La réponse de Nicolas Sarkozy à Pauline Marois et Gilles Duceppe
16 février 2009 par Le républicain Québécois
Dans relations France-Québec
Étant donné que du côté français, personne ne voyait d’inconvénient à dévoiler le contenu de la lettre de Sarkozy qui répondait à Pauline Marois et Gilles Duceppe, voici donc le contenu de ladite lettre.
Madame la Chef de l’opposition officielle, Monsieur le Chef du Bloc québécois,
Je vous remercie de votre lettre du 4 février dernier, qui a retenu toute mon attention.
Depuis mon élection, j’ai eu pour but de refonder la relation franco-québécoise en lui donnant un nouvel élan et en élargissant plus encore le champ de notre coopération.
C’est dans cet esprit que je me suis exprimé en octobre dernier devant l’Assemblée Nationale du Québec en mettant en valeur la relation de fraternité qui unit Français et Québécois. L’importance de la participation de la France à la commémoration du 400ème anniversaire de la fondation de Québec et l’éclat de ces manifestations en France ont été en 2008 une illustration de l’intensité de notre relation et du profond attachement du peuple français au peuple québécois,
C’est dans cet esprit également que j’ai signé avec le Premier ministre du Québec une Entente en matière de reconnaissance des qualifications professionnelles qui favorisera la mobilité professionnelle entre la France et le Québec. Elle permettra aux Français qui ont fait le choix de s’installer au Québec de réussir plus facilement leur intégration professionnelle comme aux Québécois de pouvoir exercer leur profession en France. Il s’agit là d’un progrès social et humain exceptionnel, sans équivalent entre deux partenaires situés sur des continents différents.
C’est dans cet esprit enfin que la France a tenu à rendre hommage au peuple québécois en distinguant en 2008 quinze personnalités québécoises de tout premier rang en leur remettant les insignes de l’Ordre national du Mérite ou de la Légion d’Honneur. Dans ce contexte, j’ai eu le plaisir de décorer le 2 février le Premier ministre du Québec des insignes de Commandeur de la Légion d’Honneur. J’ai souligné que cet hommage s’adressait à la personne du Premier ministre mais, au-delà, à la Nation québécoise toute entière.
Ma volonté est d’aller plus loin encore, en approfondissant dans tous les domaines la relation unique qui lie la France et le Québec. Je pense notamment aux domaines économique, scientifique et universitaire, car ce sont les clefs de notre avenir commun, ou encore à notre coopération dans les domaines de la santé et de l’environnement.
Je souhaite que cette nouvelle relation franco-québécoise s’épanouisse en harmonie avec la relation que la France entretient avec le Canada dans son ensemble. Cette communauté d’action est déterminante pour faire avancer les causes auxquelles nous tenons. La victoire commune que nous avons remportée pour la reconnaissance de la diversité culturelle en est l’illustration. Je pense également au projet de nouvel accord entre l’Union européenne et le Canada, pour lequel le Québec joue un rôle moteur. Cette communauté d’action est d’autant plus nécessaire dans le contexte de la crise économique mondiale que nous subissons, dans laquelle la langue française et les valeurs de la francophonie que nous portons ensemble constituent l’un de nos atouts les plus précieux.
Les Québécois, dans la diversité de leurs engagements et de leurs opinions, tiennent une place particulière dans le cœur des Français. Ce lien si profond qui nous unit, fondé sur le respect, la fraternité et la francophonie, constitue notre trésor commun. C’est ce trésor que je voudrais, avec tous les Québécois, promouvoir et valoriser davantage encore.
Je vous prie de croire, Madame la Chef de l’opposition officielle, Monsieur le Chef du Bloc québécois, à l’assurance de ma considération.
Communiqué de presse des Jeunes Radicaux de Gauche
5 février 2009 par Le républicain Québécois
Dans Souveraineté, relations France-Québec
Réaction aux propos de Nicolas Sarkozy
La France doit rester garante du libre-choix des Québécois
Les Jeunes Radicaux de Gauche (JRG) dénoncent les propos vexatoires de Nicolas Sarkozy à l’égard de la population Québécoise tenus lundi dernier. En qualifiant de sectaire et imbécile une option qui continue de recueillir 40% à 45% d’opinions favorables, le Président français a jeté l’opprobre sur des millions de citoyens qui partagent des racines communes avec la France.
En conséquence, et quelle que soit l’opinion de ce dernier sur l’option souverainiste défendue dans la Province du Québec, les Jeunes Radicaux de Gauche réaffirment que la France doit rester garante de la liberté des peuples à disposer d’eux-mêmes.À ce titre, les JRG souhaitent que la doctrine diplomatique de la « non-ingérence, non-indifférence » continue de présider les échanges franco-québécois. Introduite en 1977, cette approche a été respectée par tous les gouvernements français et a permis d’engager d’ambitieux programmes de développement conjoints, en toute indépendance des débats au Québec.
Aussi, pour ne pas hypothéquer un avenir que tout le monde souhaite commun, et quoiqu’advienne le Québec, la France devra respecter scrupuleusement le choix des Québécois dans la conduite de leur destin.
Lettre à Nicolas Sarkozy
5 février 2009 par Le républicain Québécois
Dans Souveraineté, relations France-Québec
Lettre conjointe présentée par les chefs du Parti Québécois, Paul Marois, et du Bloc Québécois, Gilles Duceppe, au Président français Nicolas Sarkozy.
Montréal, le 4 février 2009
Monsieur le Président,
Nous voulons réagir de deux façons aux propos que vous avez récemment tenus à l’Élysée au sujet du Québec. D’abord, vous nous voyez ravis de constater que vous trouvez trop timide la politique française antérieure qui parlait de « non indifférence » pour qualifier l’intensité des rapports entre nos deux peuples. Vous préférez, dites-vous, parler « d’amour » entre des nations frères faisant partie d’une même famille. Dans la même veine, et cela vous surprendra peut-être de la part de deux leaders indépendantistes, nous vous félicitons pour l’énergie que vous avez mise, et que vous mettez encore, à assurer le succès de dossiers franco-québécois que nous appuyons vivement : la reconnaissance réciproque des diplômes entre Français et Québécois, qui permettra à nos professionnels d’uvrer et de voyager plus facilement de part et d’autre, et le projet de libre-échange Canada-Union Européenne, dont le Québec est le principal promoteur et serait, de ce côté-ci de l’Atlantique, le pr! incipal bénéficiaire.
Car contrairement à l’idée que vous semblez avoir de nous, les indépendantistes québécois sont favorables à tout ce qui permet au Québec de s’ouvrir au monde. Vous semblez l’ignorer, Monsieur le Président, car à l’Élysée, vous avez accompagné vos remarques fraternelles de remontrances à certains de vos frères, affirmant au sujet des indépendantistes québécois qu’ils n’adhèrent pas au « refus du sectarisme, de la division, de l’enfermement sur soi-même, au refus de définir son identité par opposition féroce à l’autre ».
De qui parlez-vous, Monsieur le Président ? Des 49,4 % de Québécois, et donc de la forte majorité de francophones, qui, le soir du 30 octobre 1995, ont voté Oui à la souveraineté du Québec ? Au 43 % qui, lors d’un sondage de la semaine dernière, ont réitéré ce choix ? Cela fait beaucoup de monde. La moitié de la famille, Monsieur le Président. « Sectaires » ? « Féroces » ? les électeurs québécois qui ont élu en octobre 49 députés indépendantistes, soit près des 2/3 de la députation québécoise à la Chambre des communes à Ottawa et, en décembre dernier, 51 députés à Québec, formant ainsi l’opposition officielle ? « Adeptes de l’enfermement », les Québécois qui ont élu quatre gouvernements souverainistes majoritaires au cours des 30 dernières années ?
Nous ne pensions pas que le général de Gaulle nous appelait à l’enfermement sur nous-mêmes lorsqu’il a souhaité, en juillet 1967, que « Vive le Québec libre ! » Nous jugeons toujours qu’il avait raison lorsqu’il a plus longuement expliqué ce qui suit en novembre 1967 : « Que le Québec soit libre c’est, en effet, ce dont il s’agit. Cela aboutira forcément, à mon avis, à l’avènement du Québec au rang d’un État souverain, maître de son existence nationale, comme le sont par le monde tant et tant d’autres peuples, tant et tant d’autres États, qui ne sont pas pourtant si valables, ni même si peuplés, que ne le serait celui-là. » Nous ne pensons pas, non plus, que les nombreux hommes et femmes politiques français, dont plusieurs ont joué et jouent un rôle éminent au sein de votre formation politique, qui nous ont prodigué conseils et encouragements au cours des années et encore aujourd’hui, veulent pousser le Québec au sectarisme.
Notre mouvement est fier d’avoir incarné au cours des années l’exact contraire de l’idée que vous vous en faites. C’est ainsi que le fondateur de notre mouvement, René Lévesque, s’est battu bec et ongles pour que le Québec puisse s’exprimer au sein de l’Organisation internationale de la Francophonie, lorsque le gouvernement canadien le lui refusait. On doit à son successeur Jacques Parizeau d’avoir, le premier, appuyé le projet de libre-échange canado-américain, contre les partis pro-canadiens à l’origine trop frileux pour s’y engager. La mobilisation de l’électorat souverainiste québécois en faveur de cet accord en a assuré le succès lors d’une élection cruciale en 1988.
Ce sont des politiques économiques mises en uvre par des gouvernements du Parti Québécois qui ont permis au Québec d’avoir une économie plus ouverte sur le monde que celle de la plupart des pays occidentaux. Ce sont des politiques linguistiques introduites par le Parti Québécois qui assurent désormais au sein de la majorité québécoise l’intégration de vagues d’immigration successives, jouissant de politiques plus ouvertes et plus généreuses que celles de la plupart des pays occidentaux.
C’est l’Assemblée nationale du Québec, sous la direction d’un président indépendantiste, qui a organisé la Conférence des parlementaires des Amériques, contre le vu du gouvernement canadien et malgré les obstacles qu’il lui a opposés. Les exemples sont nombreux.
Nous ne savons pas d’où vous est venue l’idée que nous réclamons de vous que vous détestiez le Canada. Malgré nos différends importants avec nos voisins, nous respectons ce pays, ses valeurs et sa population. Nous pensons que l’indépendance du Québec mettrait un terme aux rancurs et aux débats épuisants qui jalonnent l’histoire de notre présence dans le Canada. Dans l’argumentaire que nous distribuons largement, nous affirmons à tous que « le Canada et le Québec seront de bons partenaires au sein de la communauté internationale. Souverain, le Québec discutera de pays à pays avec le Canada et les chicanes fédérales-provinciales seront choses du passé. Nos deux nations sont destinées à collaborer, histoire et géographie obligent. »
Vous n’êtes pas sans savoir que les Nations-Unies ont accueilli, depuis 1980, pas moins de 38 nouveaux pays. Chacun a choisi de parler de sa propre voix, plutôt que de prolonger sa présence au sein d’un pays plus large qui n’était pas le sien. Loin de condamner leur arrivée, de leur faire des remontrances sur l’enfermement, la France les a accompagnés, les a reconnus. C’est ce que les Québécois attendent d’elle.
Mais nous devons à la vérité de vous faire savoir que jamais un chef d’État étranger n’a autant manqué de respect aux plus de deux millions de Québécois qui se sont prononcés pour la souveraineté. Plusieurs chefs d’État et de gouvernement, surtout du monde anglophone, ont publiquement souhaité le maintien d’un Canada uni, vantant, comme l’avait fait le président Bill Clinton en 1995, la qualité des rapports entre son pays et le Canada. D’ailleurs, George Bush père avait affirmé en 1990 que notre cas était parmi ceux où « il faut rester courageusement assis en coulisses ». Aucun n’a utilisé envers le mouvement indépendantiste les épithètes pour tout dire méprisantes que vous employez.
Mais puisque vous parlez d’enfermement, Monsieur le Président, laissez-nous vous éclairer davantage. Vous avez affirmé lors de votre passage en octobre que le Canada, « par son fédéralisme, a décliné un message de respect de la diversité et d’ouverture ». Savez-vous que depuis maintenant plus d’un quart de siècle, le Québec est gouverné par une constitution canadienne qui lui a été imposée contre sa volonté, qui restreint son autonomie en matière d’éducation, de langue et de culture, qui n’a pas été soumise à un référendum et qu’aucun premier ministre québécois, depuis René Lévesque jusqu’à Jean Charest, n’accepte de signer ? Savez-vous qu’aucune réparation de cette situation inacceptable n’est envisagée ou envisageable ? La France accepterait-elle de rester dans l’Union Européenne si le reste de l’Europe lui imposait un nouveau traité réduisant unilatéralement sa souveraineté sur des questions identitaires, sans même la consulter par référendum ? Nous n’osons imaginer quell! e serait votre réaction si une telle injustice était infligée à votre nation.
Enfermement encore : nous savons désormais qu’au soir du référendum de 1995, si une majorité de Québécois avaient démocratiquement voté en faveur de la souveraineté du Québec, le premier ministre canadien Jean Chrétien aurait refusé de reconnaître ce choix.
C’est ce qu’il a avoué depuis, même s’il avait déclaré cinq jours auparavant, dans une adresse solennelle à la nation, qu’un choix pour le Oui serait « irréversible ». Toute honte bue, le premier ministre canadien maintient que, même en votant majoritairement pour la souveraineté, le Québec n’aurait pu quitter le Canada. Nous savons cependant que, simultanément, votre prédécesseur, le président Jacques Chirac, aurait reconnu la décision politique des Québécois, se rangeant ainsi du côté de la démocratie et l’accompagnant dans son choix. Plusieurs pays francophones auraient fait de même et nous savons que la démocratie l’aurait emporté.
Il est vrai, Monsieur le Président, que les Québécois ne seront pas appelés à revoter sur cette question dans l’avenir immédiat. Cependant, puisque rien de fondamental n’est résolu dans les rapports Québec-Canada, il n’est pas impossible que cela survienne pendant que vous présidez aux destinées de la France. Il n’est pas impossible que la démocratie québécoise ait besoin de l’appui de tous ses amis, de tous ses frères.
Dans cette hypothèse, il vous reviendra de décider si vous souhaitez laisser, ou non, la marque d’un président qui, à un moment crucial, a su répondre avec une réelle fraternité à l’appel de l’Histoire.
Pauline Marois
Chef du Parti Québécois
Chef de l’opposition officielleGilles Duceppe
Chef du Bloc Québécois
Ce n’est pas un truc!, MM. Sarkozy, Desmarais et Charest
5 février 2009 par Le républicain Québécois
Dans Souveraineté, relations France-Québec
par Robin Philpot, Auteur de Derrière l’État Desmarais: POWER. (Les Intouchables, 2008), publié dans l’édition du 04 février 2009 du quotidien Le Devoir.
La non-ingérence et la non-indifférence, ce n’est pas mon truc!» Voilà que Paul Desmarais récolte ce qu’il a semé depuis la campagne référendaire de 1995. Ne nous trompons pas! La déclaration de Nicolas Sarkozy à l’Élysée en compagnie de Paul Desmarais et un certain premier ministre du Québec n’est qu’une autre manche dans la campagne référendaire lancée par Jacques Parizeau lors de son élection en septembre 1994.
Rappelons brièvement les événements. Jacques Chirac a remporté l’élection présidentielle française de mai 1995, renvoyant ainsi son adversaire Édouard Balladur et, surtout, le partisan le plus enthousiaste de celui-ci, Nicolas Sarkozy, dans les limbes politiques. Peu après l’élection, Jacques Chirac a déclaré clairement à l’émission Larry King Live de CNN que la France reconnaîtrait le Québec en cas d’une victoire du Oui au référendum du 30 octobre 1995. Le Québec et le mouvement souverainiste ont gagné une première manche. Mais les adversaires n’allaient pas dormir au gaz. Comme nous le savons, d’Ottawa à Vancouver et de Montréal à Halifax, ils ont mis à contribution leur appareil d’État, leurs médias, leurs portefeuilles et tout le «Corporate Canada», pour reprendre les mots de l’ancien Capitaine Canada Brian Tobin. Et à la tête de ce «Corporate Canada», on retrouve Power Corporation et son chef Paul Desmarais. On connaît le résultat du référendum ainsi que les suites: Charest à Québec, le plan B, la loi dite de la clarté, les commandites et le reste. Ce qu’on connaît moins, c’est l’acharnement des «unitaristes» canadiens à faire infléchir la politique française à l’égard du Québec. Si les Québécois votaient en faveur de la souveraineté, la clé de la réussite se trouverait dans la reconnaissance internationale de ce nouveau pays. De même, les adversaires de la souveraineté ne sont pas sans ignorer qu’une façon de mettre un couvercle hermétique sur le Québec consisterait à réduire à une relation banale, voire folklorique, les rapports particuliers et exceptionnels entre la France et le Québec qui datent du célèbre «Vive le Québec libre» de 1967, et qui demeurait un terrible irritant pour une France qui voudrait améliorer ses relations avec le Canada. Entrent en scène de nouveau Paul Desmarais et Power Corporation.
Nicolas Sarkozy était un politicien défait en 1995, et un politicien défait est toujours une proie facile. Paul Desmarais le sait pertinemment, car c’est en des moments de creux qu’il a réussi à mettre à sa main tant de politiciens québécois et canadiens, de Daniel Johnson à Jean Charest en passant par Jean-Jacques Bertrand, Brian Mulroney et Paul Martin, sans oublier une tentative sans succès avec René Lévesque. C’est à ce moment en 1995, quand Jacques Chirac s’apprêtait à reconnaître le Québec, que Paul Desmarais est devenu l’ami de Nicolas Sarkozy. Pendant douze ans, de 1995 à 2007, les Desmarais père et fils ont cultivé cette relation d’amitié à coups de visites à Sagard et de soutien à la campagne politique de l’actuel président, de telle sorte que Paul Desmarais était l’un des deux seuls convives de nationalité étrangère à assister à la fête de la victoire de Sarkozy au Fouquet’s le 6 mai 2007. Et il a reçu du même président Sarkozy, le
15 février 2008, la plus haute distinction française, la grand-croix de la Légion d’honneur, deux grades au-dessus de la distinction donnée à Jean Charest.
Les efforts des Desmarais ont porté fruit sur le plan politique, comme nous le voyons, mais aussi sur le plan économique. Les Desmarais, de concert avec leur complice de toujours le Belge Albert Frère, sont maintenant les actionnaires de référence de deux des plus grandes entreprises françaises, soit la pétrolière Total, quatrième au monde, et la gazière GDF-Suez. Dans le cas de GDF-Suez, d’ailleurs, c’est Nicolas Sarkozy qui a privatisé Gaz de France au profit de l’entreprise Suez contrôlée par Desmarais et Frère.
Lire la suite sur le site du journal Le Devoir
Nicolas Sarkozy dénonce le sectarisme des souverainistes
4 février 2009 par Le républicain Québécois
Dans Souveraineté, relations France-Québec
Nicolas Sarkozy remet les pieds dans le plat et confirme sa pensée pour ceux qui pensaient encore que le débat qu’il avait soulevé en Octobre dernier n’était du qu’à une mauvaise interprétation de ses propos.
Indifférence et non-ingérence – Quatre siècles de relations entre la France, le Canada et le Québec
3 janvier 2009 par Le républicain Québécois
Dans relations France-Québec
Par Stéphane Baillargeon, Publié dans l’édition du samedi 3 janvier 2009du quotidien Le Devoir
FRANCE-CANADA-QUÉBEC, 400 ANS DE RELATIONS D’EXCEPTION
Serge Joyal et Paul-André Linteau,
Presses de l’Université de Montréal, 2008, 319 pagesSi on causait de l’abandon quasi volontaire par la France de la Nouvelle-France ? Au fond, malgré ce que raconte une certaine historiographie québécoise, bien réchauffée par les nationalistes, l’État français, royal ou républicain, n’a jamais cherché à conserver cette colonie et s’en est à peu près complètement désintéressée dans les décennies qui ont suivi la bataille des Plaines.
Voilà une des hypothèses les plus déstabilisantes (et des plus stimulantes) examinées dans l’ouvrage France-Canada-Québec, publié en l’année du 400e anniversaire de l’installation de Champlain. Le beau livre savant rassemble les analyses d’une douzaine d’historiens oeuvrant des deux côtés de l’Atlantique Nord. Elles ont d’abord été défendues lors d’un colloque de l’Association interparlementaire Canada-France tenu en mars dernier à Paris, puis à Ottawa. D’où la codirection du travail mené par l’historien Paul-André Linteau, mais aussi par le sénateur Serge Joyal. D’où également la présence de certains précieux éléments des archives privées du sénateur dans la riche documentation iconographique de la publication.
La question de l’attitude de la métropole entre le milieu du XVIIIe et le milieu du XIXe siècles est examinée dans le détail, sans flagornerie ni tabou, par l’historienne Françoise Le Jeune, de l’Université de Nantes. Mme Le Jeune a eu la très heuristique idée de dépouiller les correspondances secrètes et autres mémoires concernant le Canada enfouis dans les archives du ministère des Affaires étrangères, à Paris.
Les documents révèlent que le royaume avait à toute fin utile sinon abandonné, du moins négligé sa colonie boréale des Amériques bien avant le traité de Paris du 10 février 1763. Paris n’en avait que pour ses îles esclavagistes et sucrières des grandes eaux chaudes du Sud. Quelques arpents de canne, quoi.
Lire la suite sur le site Vigile.Net
La France doit rester garante du libre choix des québécois
19 octobre 2008 par Le républicain Québécois
Dans Souveraineté, relations France-Québec
| Article reproduit dans l’édition du 23 octobre 2008 du quotidien québécois |
Reproduit également le 05 novembre 2008 sur la page internet Libres-échanges du quotidien français |
Dès le 04 avril dernier, le quotidien québécois Le Devoir annonçait la fin prochaine du « ni-ni » dans la diplomatie française à l’égard du fait québécois. Comme il fallait s’y attendre, la courte visite de Nicolas Sarkozy à la Province du Québec aura été un symbole fort de la redéfinition de la nouvelle donne diplomatique française.
Initiée par le Ministre gaulliste Alain Peyrefitte en 1977, la politique étrangère française en matière de relations Québec-Canada était basée sur la formule de la « non-ingérence, non-indifférence ». Derrière cette formule, il était d’usage de voir la France consentir à ne pas s’immiscer dans le débat interne canado-québécois, tout en acceptant d’« accompagner » le Québec s’il choisissait l’indépendance dans une démarche démocratique.
Or, vendredi dernier, Nicolas Sarkozy est sorti du placard pour dévoiler ses véritables intentions sur la question québécoise. Par ses déclarations, le président français a officiellement abandonné cette doctrine: de facto, il renié le principe de liberté des peuples à disposer d’eux-mêmes en s’ingérant dans le débat sur l’avenir du Québec aux côtés des fédéralistes canadiens.
En présence du Premier Ministre conservateur Stephen Harper, il s’est même permis cette sortie surprenante en conférence de presse: « J’ai toujours été un ami du Canada. Parce que le Canada a toujours été un allié de la France. Et franchement, s’il y a quelqu’un qui vient me dire que le monde a aujourd’hui besoin d’une division supplémentaire, c’est qu’on n’a pas la même lecture du monde ».
Parce que nul ne peut dicter la destinée d’un peuple
En 1967, le Président De Gaulle, de la mairie de Montréal, a lancé son célèbre « vive le Québec libre ». Libre de quoi, le Général ne l’a pas dit. Dans tous les cas, le gouvernement canadien de l’époque dénonça l’ingérence étrangère dans les affaires politiques internes du pays, et le Président quitta précipitamment le pays. D’autres, au contraire, y ont vu le salutaire appui à leur quête d’indépendance.
41 ans après, ces quatre mots pèsent toujours lourds dans le débat sur la souveraineté au Québec, et certains y voient justement la caution historique au changement de cap de Nicolas Sarkozy. S’il faut interpréter cette illustre affirmation comme une ingérente marque d’appui au mouvement souverainiste, rien n’interdirait, dès lors, l’actuel Président français de modifier sa vision de nos relations diplomatiques.
Plus justement, l’ancien Premier Ministre québécois René Lévesque, dans ses mémoires, interprétait ce propos comme rien d’autre qu’une offre de service: « comme ses successeurs le firent par la suite, chacun dans son style, il ne s’engageait à nous accorder, le cas échéant, que l’appui que nous aurions nous-mêmes demandé. [Or,] rien ne me semblait moins indiqué que tel recours à la caution extérieure, si prestigieuse fût-elle ».
En clair, considérer les propos de Charles De Gaulle comme le pêché originel de la diplomatie franco-québécoise est une erreur fondamentale de jugement: ni lui, ni les dirigeants souverainistes n’ont souhaité considérer la France comme un soutien à la cause indépendantiste.
Dans la même optique, contrairement à ce que rapporte nombre de médias, il est tout à fait injuste de voir de l’aigreur dans les propos de l’ex-Premier Ministre Parizeau. Lui qui avait collaboré avec l’ancien président français Valéry Giscard d’Estaing pour aider le Québec à proclamer son indépendance juridique en cas de victoire au référendum de1995, dénonce avec pertinence l’ingérence de Nicolas Sarkozy pour son « jugement très anti-souveraineté du Québec ». Plutôt que de reconnaître l’inaliénable droit des peuples à l’autodétermination, le Président français a préféré s’exprimer en sa défaveur. En ce sens, Nicolas Sarkozy s’est donc permis de préjuger d’une cause qu’il n’a pas à apprécier.
La doctrine qui se dégage de ses quelques jours au Québec, c’est celle des cosmopolites radicaux qui combine merveilleusement l’individualisme le plus absolu au supranationalisme. Il n’y a donc rien de surprenant de voir que Nicolas Sarkozy, déjà séduit par le multiculturalisme canadien, se retrouve dans l’idéal libéral de l’ancien Premier Ministre Pierre Eliott Trudeau. La liberté républicaine positive, celle qui repose sur le sentiment d’appartenance et la participation à une communauté libre et autonome, n’a pas les grâces du Président Sarkozy. Celui-ci préfère certainement s’en remettre à la liberté négative des libéraux individualistes: le premier droit du citoyen serait alors de limiter les possibles entraves de l’Etat et des autres individus, avant même de pouvoir se prononcer en tant que peuple sur son sort.
… il est nécessaire de préserver nos liens de confiance avec le Québec
Pour la cause indépendantiste, l’ami de Paul Desmarais est d’ores et déjà considéré pour ce qu’il est: un opposant.
Mme Royal, au cours de la dernière campagne présidentielle, avait dignement déclaré que, « comme dans toute démocratie, le peuple qui vote est souverain et libre. Et donc les Québécois décideront librement de leur destin, le moment venu, s’ils en sont saisis ». Nous savons, par ailleurs, que cet avis est partagé par une large frange de la classe politique française. Aussi, ceux qui croient toujours en la doctrine diplomatique de l’accompagnement du Québec sur le chemin qu’il voudra bien choisir doivent désormais s’exprimer, à défaut de quoi ils cautionneront par leur silence la vision sarkozienne du Québec dans un Canada uni.
Cependant, la France ne doit pas oublier qu’un tel abandon pourrait être lourd de sens pour l’avenir des relations avec le Québec. Il va sans dire que le lien qui uni la France et la province québécoise a quelque chose de viscéral; mais, aussi naturel soit-il, il n’en est pas moins fragile. L’hypothèse d’un Québec indépendant n’est pas à exclure: n’oublions pas qu’en 1995, seulement 54 288 voix avaient séparé les tenants du Oui de ceux du Non. Aussi, dans ce contexte, le mouvement national québécois n’a donc plus nécessairement intérêt à privilégier ce rapport à la France. On pourrait alors envisager que des liens aussi forts, et peut-être encore plus symboliques, pourraient être noués avec d’autres démocraties européennes naissantes, au détriment de son allié historique.
Inconsciemment, le Président Sarkozy a fait la preuve qu’il était temps, pour le mouvement souverainiste québécois, d’engager des relations avec d’autres pays que la France. Quoi qu’il en soit, comme le souligne le Réseau de Résistance du Québec, si l’indépendance du Québec doit se réaliser, elle se fera avec ou sans M. Sarkozy, et avec ou sans la France. Si le premier a clairement abandonné le Québec à son sort, il reste à espérer que la seconde ne le fera pas… À mettre toutes ses billes sur Paris, le Québec prend conscience du risque de perdre la mise.
Et puis, loin des réflexions binaires de Nicolas Sarkozy, il est faux de croire que le contentieux Canada-Québec oppose exclusivement fédéralistes et souverainistes. L’actuel Premier Ministre libéral du Québec, Jean Charest, pourtant connu pour son fédéralisme, s’est suffisamment répandu en critiques à l’égard de l’assymétrie de certaines relations fédération-province, pendant la récente campagne éléctorale fédérale, pour s’en rendre compte. Le contentieux en question opposerait donc invariablement l’Etat du Canada à la Province du Québec, que ses représentant soient autonomistes, souverainistes voire fédéralistes.
Depuis le traité de Paris de 1763 cédant (entre autres) le Canada à la Grande-Bretagne, le Québec a préservé son identité envers et contre tout et surtout sans l’aide de la France. Il serait donc présomptueux de croire que la relation France-Québec puisse supporter toutes les atteintes. Pour ne pas hypothéquer un avenir que tout le monde souhaite commun, et quel que soit l’avenir du Québec, la France devra respecter scrupuleusement le choix des québécois dans la conduite de leur destin.
* Edition de l’article le 23 oct. 2008: Par notre faute, la reproduction de cette analyse dans le quotidien Le Devoir ne mentionne pas l’article du RRQ utilisé comme source dans l’élaboration de ce billet. Aussi, nous tenons à témoigner de notre bonne foi et nous présentons toutes nos excuses à ses auteurs.
France-Québec: la nouvelle donne diplomatique
18 octobre 2008 par Le républicain Québécois
Dans Souveraineté, relations France-Québec
Le président français, Nicolas Sarkozy, est arrivé à Québec pour le XIIe Sommet de la Francophonie.
Il a été accueilli au Parlement de Québec par le premier ministre Jean Charest et a prononcé un long discours devant l’Assemblée nationale.
Toujours aussi incompréhensive à l’égard du fait québécois, la presse française a rapporté de façon tout à fait étrange les propos de N. Sarkozy, tenus à l’occasion de l’ouverture du XIIe sommet de la francophonie.
Ainsi, le quotidien Le Monde a-t-il cru bon d’y voir une “déclaration d’amour aux Québécois“. Or, retranscrire ainsi les évènements, c’est omettre un élément de taille pour la non-négligeable frange souverainiste de la population québécoise: le Président français a abordé les relations triangulaires France-Canada-Québec de façon tout à fait novatrice. Le temps d’un discours, il s’est permis de tirer un trait sur plus de 40 ans de relations fanco-québécoises privilégiées.
De plus, plus tôt dans la journée, il avait répliqué à ceux qui, au Québec, lui reprochent de trop privilégier sa relation avec le Canada qu’il ne voyait “pas au nom de quoi une preuve d’amour pour le Québec, fraternelle et familiale, devrait se nourrir d’une preuve de défiance à l’endroit du Canada. La France est un pays qui rassemble, et non un pays qui divise“. Cette déclaration illustre parfaitement le souhait de revenir sur les principes de “non-ingérence, non-indifférence” qui, jusque là, présidaient nos-relations.
Commentant le discours de M. Sarkozy, Jacques Parizeau, ex-Premier Ministre québécois et artisan du référendum de 1995, a constaté le “jugement très anti-souveraineté du Québec [du Président français]. C’est dire: nous ne sommes pas d’accord avec la souveraineté du Québec“.
“Je ne me souviens pas d’avoir jamais vu un chef d’Etat dire ça pendant tous les débats sur la souveraineté du Québec, pendant toute la campagne référendaire. Même Bill Clinton, avant le référendum, n’avait pas été jusque-là“, a ajouté M. Parizeau, accusant le président français de s’ingérer dangereux dans les affaires intérieures de la province francophone.
Cet article est une fusion de l’article du 17 oct. 2008,
intitulé Nicolas Sarkozy à l’Assemblée nationale du Québec
Sarkozy écourte encore sa visite à Québec
15 octobre 2008 par Le républicain Québécois
Dans relations France-Québec
Par Tommy Chouinard, dans le quotidien La Presse daté du 15 octobre 2008.
(Québec) Le président français Nicolas Sarkozy écourte encore un peu plus sa visite à Québec. Il quittera la vieille capitale samedi midi, avant même le débat sur l’environnement et les changements climatiques auquel tient tant Jean Charest.
L’entourage de M. Sarkozy avait déjà indiqué que le président allait être absent dimanche. Il ratera le débat sur la langue et, surtout, la cérémonie de clôture. C’est la première fois depuis le début des sommets de la francophonie en 1986 qu’un président n’assiste pas à cette cérémonie.
Mais La Presse a appris hier que M. Sarkozy ne sera pas non plus du débat sur la langue, qui se tiendra samedi après-midi. Il doit se rendre aux États-Unis afin d’avoir un entretien avec le président George W. Bush sur la crise financière. Nicolas Sarkozy sera donc à québec de vendredi matin à samedi midi. Vendredi, il participera à un sommet Canada-Union Européenne, s’adressera aux parlementaires de l’assemblée nationale et assistera à la cérémonie d’ouverture du sommet de la francophonie.
Nicolas Sarkozy s’adressera le mois prochain à l’Assemblée nationale du Québec
3 septembre 2008 par Le républicain Québécois
Dans relations France-Québec
Lors de son passage dans la province dans le cadre du Sommet de la Francophonie, Nicolas Sarkozy devrait en effet prendre la parole devant les parlementaires du Québec le vendredi 17 octobre. Cet évènement plutôt rare devancerait alors la rentrée parlementaire, qui doit se faire le 21 octobre.
Or, on le sait, beaucoup craignent que Nicolas Sarkozy s’emploie à redéfinir la doctrine diplomatique française à l’égard du fait québécois. La ” non-ingérence, non-indifférence ” gaullienne n’aurait pas les faveurs de Nicolas Sarkozy qui se montre par ailleurs très affable sur le multiculturalisme canadien, Jean-Pierre Raffarin annonçait déjà il y a quelques mois que le président de la République française est ” mal à l’aise avec la doctrine du « ni-ni » “.
Rappelons que la ville de Québec accueillera le XIIe Sommet de la Francophonie du 17 au 19 octobre prochain. Ce sont les gouvernements du Québec et du Canada qui présentent cette rencontre, en partenariat avec celui du Nouveau-Brunswick. Des délégations de 69 États et gouvernements y sont attendus.





Vous vous trouvez présentemment sur le blog des radicaux de gauche au Québec. Ce site est un média-citoyen d'actualité résolument progressiste et ses auteurs, tous bénévoles, ne génèrent aucun profit de son exploitation. L'absence de publicité et le ton employé ici traduisent la liberté de parole qui l'anime depuis son lancement. Alors, que vous soyez citoyen canadien, résident, étudiant, lecteur assidu ou simple lecteur de passage, participez à la vie politique de la province du Québec et n'hésitez pas à nous contacter pour apporter votre contribution. 






