Point de presse sur les déclarations de M. Sarkozy

Gilles Duceppe, chef du Bloc Québécois et Pauline Marois, chef du Parti Québécois et de l’opposition officielle réagissent aux propos de Nicolas Sarkozy, président de la France.

Entretien avec Gilbert Paquette

Gilbart PaquetetGilbert Paquette est un chercheur universitaire et un homme politique québécois. Ministre de la Science et de la Technologie dans le gouvernement de René Lévesque de 1982 à 1984, il est chercheur au Centre interuniversitaire de recherche sur le téléapprentissage (CIRTA-LICEF), qu’il a fondé en 1992. Président des Intellectuels pour la souveraineté (IPSO), il a publié en mars 2008 La nécessaire alliance aux éditions Les intouchables.

La nécessaire alliance
Gilbart Paquette, mars 2008
Éditeur: Les Intouchables
ISBN-10: 2895493227
ISBN-13: 978-2895493228
 

Lettre à Nicolas Sarkozy

Lettre conjointe présentée par les chefs du Parti Québécois, Paul Marois, et du Bloc Québécois, Gilles Duceppe, au Président français Nicolas Sarkozy.

Montréal, le 4 février 2009

Monsieur le Président,

Nous voulons réagir de deux façons aux propos que vous avez récemment tenus à l’Élysée au sujet du Québec. D’abord, vous nous voyez ravis de constater que vous trouvez trop timide la politique française antérieure qui parlait de « non indifférence » pour qualifier l’intensité des rapports entre nos deux peuples. Vous préférez, dites-vous, parler « d’amour » entre des nations frères faisant partie d’une même famille. Dans la même veine, et cela vous surprendra peut-être de la part de deux leaders indépendantistes, nous vous félicitons pour l’énergie que vous avez mise, et que vous mettez encore, à assurer le succès de dossiers franco-québécois que nous appuyons vivement : la reconnaissance réciproque des diplômes entre Français et Québécois, qui permettra à nos professionnels d’œuvrer et de voyager plus facilement de part et d’autre, et le projet de libre-échange Canada-Union Européenne, dont le Québec est le principal promoteur et serait, de ce côté-ci de l’Atlantique, le pr! incipal bénéficiaire.

Car contrairement à l’idée que vous semblez avoir de nous, les indépendantistes québécois sont favorables à tout ce qui permet au Québec de s’ouvrir au monde. Vous semblez l’ignorer, Monsieur le Président, car à l’Élysée, vous avez accompagné vos remarques fraternelles de remontrances à certains de vos frères, affirmant au sujet des indépendantistes québécois qu’ils n’adhèrent pas au « refus du sectarisme, de la division, de l’enfermement sur soi-même, au refus de définir son identité par opposition féroce à l’autre ».

De qui parlez-vous, Monsieur le Président ? Des 49,4 % de Québécois, et donc de la forte majorité de francophones, qui, le soir du 30 octobre 1995, ont voté Oui à la souveraineté du Québec ? Au 43 % qui, lors d’un sondage de la semaine dernière, ont réitéré ce choix ? Cela fait beaucoup de monde. La moitié de la famille, Monsieur le Président. « Sectaires » ? « Féroces » ? les électeurs québécois qui ont élu en octobre 49 députés indépendantistes, soit près des 2/3 de la députation québécoise à la Chambre des communes à Ottawa et, en décembre dernier, 51 députés à Québec, formant ainsi l’opposition officielle ? « Adeptes de l’enfermement », les Québécois qui ont élu quatre gouvernements souverainistes majoritaires au cours des 30 dernières années ?

Nous ne pensions pas que le général de Gaulle nous appelait à l’enfermement sur nous-mêmes lorsqu’il a souhaité, en juillet 1967, que « Vive le Québec libre ! » Nous jugeons toujours qu’il avait raison lorsqu’il a plus longuement expliqué ce qui suit en novembre 1967 : « Que le Québec soit libre c’est, en effet, ce dont il s’agit. Cela aboutira forcément, à mon avis, à l’avènement du Québec au rang d’un État souverain, maître de son existence nationale, comme le sont par le monde tant et tant d’autres peuples, tant et tant d’autres États, qui ne sont pas pourtant si valables, ni même si peuplés, que ne le serait celui-là. » Nous ne pensons pas, non plus, que les nombreux hommes et femmes politiques français, dont plusieurs ont joué et jouent un rôle éminent au sein de votre formation politique, qui nous ont prodigué conseils et encouragements au cours des années et encore aujourd’hui, veulent pousser le Québec au sectarisme.

Notre mouvement est fier d’avoir incarné au cours des années l’exact contraire de l’idée que vous vous en faites. C’est ainsi que le fondateur de notre mouvement, René Lévesque, s’est battu bec et ongles pour que le Québec puisse s’exprimer au sein de l’Organisation internationale de la Francophonie, lorsque le gouvernement canadien le lui refusait. On doit à son successeur Jacques Parizeau d’avoir, le premier, appuyé le projet de libre-échange canado-américain, contre les partis pro-canadiens à l’origine trop frileux pour s’y engager. La mobilisation de l’électorat souverainiste québécois en faveur de cet accord en a assuré le succès lors d’une élection cruciale en 1988.

Ce sont des politiques économiques mises en œuvre par des gouvernements du Parti Québécois qui ont permis au Québec d’avoir une économie plus ouverte sur le monde que celle de la plupart des pays occidentaux. Ce sont des politiques linguistiques introduites par le Parti Québécois qui assurent désormais au sein de la majorité québécoise l’intégration de vagues d’immigration successives, jouissant de politiques plus ouvertes et plus généreuses que celles de la plupart des pays occidentaux.

C’est l’Assemblée nationale du Québec, sous la direction d’un président indépendantiste, qui a organisé la Conférence des parlementaires des Amériques, contre le vœu du gouvernement canadien et malgré les obstacles qu’il lui a opposés. Les exemples sont nombreux.

Nous ne savons pas d’où vous est venue l’idée que nous réclamons de vous que vous détestiez le Canada. Malgré nos différends importants avec nos voisins, nous respectons ce pays, ses valeurs et sa population. Nous pensons que l’indépendance du Québec mettrait un terme aux rancœurs et aux débats épuisants qui jalonnent l’histoire de notre présence dans le Canada. Dans l’argumentaire que nous distribuons largement, nous affirmons à tous que « le Canada et le Québec seront de bons partenaires au sein de la communauté internationale. Souverain, le Québec discutera de pays à pays avec le Canada et les chicanes fédérales-provinciales seront choses du passé. Nos deux nations sont destinées à collaborer, histoire et géographie obligent. »

Vous n’êtes pas sans savoir que les Nations-Unies ont accueilli, depuis 1980, pas moins de 38 nouveaux pays. Chacun a choisi de parler de sa propre voix, plutôt que de prolonger sa présence au sein d’un pays plus large qui n’était pas le sien. Loin de condamner leur arrivée, de leur faire des remontrances sur l’enfermement, la France les a accompagnés, les a reconnus. C’est ce que les Québécois attendent d’elle.

Mais nous devons à la vérité de vous faire savoir que jamais un chef d’État étranger n’a autant manqué de respect aux plus de deux millions de Québécois qui se sont prononcés pour la souveraineté. Plusieurs chefs d’État et de gouvernement, surtout du monde anglophone, ont publiquement souhaité le maintien d’un Canada uni, vantant, comme l’avait fait le président Bill Clinton en 1995, la qualité des rapports entre son pays et le Canada. D’ailleurs, George Bush père avait affirmé en 1990 que notre cas était parmi ceux où « il faut rester courageusement assis en coulisses ». Aucun n’a utilisé envers le mouvement indépendantiste les épithètes pour tout dire méprisantes que vous employez.

Mais puisque vous parlez d’enfermement, Monsieur le Président, laissez-nous vous éclairer davantage. Vous avez affirmé lors de votre passage en octobre que le Canada, « par son fédéralisme, a décliné un message de respect de la diversité et d’ouverture ». Savez-vous que depuis maintenant plus d’un quart de siècle, le Québec est gouverné par une constitution canadienne qui lui a été imposée contre sa volonté, qui restreint son autonomie en matière d’éducation, de langue et de culture, qui n’a pas été soumise à un référendum et qu’aucun premier ministre québécois, depuis René Lévesque jusqu’à Jean Charest, n’accepte de signer ? Savez-vous qu’aucune réparation de cette situation inacceptable n’est envisagée ou envisageable ? La France accepterait-elle de rester dans l’Union Européenne si le reste de l’Europe lui imposait un nouveau traité réduisant unilatéralement sa souveraineté sur des questions identitaires, sans même la consulter par référendum ? Nous n’osons imaginer quell! e serait votre réaction si une telle injustice était infligée à votre nation.

Enfermement encore : nous savons désormais qu’au soir du référendum de 1995, si une majorité de Québécois avaient démocratiquement voté en faveur de la souveraineté du Québec, le premier ministre canadien Jean Chrétien aurait refusé de reconnaître ce choix.

C’est ce qu’il a avoué depuis, même s’il avait déclaré cinq jours auparavant, dans une adresse solennelle à la nation, qu’un choix pour le Oui serait « irréversible ». Toute honte bue, le premier ministre canadien maintient que, même en votant majoritairement pour la souveraineté, le Québec n’aurait pu quitter le Canada. Nous savons cependant que, simultanément, votre prédécesseur, le président Jacques Chirac, aurait reconnu la décision politique des Québécois, se rangeant ainsi du côté de la démocratie et l’accompagnant dans son choix. Plusieurs pays francophones auraient fait de même et nous savons que la démocratie l’aurait emporté.

Il est vrai, Monsieur le Président, que les Québécois ne seront pas appelés à revoter sur cette question dans l’avenir immédiat. Cependant, puisque rien de fondamental n’est résolu dans les rapports Québec-Canada, il n’est pas impossible que cela survienne pendant que vous présidez aux destinées de la France. Il n’est pas impossible que la démocratie québécoise ait besoin de l’appui de tous ses amis, de tous ses frères.

Dans cette hypothèse, il vous reviendra de décider si vous souhaitez laisser, ou non, la marque d’un président qui, à un moment crucial, a su répondre avec une réelle fraternité à l’appel de l’Histoire.

 

Pauline Marois
Chef du Parti Québécois
Chef de l’opposition officielle
Gilles Duceppe
Chef du Bloc Québécois

Entretien avec Martin Lemay, Député PQ

Entretien exclusif du républicain québécois

Martin Lemay est le député “péquiste” (Parti Québécois) de la circonscription de Sainte-Marie-Saint-Jacques (Montréal) à l’Assemblée nationale du Québec depuis 2006.

Porte parole de l’opposition officielle en ce qui concerne la métropole montréalaise, il est aussi Président de son caucus de Député depuis le 09 janvier dernier.
Au cours de son second mandat (2007-2008), il a été porte-parole du deuxième groupe d’opposition en matière de citoyenneté, d’immigration et de communauté. C’est à ce titre que nous l’avons rencontré le 18 novembre dernier, en pleine campagne électorale. 

L’entretien est téléchargeable en PDF:
PDF

Martin LemayM. Lemay, soucieux de préserver la culture québécoise, notamment face aux dangers du multiculturalisme, vous avez pris plusieurs fois position en faveur d’une approche rénovée de l’immigration au Québec. À ce titre, la décision de Mme la Ministre James de faire signer une déclaration aux nouveaux immigrants les engageant à respecter les valeurs québécoises vous semble-t-elle aller dans le bon sens?

  • J’aimerai dire deux choses à ce propos. Tout d’abord, il y a une confusion qui entoure la signature de cette déclaration : est-elle obligatoire ou non? Si elle est obligatoire, elle implique que vous ne receviez pas votre Certificat de Sélection au Québec [CSQ]; ou est-ce un papier demandé parmi tant d’autres et cette déclaration n’emporte aucune conséquence en cas de refus. Dans ce cas, elle ne donne absolument rien…

Ensuite, il y a la manière d’aborder le sujet. Je trouve le procédé risible et réellement scandaleux parce qu’on vous demande de signer un papier sans qu’il y ait de contrepartie, c’est à dire que c’est à vous, en tant qu’immigrant, de vous débrouiller avec cela. Alors, certes, des valeurs ça peut s’apprendre “intellectuellement”, mais ça doit aussi se sentir avec le temps et on ne peut pas, par contrat, dire que vous allez intégrer un ensemble de valeurs en quelques heures.

Vous regrettez donc que ce document n’est aucune valeur juridique et qu’au final il ne soit, au mieux, qu’une déclaration d’intention et, au pire, une simple formalité administrative de plus pour les immigrants?

  • Ce n’est pas aussi simple que ce que le projet de la Ministre nous présente… sans oublier qu’elle ne s’engage à rien en retour. C’est “signez ici” et elle ne s’engage pas à offrir des cours de français, un encadrement pour trouver un emploi, ou aider l’immigrant à faire reconnaître ses diplômes le plus rapidement possible.
    Je trouve que ça n’amène absolument rien au débat, et la manière vraiment scandaleuse dont cela a été fait, à quelques jours d’une campagne que M. Charest a lui-même déclenché : on a, passez-moi l’expression, « garroché » ce texte.

J’imagine que vous regrettez l’absence de débat sur le sujet?

  • Il n’y a eu aucun débat : la Ministre a annoncé cela à Montréal, je n’étais pas au courant et n’en ai eu connaissance que quelques heures plus tard. De plus, ce n’est qu’un plan d’action. Un projet de loi a certes été déposé mais il est mort au feuilleton à cause des élections. Donc tout cela est d’un cynisme époustouflant. Considérant l’important débat que nous avons eu ces dernières années, nous croyons que le dossier aurait pu être traité avec beaucoup plus de sérieux qu’il ne l’est actuellement. On se demande si M. Charest ne cherchait pas à se débarrasser de cette question pour démontrer que les libéraux ont fait leur travail. Au final, bien sûr, ce n’est pas vrai : tout est à recommencer et les documents déposés demeurent des plans d’action, c’est à dire que ce ne sont pas des lois, ni des obligations communes.

Car, effectivement, le projet fait reporter ultimement la charge de l’intégration sur l’immigrant, notamment en se contentant de reporter les mesures de francisation à la période précédent son arrivée au Québec, c’est à dire quand il est encore dans son pays d’origine…

  • Un processus d’immigration c’est plusieurs mois voire plusieurs années. En conséquence, si, au cours de ce long processus, l’immigrant peut commencer à apprendre le français en amont, je trouve que cela est une bonne idée. Mais il ne s’agit pas que de cela, il faudrait faire en sorte que cette période soit aussi bonifiée pour assurer la reconnaissance des diplômes, etc. En bref, faire avancer le dossier au maximum pour que l’arrivée se fasse le mieux possible. L’immigré qui arrive doit pouvoir gagner sa vie et n’a pas le temps d’attendre 6, 7, 8 mois avant de pouvoir accéder à un cours de français : il faut que cela soit immédiat.
    Et puis, il y a un second aspect que je souhaitais aborder au sujet de ces cours de français. Si un immigrant sollicite le Ministère de l’immigration pour y accéder, il pourra être rémunéré pour cela, ce qui est une bonne chose d’ailleurs. Par contre, s’il suit ce cours par le biais du Ministère de l’éducation dans un Collège ou une Université, il n’aura pas de revenu. Il y a une évidente inégalité de traitement. Il faut donc remettre un peu de sérieux dans notre politique d’immigration, autant pour la société québécoise que pour l’immigrant, lui-même.

En matière de francophonie, vous ne pensez pas que cela soit un peu vain, puisque, on le sait, il est de plus en plus difficile pour des immigrants francophones unilingues, de trouver de l’emploi, notamment sur Montréal?

  • La confusion des messages devra cesser à cet égard, parce qu’effectivement de nombreux immigrants sont unilingues francophones. Dans le programme du PQ, nous prenons l’engagement de vérifier, auprès des employeurs, cette supposée nécessité du bilinguisme. On reconnaît certes que cela est fondamental dans certains secteurs de l’activité économique, mais on a de sérieux doutes sur cette demande de bilinguisme à si grande échelle. D’où la nécessité de mener des enquêtes.
    Mais, lorsque je vous parlais de confusion de message, la politique canadienne entretient cette confusion là : les gens arrivant au Québec reconnaissent effectivement le français comme langue officielle mais, dans le même temps, on a cette politique canadienne avec le bilinguisme, le multiculturalisme et, au final, la citoyenneté canadienne. Évidemment, notre indépendance, notre souveraineté réglerait, entre autres choses, ces confusions.
    Il n’y a rien de pire qu’être une Province se dotant d’une politique d’immigration, alors que, dans le fond, on ne contrôle ni les tenants, ni les aboutissants de cette politique. Ultimement, il y a cette citoyenneté canadienne que les gens souhaitent légitimement, mais qui ne favorise pas le combat linguistique au Québec.
    Bien évidemment, il faudra aussi mettre l’accent sur la régionalisation car les emplois existent aussi en dehors de Montréal, en particulier à Québec qui est une ville qui explose sur le plan économique. Lorsque nous avons tenus la commission sur les niveaux d’immigration au Québec, plusieurs Régions sont venues nous solliciter pour expliquer leur besoin en immigration, en main d’œuvre. Elles sont prêtes à accueillir les gens. La politique de régionalisation doit donc être beaucoup plus énergique qu’elle l’est présentement, même si on comprend que, comme dans la plupart des pays, les immigrants sont d’abord attirés par les grandes métropoles.

Pour en revenir à la déclaration sur les valeurs, comment expliquez-vous que l’accent soit mis sur la francophonie, en tant que telle, et non sur des valeurs comme l’égalité, la tolérance, etc.? Est-ce que ce n’est pas confondre le moyen et la fin?

  • Nous sommes d’avis que si vous parlez la langue de la majorité vous intégrerez d’autant plus facilement ses valeurs. En toute logique, les deux vont ensemble et sont intimement liées. La francophonie est donc au cœur de nos valeurs parce que c’est elle qui permettra de les comprendre, ainsi que les « codes » de la société.
    C’est fondamental, surtout dans la perspective de cette volonté de perdurer en Amérique du Nord (nous ne sommes pas plus de 3%). Nous n’avons pas toute la diversité culturelle linguistique et culturelle de l’Europe: c’est anglo-saxon, avec toute la puissance culturelle des États-Unis juste à côté. Il faut donc trouver des moyens de perdurer. Alors, beaucoup de monde nous critiquent à ce sujet, mais ils oublient toujours ce constat. La mondialisation c’est surtout l’américanisation, ne nous le cachons pas, et les États-Unis sont juste à côté, à moins d’une heure et à 6h de voiture de New-York! Le défi est donc d’autant plus grand à relever : pour beaucoup, arriver au Québec c’est arriver en Amérique du Nord, donc c’est l’anglais…
    Alors, permettez-moi de vous témoigner de mon désaccord à l’égard des récents propos de votre Président à Québec.

Pour atteindre cet objectif de francisation, pensez-vous qu’il faille durcir les processus de sélection?

  • Je ne pense vraiment pas que ce la soit nécessaire, dès lors que l’on adopte une politique plus sérieuse que celle que je vous décrivais tout à l’heure. Nous sommes d’avis au Parti Québécois que cela prend quelques réformes au Ministère de l’immigration, mais serrer la vis ne servirait à rien. Or cas de demandes de réfugiés ou de regroupement familiaux qui sont du ressort fédéral, il est certain que la tendance restera francophone-francophile au niveau de l’immigration économique… mais encore faut-il que ces gens là y trouvent leur compte, car ce n’est pas toujours le cas, je le reconnais, sur le plan du travail ou de la reconnaissance des acquis.
    Je le répète, l’immigration c’est un contrat à deux niveaux: l’immigrant a des responsabilités, mais la société d’accueil en a aussi.

La voie de l’immigration est inéluctable pour le Québec. Différentes analysent ont démontré qu’il faudrait 300.000 nouveaux immigrants chaque année pour assurer l’équilibre…

  • Je ne crois pas à ces chiffres. On désigne là du travail au rabais et même les 45.000 immigrants annuels, nous les atteignons difficilement. Je ne crois pas que le problème réside dans le niveau de l’immigration. Nous préférons parler de stratégie plutôt que de niveau. Ce Gouvernement ne nous parle que de chiffres, mais nous préférons dire oui à un niveau de francisation plus élevé, oui à une hausse du budget pour suivre les gens qui entrent dans un processus de reconnaissance des acquis, et oui à une politique de régionalisation de l’immigration. Il est impératif de mieux organiser l’accueil avec les services de la Province, mais aussi avec les organismes communautaires, les associations d’employeurs, les ordres professionnels, les universités, etc., pour que ces gens ne perdent pas 3 ou 4 années de leur vie. Nous n’avons plus les moyens de perdre un talent.

La reconnaissance des formations est longue elle aussi: plusieurs mois pour la seule reconnaissance des diplômes obtenus hors-Québec, parfois plusieurs années pour certaines professions réglementées…

  • En fait, les ordres professionnels vont demander de mettre à jour certaines connaissances par l’obtention de certificats, mais le rôle de ces ordres n’est pas que d’agréer de nouveaux membres: leur mandat, avant tout, c’est de veiller à la protection du public. Le problème, c’est que les Universités ne proposent pas ces cours d’appoints et demandent à ce que les années soient reprises au complet. Alors vous recevez quelqu’un qui a trente ans, qui a une famille à faire vivre et qui est obligé de retourner à l’école à temps plein. Et après cela, certains employeurs ont encore des inquiétudes à l’égard de diplômes obtenus à l’étranger, sans qu’ils sachent toutes les démarches que l’immigrant a pu entreprendre pour les faire reconnaître ici. De plus, pour l’immigré non-francophone, cela prend en plus un permis de l’office de la langue française; or, seuls deux bureaux au Québec sont en mesure de le fournir.
    On le voit, le système n’est pas adapté pour aider l’immigrant qui se perd dans ce dédale administratif extrêmement complexe.

Y a-t-il des expériences de testing auprès des employeurs pour apprécier les discriminations à l’embauche?

  • Je connais une personne a qui s’est arrivé, qui a fait cela et qui a gagné devant la commission des droits de la personne. Il avait changé son nom pour “Tremblay” et il a été appelé pour l’employeur. Il n’a pas nécessairement été embauché mais a été appelé…
    Sans sortir les “gros mots”, je pense que les gens ont douté de la qualité de sa formation. À mon avis, il s’agit plutôt d’une méconnaissance et c’est à nous, en tant que pouvoir public, de parler aux associations d’employeur pour les inciter à embaucher ses travailleurs spécialisés dont le Québec a besoin. Après toutes ses démarches complexes dont on parlé, et qui, en plus, coûtent de l’argent, on a aussi à assumer nos responsabilités. Il ne s’agit pas de donner une « partie gratuite », mais de leur dire « voici le cheminement et nous allons vous accompagner… » Ce n’est ni trop exiger, ni trop offrir.

Nicolas Sarkozy a exprimé à plusieurs reprises son intérêt pour le communautarisme et le multiculturalisme à la canadienne. Pourtant, les 27 pays européens viennent d’adopter une position commune dans laquelle la langue est considérée comme l’un des trois piliers dans les politiques migratoires. Cette tendance témoigne-t-elle de la validité de votre approche linguistique de l’intégration?

  • Avec mon bureau, nous sommes en train d’effectuer un travail sur l’ensemble des pays occidentaux qui amendent actuellement leurs lois sur l’immigration et tous ces pays parlent de langue, d’apprentissage de l’histoire nationale, etc. Même l’Angleterre…
    Il n’a plus que le Canada à faire cavalier seul avec son communautarisme, quand l’Angleterre, pays du multiculturalisme par excellence, est en train d’y renoncer. Le Home office vient de déposer un projet de loi qui établit trois étapes pour accéder à la citoyenneté britannique et parmi les critères évalués il y a langue, bien sûr, mais aussi l’implication, non pas dans sa communauté, mais dans la communauté nationale. En conséquence, le Canada est de plus en plus isolé dans cette stratégie. La décision des États membres de l’Union Européenne confirme que la question linguistique doit être au centre des politiques d’immigration.

Enfin, pour conclure, nous aurions souhaité que vous nous présentiez les mesures qu’adoptera votre parti une fois aux affaires, pour répondre à cet enjeu de société alors que le Québec évolue dans une société sans cesse plus globalisée.

  • Il s’agit d’un véritable combat politique que nous devons mener afin de rapatrier tous les pouvoirs en matière d’immigration. On souhaite la souveraineté au Parti Québécois, bien évidemment, mais le rapatriement de ces pouvoirs permettrait, dans un premier temps de cesser les confusions de messages dont je faisais mention tantôt. Il s’agit là de la première bataille.
    A vrai dire, même si je n’aime pas vraiment le terme de contrat, il s’agit aussi de définir rapidement les obligations des uns et des autres, pas de juste de l’immigrant et de la société d’accueil, mais des deux. Il me semble intéressant que les deux parties s’entendent dans une démarche commune pour faciliter l’intégration.
    Troisièmement, il s’agirait de faire le ménage dans la désorganisation totale du Ministère de l’immigration. En passant, je vous souligne que quatre ministères interviennent en la matière: l’immigration, évidemment, la santé, emploi et solidarité sociale, éducation. Certes il y a un budget de 270 millions de dollars assigné à cette mission, mais il est divisé en quatre. Je défie quiconque de s’y retrouver dans tous cela. Plus tôt je vous ai parlé des cours de langue, c’est devenu un exemple classique…
    Ensuite, je vous dirai qu’en matière d’immigration, il y a un ensemble d’organismes communautaires qui ont développé une expertise extraordinaire sur laquelle il faudra s’appuyer pour aller plus en avant. Ces partenaires devront être intégrés de façon plus importante.
    Enfin, je vais me répéter, il faut entreprendre une politique énergique de régionalisation pour que les régions soient prêtes à accueillir les nouveaux arrivants, que ces derniers aient le meilleur encadrement possible et qu’ils puissent travailler très rapidement. En fin de compte, on parle de valeurs, d’apprentissage de langue, etc., mais c’est l’emploi la principale finalité. Si, les nouveaux arrivants sont obligés d’apprendre l’anglais pour gagner leur vie, ils vont l’apprendre et ce sera normal, mais notre objectif ne sera pas atteint. Il faut que les gens qui arrivent gagnent leur vie le plus rapidement possible, mais en français.
    Donc comme vous pouvez le constater, il y a encore beaucoup de travail devant nous…

 

Propos recueillis le 18 novembre 2008 par Florent Michelot au local de campagne de Martin Lemay.

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Liens externes:

Le PQ nouveau

Par Robert Dutrisac, publié dans l’édition des 17 et 18 janvier 2009 du quotidien Le Devoir

Le gouvernement Charest a fait face cette semaine à l’Assemblée nationale à une opposition unie et dynamique

L'autorité de Pauline Marois sur le PQ ne fait plus de doute.Québec — Pauline Marois n’a pas manqué une occasion cette semaine de dénoncer l’inutilité de la session extraordinaire de trois jours au cours de laquelle les députés du nouveau gouvernement Charest et de l’opposition ont croisé le fer pour la première fois à l’Assemblée nationale. Les deux périodes de questions de mercredi et jeudi ont pourtant donné un avant-goût de la force de l’opposition officielle formée de 51 élus du Parti québécois et de ce qui attend les libéraux lorsque la véritable session commencera en mars.

«Le Parti québécois a retrouvé son âme, a confié un député libéral. Tout ce qu’on a pu faire, c’est jouer du bon hockey défensif. C’est pas comme ça qu’on marque des buts.» De fait, si le PQ continue sur sa lancée, il pourrait s’avérer la meilleure opposition officielle à l’Assemblée nationale depuis la députation libérale de la fin des années 90.

En 2007, l’opposition officielle formée de 41 députés adéquistes manquait manifestement d’expérience. Il a fallu un an avant que la plupart d’entre eux ne sortent de l’amateurisme. Qui plus est, d’être passé si près de prendre le pouvoir a semblé brouiller le jugement de Mario Dumont, ce qui s’est soldé par le recours à des tactiques douteuses, comme son absence lors des négociations du premier budget du gouvernement Charest et la motion de défiance sur l’abolition des commissions scolaires que l’ADQ a présentée à l’automne 2007 sans jamais y croire.

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Le bilan d’une insipide campagne

Au terme de ce mois de campagne électorale, on en viendrait à se dire que la soirée électorale en aura été le moment le plus palpitant avec le débat. En fait, il n’y a pas eu de véritable enjeu dans cette campagne. N’en déplaise à Jean Charest, l’économie n’a pas monopolisé le débat, l’affaire de la caisse des dépôts n’a pas pris, la crise parlementaire à Ottawa a masqué les débat ici. Alors, à part, peut-être, cette inquiétude récente de voir un nombre record d’électeurs décider de boycotter l’élection, cette campagne a été aussi imprévisible que le reflet du désintérêt des Québécois. 57% d’abstention ! Comment se réjouir d’une victoire après cela…

CharestJean Charest nous avait prévenu, cette élection serait un moment “tellement important pour nous et pour notre avenir” que les 4 sièges de majorités remportés hier devraient nous permettre d’affronter les difficultés à venir. Alors que la crise économique s’abatte sur Québec et sa Province !, Jean Charest est prêt à lui faire front avec ses 65 collègues libéraux…

Le parie était risqué début novembre pour lui de déclencher ces élections, les “dissolutions de confort” n’offrant pas toujours les résultats escomptés. Le cas de Stephen Harper le 14 octobre dernier contribue notamment à douter de l’efficacité de cet opportunisme électoral. Mais M. Charest voulait une majorité, il l’a eu en augmentant son adhésion populaire de 9 points et surtout en arrachant 18 nouveaux Députés.

MaroisLe Parti Québecois ressort la tête de l’eau après les catastrophiques résultats de 2007. Après un début de campagne mou, Pauline Marois est progressivement apparue avec une dimension nouvelle. Nul ne doutait de ses capacités de femme d’État mais peu lui accordaient le leadership nécessaire à la conduite d’une campagne et, a fortiori, d’un Gouvernement. Le surprenant débat des chefs s’est révélé être un formidable exhutoire, les 13 jours suivants lui permettant de rattraper un départ qui avait patiné. Souvenons-nous que la chef péquiste avait du proposer un point presse à 5h du matin pour que les médias puissent assister à sa “marche rapide” journalière et démentir les rumeurs de mauvaise santé voire de maladie grave dont elle faisait l’objet. Finalement, le PQ se retrouve largement renforcé et devient une opposition forte, “la plus forte depuis la Révolution tranquille” a précisé Pauline Marois hier soir.

DumontMario Dumont, quant à lui, n’a pu hier que constater le prévisible reflux de son parti. En 2007, il avait obtenu près de 31% des voix à ~1,2% du PLC, ce qui lui avait permis de faire élire 41 Députés à l’Assemblée Nationale. L’ADQ avait même été envisagée comme premier parti durant la soirée électorale ! Las, le parti autonomiste de droite n’a pas réussi à convaincre les électeurs de recevoir la même confiance qu’il avait obtenu en 2007. Les dérapages sur internet ont d’ailleurs été significatifs. Cet échec cinglant (16,4%, 7 Députés) est certainement très dure pour Mario Dmont et son annonce de départ de la vie politique, hier soir, s’est révélé très digne.

KhadirEnfin, relevons l’entrée du nouveau Député de Mercier à l’Assemblée Nationale, Amir Khadir. Cette fois, le candidat et porte-parole de Québec Solidaire a remporté son pari et a éliminé le péquiste Daniel Turp. En dépit de la défaite de ce dernier, on ne pourra néanmoins se réjouir de l’entrée d’une voix nouvelle dans l’arène parlementaire québécoise.

Victoire des libéraux: un gouvernement de J. Charest majoritaire

Élections Québec 2008: résultats définitifs

  • 23:30 : Jean Charest obtient un 2nd mandat majoritaire après l’intermède minoritaire de 2007 à 2008.
    • PLC : 66 – 42,02% (majorité à 63 sièges)
    • PQ :51 – 35,17%
    • ADQ :7 – 16,39%
    • QS : 1 – 3,80%
    • PVQ : 0 – 2,18%
  • 22:15 : Le retour dans les limbes parlemenaires de l’ADQ étant confirmée, Mario Dumont annonce sont départ progressif de la direction de l’ADQ et de la vie politique.
  • 22:00 : La victoire d’Amir Khadir est confirmée dans Mercier. Cette élection symbolise l’accession du parti de gauche Québec Solidaire à l’Assemblée Nationale. La majorité du PLC est d’abord apparue avec l’écart le plus court (63 siège sur 125) mais celle-ci semble progressivement se stabiliser autour de 65. Scott McKay, ex-chef du Parti Vert, se présentant sous les couleurs du PQ est élu dans lAssomption.
    • PLC : 66 – 42%
    • PQ :51 – 35%
    • ADQ :7 – 17%
    • QS : 1 – 4%
    • PVQ : 0 – 2%
  • 21:00 : Les scores du PLC se tassent et l’opposition Péquiste se solidifie.
    • PLC : 65 – 42%
    • PQ :51 – 35%
    • ADQ :8 – 16%
    • QS : 1 – 4%
    • PVQ : 0 – 2%
  • 20:35 : Les réseaux TVA et RDI annoncent la formation d’un gouvernement libéral majoritaire. Les résultats actuels sont :
    • PLC : 66
    • PQ : 44
    • ADQ : 5
    • QS : 1
    • PVQ : 0
  • 20:30 :
    Les libéraux du PLC reccueilleraient près de la moitié des votes (~47%) et totaliseraient déjà 55 Député. Les Péquistes seraient à ~34% avec une trentaine de Députés. Les scores de l’ADQ confirmeraient la chute de ce parti avec 15% et 8 élus.
    Une surprise, Québec Solidaire aurait 3 élus dont Amir Khadir.

Pour Pauline Marois, «faire le possible n’est plus suffisant: il faut faire le nécessaire»

Le débat des chefs de mardi semble avoir donné un second souffle à une qui campagne qui, jusque là, manquait de mordant.

Alors que la campagne électorale provinciale suivait un train de sénateur depuis 1 mois, le débat des chefs a relancé le débat. Plus que cela, la relative non-chalance de Jean Charest et son inaptitude à se poser en réel “patron” de l’économie l’ont disqualifié. L’homme qui souhaite un mandat majoritaire pour mener le Québec en temps de crise s’est montré incapable de déterminer le montant exact de la dette (même s’il est expliqué plus longuement sur le sujet le lendemain) et a réitéré son souhait de garder secret l’état de la Caisse des dépôts et placements au prétexte de ne pas la politiser. Dans ce même élan, il s’est refusé de défendre son bilan en reportant constamment la faute sur le Gouvernement péquiste précédent. En conférence hier à l’UdeM, Pauline Marois a déclaré avec humour qu’elle avait eu «peur que M. Charest dise que c’était de la faute au Parti Québécois si les Alouettes [l'équipe de football de Montréal] ont perdu la coupe Grey dimanche soir».

Jean Charest, le libéral qui dit «L’économie d’abord, Oui», trouve en face de lui une femme d’État qui lui répond que «l’économie et le social doivent être mis l’un au service de l’autre et non pas opposés l’un à l’autre». Elle a conclu son intervention dans un ardent plaidoyer pour l’indépendance du Québec car, pour elle, «la souveraineté, c’est se donner les moyens normaux d’un peuple normal».

Suivez en direct le débat des chefs 2008

Le débat des chefs sera retransmis en direct à partir de 20h00 sur le réseau TVA.
[Edit. du 26 nov. 2008] Écoutez le reportage de Robert Plouffe, qui résume les faits saillants du débat et consultez d’autres capsules vidéos sur le site de LCN.

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Derniers sondages

Léger Marketing
JdeM
18/11/08
Léger Marketing
Le Devoir
19/11/08
PLQ Parti Libéral 43 44
PQ Parti Québécois 32 33
ADQ Action Démocratique 15 15
PVQ Parti Vert 5,5 4
QS Québec Solidaire 4 4