces anciens compagnons de route pour renverser les conservateurs. Or, une telle chose ne sera plus si simple puisque le NPD aura toutes les raisons du monde de se méfier ce faux-frère-ennemi de centre gauche: de l’eau devra couler sous les ponts avant d’envisager de nouveaux partenariats. Enfin, les troupes de Gilles Duceppe ont tout intérêt désormais à percevoir Michael Ignatieff comme un challenger sérieux au Québec, bien plus dangereux que n’ont pu l’être Stephen Harper et Stéphane Dion.

Pour illustrer ce nouveau paradigme, voici une dépêche de la Presse canadienne relative à la réaction de Gilles Duceppe.

Duceppe accuse les libéraux de laisser tomber le Québec en appuyant le budget

OTTAWA — L’ère de la collaboration et de la bonne entente entre le Bloc québécois et le Parti libéral du Canada scellée en décembre dernier par le pacte donnant naissance à une coalition des partis d’opposition a pris fin abruptement mercredi avec la décision du parti fédéraliste de Michael Ignatieff d’appuyer le budget conservateur.

Pour le chef bloquiste, Gilles Duceppe, ce geste constitue rien de moins qu’une trahison.

“En votant en faveur de ce budget conservateur, les libéraux vont aussi voter contre le Québec. Comme les conservateurs, les libéraux vont eux aussi voter contre la justice sociale, contre le droit à l’équité salariale et ils vont voter contre une économie verte”, a-t-il déclaré lors d’un point de presse.

M. Duceppe, qui ne s’en était pas pris directement aux libéraux depuis des mois, leur a reproché mercredi de renouer avec leur “tradition prête à laisser tomber le Québec à la première occasion”.

“On a la politique de nos intérêts et les intérêts du Canada ne sont pas ceux du Québec. Quand ils ont à choisir entre l’Ontario et l’Ouest et le reste du Canada et le Québec, le choix se fait facilement”, a-t-il fait valoir.

Le chef souverainiste a prévenu les libéraux, qui espèrent faire des gains au Québec lors du prochain scrutin, qu’ils paieraient le gros prix pour leur attitude.

A l’instar du Nouveau Parti démocratique, le Bloc s’oppose à un budget qui à ses yeux fait passer “l’idéologie avant l’économie”, ne vient pas en aide aux travailleurs et aux chômeurs et ne respecte pas les compétences provinciales.

Le Bloc a déposé mercredi un sous-amendement au budget qui reprend le texte d’une motion adoptée à l’unanimité par l’Assemblée nationale demandant une aide pour les secteurs manufacturier et forestier, un meilleur accès à l’assurance-emploi, le maintien de la péréquation dans sa forme actuelle et l’arrêt du projet de commission des valeurs mobilières pancanadienne.

Le vote sur ce texte aura lieu jeudi. Pour M. Duceppe, tous les élus du Québec auront alors à prendre clairement position, non seulement sur le budget mais aussi sur une série d’enjeux chers à leur province d’origine.

“Au moment du vote sur ce sous-amendement tous les élus du Québec feront face à un choix qui est très clair: c’est le choix entre le Québec ou le Canada. Tous les élus du Québec qui voteront contre ce sous-amendement et en faveur de ce budget conservateur auront choisi le Canada au détriment du Québec”, a-t-il insisté.

Le NPD a d’ores et déjà indiqué qu’il appuierait le sous-amendement du Bloc. Le parti ne compte cependant qu’un député au Québec, l’ancien ministre Thomas Mulcair qui représente la circonscription montréalaise d’Outremont. [...]

Les réactions au discours du trône

Michaelle Jean a présenté, hier, son discours du trône dont voici un extrait:

Honorables Sénatrices et Sénateurs,
Mesdames et Messieurs les Députés,
Mesdames et Messieurs,

En ces temps incertains où le monde entier est menacé par une économie qui vacille, il devient urgent de travailler ensemble, d’unir nos efforts et d’en appeler à une plus grande solidarité.

Dans le respect de notre tradition démocratique, les Canadiennes et les Canadiens s’attendent à ce que leurs représentants élus se concertent pour que le Canada sorte plus fort de cette grave crise économique.

Une fois de plus, les représentants de la population se rassemblent pour examiner les priorités de la prochaine session parlementaire. [...]

La suite à cette adresse: http://www.sft-ddt.gc.ca/fra/media.asp?id=1384

Ci-dessous, voici la réaction de Gilles Duceppe, chef du Bloc Québécois:

Des interventions de Jack Layton (NPD), Michael Ignatieff (PLC) et Christian Paradis (“lieutenant” de S. Harper au Québec) peuvent être consultées sur le site de Radio Canada en cliquant sur le logo ci-dessous:

SRC

Nous ne publions pas de vidéos de ces deux leaders dans le présent billet pour la simple raison que leur parti n’en proposent pas (à notre connaissance) sur les sites de partages vidéos tels Youtube, Dailymotion ou Google Videos.

Une semaine importante débute à Ottawa

M Jean

Dénouement de près de deux mois de tractations politique, cette semaine débutera par la lecture du discours du trône de Michelle Jean. Sauf réelle surprise, ce dernier devrait être relativement proche de celui prononcé il y a deux mois, se focalisant notamment sur l’enjeu économique actuel.

Le projet de budget quant lui, sujet de toutes les attentions, devrait être présenté demain. En effet, devant les menaces de coalition PLC-NPC, la prorogation de la session parlementaire, le 04 décembre dernier, a permis aux conservateurs de Stephen Harper d’obtenir un sursis de 7 semaines pour revoir leur copie budgétaire.

Le nouveau chef libéral, Michael Ignatieff, ne souhaite pas se prononcer sur une éventuelle censure du Gouvernement. avant d’avoir pris connaissance de celui-ci. D’ores et déjà, le Nouveau Parti Démocratique de Jack Layton a annoncé qu’il s’opposerait à son adoption. Gilles Duceppe, du Bloc Québécois, a, pour sa part, indiqué qu’il conservait un mince espoir de voir le texte correspondre à ses attentes, mais à répété à plusieurs reprises qu’une coalition soutenue par le Bloc restait d’acutalité.

Sur le fond, des trois partis d’opposition, tous s’entendent néanmoins pour considérer  que l’annonce de déficits beaucoup plus importants que ce qui était planifié il y a encore quelques semaines ne contribue pas à restaurer la confiance à l’égard des conservateurs. Enfin, la rumeur d’une baisse généralisée (mais limitée dans le temps à la période de crise) est un autre point de tension: depuis la baisse de la TPS (impôt fédéral indirect sur la consommation), le Gouvernement a d’ores et déjà fragilisé les caisses de l’État canadien sans obtenir les conséquences escomptées sur le dynamisme économique. Plutôt qu’une relance économique, PLC, NPC et Bloc Québécois s’inquiètent du possible glissement progressif vers un déficit structurel.

SRCDu 22 novembre à aujourd’hui, retrouvez la chronologie complète des évènements sur le site de Radio Canada.

SRC

Les résultats se précisent…

répartition par province

Résultats des élections fédérales canadiennes:

Résultats des élections fédérales 2008

Élections fédérales: résultats partiels

Résultats des élections fédérales canadiennes (résultats partiels à 01h30):

  • PCC: 143 élus (37,68%)
  • PLC: 78 élus (26,34%)
  • BQ: 48 élus (10,13%)
  • NPD: 37 élus (18,00%)
  • Indép.: 2 élus (0,67%)

… au Québec:

  • BQ: 48 élus (38,26%)
  • PLC: 15 élus (23,59%)
  • PCC: 10 élus (21,74%)
  • NPD: 1 élu (12,15%)
  • Indép.: 1 élu (0,65%)

Débat des chefs 2008

Débat des chefsLes 5 principaux chefs de partis canadiens (Elisabeth May, Verts; Stéphane Dion, PLC; Gilles Duceppe, BQ, Stéphen Harper, PCC; et Jack layton, NPD) participeront au débat des chefs 2008 dès 20h00. Radio Canada diffusera une émission spéciale de 19h00 à 24h00.

Demain, à 21h00 vous pourrez assister au débat des chefs en anglais

Journal de campagne

La campagne électorale ayant commencé “sur les chapeaux de roues”, il a semblé préférable d’attendre quelques jours afin de laisser un peu décanter l’information ; mais, promis-juré, le journal de campagne sera alimenté beaucoup plus régulièrement à compter de ce jour…

Duceppe au théâtre NationalLe Bloc Québécois, prisonnier du « bric-à-brac idéologique de la gauche » ?
En ce début de campagne l’équipe de Gilles Duceppe a subit de nombreuses attaques sur les valeurs défendues par le Bloc. Or, une grande partie de ces critiques proviennent de souverainistes déçus, à commencer par Jacques Brassard, ancien ministre péquiste de l’environnement.

« Il me semble que le Bloc est désemparé d’avoir perdu ces fringants chevaux de bataille qu’étaient le scandale des commandites et le déséquilibre fiscal. Alors, il sort de l’écurie les vieilles picouilles de gauche (Kyoto, la paix, la haine des Américains, la droite nazifiée, la diabolisation des armes à feu, l’Alberta dégueulasse, etc.). Je ne suis pas certain que ces vieux canassons vont se rendre au fil d’arrivée dans la course électorale qui commence »

Dans deux lettres distinctes, le Bloc Québécois par l’intermédiaire de Jacques Léonard, et Bernard Landry, 26e Premier Ministre du Québec, se sont fendus d’une attaque réglée contre celui dont la lente dérive droitière justifierai l’aigreur des propos. Nous l’avons dit dans un précédent post, la vision de nationalisme peut être extrêmement variable. Le nationalisme peut être traditionnel, c’est à dire reposer sur une vision classique de l’État-Nation (comme la France ou l’Angleterre) ; il peut aussi être oppresseur, voire impérialiste, niant dès lors l’existence d’entités nationales minoritaires pourtant bien réelles ; il peut être libérateur, c’est à dire visant à atteindre la libération nationale, régionaliste, ou séparatiste ; il peut, enfin relever de la tradition nationaliste européenne proche de “la nouvelle droite”. Le Bloc a fait le choix de défendre un souverainisme de progrès qui défend une vision moderne et humaniste du Québec, dans une société canadienne de plus en plus en proie à la Réaction soutenue par le Parti Conservateur.
Comme le conclu Jacques Léonard, “l’une de ces valeurs, c’est le statut de la langue française au Québec. Vieille picouille, mon œil!. C’est cette idée d’un peuple fier de son identité culturelle, inscrite dans une dimension tolérante de la diversité qui a été développée par le chef du Bloc Québécois, Gilles Duceppe, au cours de son assemblée d’investiture à Laurier – Ste-Marie. Le mouvement souverainiste se grandit de ne pas céder à la tentation du nationalisme excluant et passéiste. Il en résulte que le Bloc devient un parti aux idéaux encore plus grands lorsqu’il dépasse la seule question de la souveraineté en anticipant, dès aujourd’hui, la société de demain.
Au cours de ce même discours, Gilles Duceppe en a profité pour critiquer avec vigueur Stephen Harper et Mario Dumont sur leurs inconstantes visions de la défense des intérêts du Québec. L’un comme l’autre ils n’assument pas jusqu’au bout les conséquences de leurs déclarations:

Le plan environnemental du NPD
“Compenser les pollueurs qui réduisent leur pollution et pénaliser ceux qui ne le font pas, c’est le pilier du système adopté par l’Union européenne, a expliqué Jack Layton. Les deux candidats à la présidence des Etats-Unis, Barack Obama et John McCain, l’ont proposé aussi. Cela permettra au Canada d’adopter une solution de plus en plus globale, qui pourrait être intégrée.” Voilà en résumer ce que le NPD a lancé dans la marre pour débuter sa campagne sur le terrain des idées. Jack Layton, à la différence de Dion, a eu l’intelligence d’arriver avec un plan bien ficelé en la matière. Il propose notamment d’aider les familles à faire la transition vers une économie durable à l’aide d’un fonds pour les emplois verts de 750 millions de dollars, ou encore de mettre un terme aux nouveaux projets d’exploitation des sables bitumineux jusqu’à ce que les émissions en soient limitées, voire d’instaurer un marché du carbone… chose qui été initialement défendue par Stéphane Dion quand il dénonçait la probable inefficacité de la Taxe carbone…

Les dérives grossières du PCC
On le savait, les conservateurs n’allaient certainement pas inventer l’eau chaude au cours de cette campagne. La campagne de 2006 avait été remportée sur la base de 5 ou 6 idées forces reprises en boucle. Aujourd’hui, il est clair que Stephen Harper n’a pas encore fait preuve d’innovation programmatique. Les inquiétudes restent les mêmes lorsque l’on a découvert que la candidate conservatrice de la circonscription Saint-Bruno-Saint-Hubert, sur la Rive-Sud, fait partie de l’Opus Dei, et qu’elle en avait même été porte-parole. Bien sûr, ce genre de révélations ne fait que corroborer les inquiétudes qui avaient pu naître notamment du projet de loi C-484, modifiant le Code criminel (blesser ou causer la mort d’un enfant non encore né au cours de la perpétration d’une infraction). Et comme l’alliance des conservateurs de tous poils n’est jamais loin, on ne sera pas étonné d’apprendre que la Cardinal Turcotte, s’est introduit dans la campagne électorale en remettant son insigne de l’Ordre du Canada après qu’un ardent défenseur de l’avortement y est été admis.
Dans cette droite ligne, deux gaffes ont entaché la crédibilité du PCC: un membre de l’équipe de communication a maladroitement utilisé un témoignage de père de soldat mort en Afghanistan comme argument politique, et, enfin une animation sur le site conservateur mettait en scène, dans un montage scatologique de pré-adolescent, Stéphane Dion dans une situation peu avantageuse… Tout simplement idiot…

“Ensemble, tout est possible”: Stéphane Dion se prend pour Nicolas Sarkozy
Avec tout le respect que nous pouvons avoir pour le plan Vert de M. Dion, auquel nous croyons sincèrement, force est de constater que sa campagne patine… D’ailleurs, a-t-elle réellement commencé ? Si le slogan de campagne est on ne peut plus copié sur celui de l’ex-candidat Sarkozy, voilà bien la seul comparaison que l’on peut faire entre les deux hommes. Son manque de leadership est réel et dans quelque déclaration que ce soit, il est impossible d’y lire la moindre combativité. Même si son programme est plutôt éloigné de nos convictions, il est fort dommage que le Parti Libéral ne réussisse pas à se saisir d’une opportunité en or: les conservateurs sont les sortants et la perspective de les voir former un gouvernement majoritaire effraie au plus au point! En tout état de cause, il aurait pu opter pour une stratégie payante en se posant comme rempart du PCC, il a préféré jouer la carte risquée du pari écologique…

Les Verts au débat des chefs
Épiphénomène dans cette campagne, sous la pression médiatique, Jack Layton et Stephen Harper se sont résignés à accepter la présence du parti Vert au débat des chefs. La groupusculaire formation qui totalise 1 député en tout est pour tout (et encore, depuis quelques semaines!) sera donc à même de rivaliser sur le plateau de télévision. Un avantage indéniable à cela: cela fera une occasion de plus de pousser M. Harper dans ses retranchements, alors qu’il s’évertue à nier l’urgence écologique.