Gilles Duceppe, chef du Bloc Québécois et Pauline Marois, chef du Parti Québécois et de l’opposition officielle réagissent aux propos de Nicolas Sarkozy, président de la France.
Après une nouvelle journée de mobilisation, le premier ministre estime que le gouvernement «a déjà pris beaucoup» de mesures face à la crise et «ne peut pas aller au-delà». Un nouveau plan de relance est donc exclu.
Un «nouveau plan de relance» face à la crise ? «Certainement pas». En deux mots, François Fillon a de nouveau balayé d’un revers de main toutes les revendications des syndicats, de l’opposition et des manifestants, qui étaient entre 1,2 et 3 millions à défiler ce jeudi en France. Même s’il trouve que les cortèges syndicaux ont exprimé «une inquiétude très légitime» lors de cette journée de mobilisation, pas question donc pour le premier ministre d’envisager des dispositifs supplémentaires.
«On a déjà pris beaucoup» de mesures face à la crise (notamment les 2,6 milliards d’euros après le sommet social) et «on ne peut pas aller au-delà. Il faut d’abord attendre les effets du plan de relance», a-t-il estimé au contraire jeudi soir sur TF1. «Nous avons pris des mesures pour donner du travail aux entreprises, étendre le chômage partiel et mieux l’indemniser, créer un fonds d’investissement social déjà doté de 3 milliards d’euros, avec une intervention au cas par cas dans les entreprises».
Étant donné que du côté français, personne ne voyait d’inconvénient à dévoiler le contenu de la lettre de Sarkozy qui répondait à Pauline Marois et Gilles Duceppe, voici donc le contenu de ladite lettre.
Madame la Chef de l’opposition officielle, Monsieur le Chef du Bloc québécois,
Je vous remercie de votre lettre du 4 février dernier, qui a retenu toute mon attention.
Depuis mon élection, j’ai eu pour but de refonder la relation franco-québécoise en lui donnant un nouvel élan et en élargissant plus encore le champ de notre coopération.
C’est dans cet esprit que je me suis exprimé en octobre dernier devant l’Assemblée Nationale du Québec en mettant en valeur la relation de fraternité qui unit Français et Québécois. L’importance de la participation de la France à la commémoration du 400ème anniversaire de la fondation de Québec et l’éclat de ces manifestations en France ont été en 2008 une illustration de l’intensité de notre relation et du profond attachement du peuple français au peuple québécois,
C’est dans cet esprit également que j’ai signé avec le Premier ministre du Québec une Entente en matière de reconnaissance des qualifications professionnelles qui favorisera la mobilité professionnelle entre la France et le Québec. Elle permettra aux Français qui ont fait le choix de s’installer au Québec de réussir plus facilement leur intégration professionnelle comme aux Québécois de pouvoir exercer leur profession en France. Il s’agit là d’un progrès social et humain exceptionnel, sans équivalent entre deux partenaires situés sur des continents différents.
C’est dans cet esprit enfin que la France a tenu à rendre hommage au peuple québécois en distinguant en 2008 quinze personnalités québécoises de tout premier rang en leur remettant les insignes de l’Ordre national du Mérite ou de la Légion d’Honneur. Dans ce contexte, j’ai eu le plaisir de décorer le 2 février le Premier ministre du Québec des insignes de Commandeur de la Légion d’Honneur. J’ai souligné que cet hommage s’adressait à la personne du Premier ministre mais, au-delà, à la Nation québécoise toute entière.
Ma volonté est d’aller plus loin encore, en approfondissant dans tous les domaines la relation unique qui lie la France et le Québec. Je pense notamment aux domaines économique, scientifique et universitaire, car ce sont les clefs de notre avenir commun, ou encore à notre coopération dans les domaines de la santé et de l’environnement.
Je souhaite que cette nouvelle relation franco-québécoise s’épanouisse en harmonie avec la relation que la France entretient avec le Canada dans son ensemble. Cette communauté d’action est déterminante pour faire avancer les causes auxquelles nous tenons. La victoire commune que nous avons remportée pour la reconnaissance de la diversité culturelle en est l’illustration. Je pense également au projet de nouvel accord entre l’Union européenne et le Canada, pour lequel le Québec joue un rôle moteur. Cette communauté d’action est d’autant plus nécessaire dans le contexte de la crise économique mondiale que nous subissons, dans laquelle la langue française et les valeurs de la francophonie que nous portons ensemble constituent l’un de nos atouts les plus précieux.
Les Québécois, dans la diversité de leurs engagements et de leurs opinions, tiennent une place particulière dans le cœur des Français. Ce lien si profond qui nous unit, fondé sur le respect, la fraternité et la francophonie, constitue notre trésor commun. C’est ce trésor que je voudrais, avec tous les Québécois, promouvoir et valoriser davantage encore.
Je vous prie de croire, Madame la Chef de l’opposition officielle, Monsieur le Chef du Bloc québécois, à l’assurance de ma considération.
La France doit rester garante du libre-choix des Québécois
Les Jeunes Radicaux de Gauche (JRG) dénoncent les propos vexatoires de Nicolas Sarkozy à l’égard de la population Québécoise tenus lundi dernier. En qualifiant de sectaire et imbécile une option qui continue de recueillir 40% à 45% d’opinions favorables, le Président français a jeté l’opprobre sur des millions de citoyens qui partagent des racines communes avec la France.
En conséquence, et quelle que soit l’opinion de ce dernier sur l’option souverainiste défendue dans la Province du Québec, les Jeunes Radicaux de Gauche réaffirment que la France doit rester garante de la liberté des peuples à disposer d’eux-mêmes.
À ce titre, les JRG souhaitent que la doctrine diplomatique de la « non-ingérence, non-indifférence » continue de présider les échanges franco-québécois. Introduite en 1977, cette approche a été respectée par tous les gouvernements français et a permis d’engager d’ambitieux programmes de développement conjoints, en toute indépendance des débats au Québec.
Aussi, pour ne pas hypothéquer un avenir que tout le monde souhaite commun, et quoiqu’advienne le Québec, la France devra respecter scrupuleusement le choix des Québécois dans la conduite de leur destin.
Lettre conjointe présentée par les chefs du Parti Québécois, Paul Marois, et du Bloc Québécois, Gilles Duceppe, au Président français Nicolas Sarkozy.
Montréal, le 4 février 2009
Monsieur le Président,
Nous voulons réagir de deux façons aux propos que vous avez récemment tenus à l’Élysée au sujet du Québec. D’abord, vous nous voyez ravis de constater que vous trouvez trop timide la politique française antérieure qui parlait de « non indifférence » pour qualifier l’intensité des rapports entre nos deux peuples. Vous préférez, dites-vous, parler « d’amour » entre des nations frères faisant partie d’une même famille. Dans la même veine, et cela vous surprendra peut-être de la part de deux leaders indépendantistes, nous vous félicitons pour l’énergie que vous avez mise, et que vous mettez encore, à assurer le succès de dossiers franco-québécois que nous appuyons vivement : la reconnaissance réciproque des diplômes entre Français et Québécois, qui permettra à nos professionnels d’uvrer et de voyager plus facilement de part et d’autre, et le projet de libre-échange Canada-Union Européenne, dont le Québec est le principal promoteur et serait, de ce côté-ci de l’Atlantique, le pr! incipal bénéficiaire.
Car contrairement à l’idée que vous semblez avoir de nous, les indépendantistes québécois sont favorables à tout ce qui permet au Québec de s’ouvrir au monde. Vous semblez l’ignorer, Monsieur le Président, car à l’Élysée, vous avez accompagné vos remarques fraternelles de remontrances à certains de vos frères, affirmant au sujet des indépendantistes québécois qu’ils n’adhèrent pas au « refus du sectarisme, de la division, de l’enfermement sur soi-même, au refus de définir son identité par opposition féroce à l’autre ».
De qui parlez-vous, Monsieur le Président ? Des 49,4 % de Québécois, et donc de la forte majorité de francophones, qui, le soir du 30 octobre 1995, ont voté Oui à la souveraineté du Québec ? Au 43 % qui, lors d’un sondage de la semaine dernière, ont réitéré ce choix ? Cela fait beaucoup de monde. La moitié de la famille, Monsieur le Président. « Sectaires » ? « Féroces » ? les électeurs québécois qui ont élu en octobre 49 députés indépendantistes, soit près des 2/3 de la députation québécoise à la Chambre des communes à Ottawa et, en décembre dernier, 51 députés à Québec, formant ainsi l’opposition officielle ? « Adeptes de l’enfermement », les Québécois qui ont élu quatre gouvernements souverainistes majoritaires au cours des 30 dernières années ?
Nous ne pensions pas que le général de Gaulle nous appelait à l’enfermement sur nous-mêmes lorsqu’il a souhaité, en juillet 1967, que « Vive le Québec libre ! » Nous jugeons toujours qu’il avait raison lorsqu’il a plus longuement expliqué ce qui suit en novembre 1967 : « Que le Québec soit libre c’est, en effet, ce dont il s’agit. Cela aboutira forcément, à mon avis, à l’avènement du Québec au rang d’un État souverain, maître de son existence nationale, comme le sont par le monde tant et tant d’autres peuples, tant et tant d’autres États, qui ne sont pas pourtant si valables, ni même si peuplés, que ne le serait celui-là. » Nous ne pensons pas, non plus, que les nombreux hommes et femmes politiques français, dont plusieurs ont joué et jouent un rôle éminent au sein de votre formation politique, qui nous ont prodigué conseils et encouragements au cours des années et encore aujourd’hui, veulent pousser le Québec au sectarisme.
Notre mouvement est fier d’avoir incarné au cours des années l’exact contraire de l’idée que vous vous en faites. C’est ainsi que le fondateur de notre mouvement, René Lévesque, s’est battu bec et ongles pour que le Québec puisse s’exprimer au sein de l’Organisation internationale de la Francophonie, lorsque le gouvernement canadien le lui refusait. On doit à son successeur Jacques Parizeau d’avoir, le premier, appuyé le projet de libre-échange canado-américain, contre les partis pro-canadiens à l’origine trop frileux pour s’y engager. La mobilisation de l’électorat souverainiste québécois en faveur de cet accord en a assuré le succès lors d’une élection cruciale en 1988.
Ce sont des politiques économiques mises en uvre par des gouvernements du Parti Québécois qui ont permis au Québec d’avoir une économie plus ouverte sur le monde que celle de la plupart des pays occidentaux. Ce sont des politiques linguistiques introduites par le Parti Québécois qui assurent désormais au sein de la majorité québécoise l’intégration de vagues d’immigration successives, jouissant de politiques plus ouvertes et plus généreuses que celles de la plupart des pays occidentaux.
C’est l’Assemblée nationale du Québec, sous la direction d’un président indépendantiste, qui a organisé la Conférence des parlementaires des Amériques, contre le vu du gouvernement canadien et malgré les obstacles qu’il lui a opposés. Les exemples sont nombreux.
Nous ne savons pas d’où vous est venue l’idée que nous réclamons de vous que vous détestiez le Canada. Malgré nos différends importants avec nos voisins, nous respectons ce pays, ses valeurs et sa population. Nous pensons que l’indépendance du Québec mettrait un terme aux rancurs et aux débats épuisants qui jalonnent l’histoire de notre présence dans le Canada. Dans l’argumentaire que nous distribuons largement, nous affirmons à tous que « le Canada et le Québec seront de bons partenaires au sein de la communauté internationale. Souverain, le Québec discutera de pays à pays avec le Canada et les chicanes fédérales-provinciales seront choses du passé. Nos deux nations sont destinées à collaborer, histoire et géographie obligent. »
Vous n’êtes pas sans savoir que les Nations-Unies ont accueilli, depuis 1980, pas moins de 38 nouveaux pays. Chacun a choisi de parler de sa propre voix, plutôt que de prolonger sa présence au sein d’un pays plus large qui n’était pas le sien. Loin de condamner leur arrivée, de leur faire des remontrances sur l’enfermement, la France les a accompagnés, les a reconnus. C’est ce que les Québécois attendent d’elle.
Mais nous devons à la vérité de vous faire savoir que jamais un chef d’État étranger n’a autant manqué de respect aux plus de deux millions de Québécois qui se sont prononcés pour la souveraineté. Plusieurs chefs d’État et de gouvernement, surtout du monde anglophone, ont publiquement souhaité le maintien d’un Canada uni, vantant, comme l’avait fait le président Bill Clinton en 1995, la qualité des rapports entre son pays et le Canada. D’ailleurs, George Bush père avait affirmé en 1990 que notre cas était parmi ceux où « il faut rester courageusement assis en coulisses ». Aucun n’a utilisé envers le mouvement indépendantiste les épithètes pour tout dire méprisantes que vous employez.
Mais puisque vous parlez d’enfermement, Monsieur le Président, laissez-nous vous éclairer davantage. Vous avez affirmé lors de votre passage en octobre que le Canada, « par son fédéralisme, a décliné un message de respect de la diversité et d’ouverture ». Savez-vous que depuis maintenant plus d’un quart de siècle, le Québec est gouverné par une constitution canadienne qui lui a été imposée contre sa volonté, qui restreint son autonomie en matière d’éducation, de langue et de culture, qui n’a pas été soumise à un référendum et qu’aucun premier ministre québécois, depuis René Lévesque jusqu’à Jean Charest, n’accepte de signer ? Savez-vous qu’aucune réparation de cette situation inacceptable n’est envisagée ou envisageable ? La France accepterait-elle de rester dans l’Union Européenne si le reste de l’Europe lui imposait un nouveau traité réduisant unilatéralement sa souveraineté sur des questions identitaires, sans même la consulter par référendum ? Nous n’osons imaginer quell! e serait votre réaction si une telle injustice était infligée à votre nation.
Enfermement encore : nous savons désormais qu’au soir du référendum de 1995, si une majorité de Québécois avaient démocratiquement voté en faveur de la souveraineté du Québec, le premier ministre canadien Jean Chrétien aurait refusé de reconnaître ce choix.
C’est ce qu’il a avoué depuis, même s’il avait déclaré cinq jours auparavant, dans une adresse solennelle à la nation, qu’un choix pour le Oui serait « irréversible ». Toute honte bue, le premier ministre canadien maintient que, même en votant majoritairement pour la souveraineté, le Québec n’aurait pu quitter le Canada. Nous savons cependant que, simultanément, votre prédécesseur, le président Jacques Chirac, aurait reconnu la décision politique des Québécois, se rangeant ainsi du côté de la démocratie et l’accompagnant dans son choix. Plusieurs pays francophones auraient fait de même et nous savons que la démocratie l’aurait emporté.
Il est vrai, Monsieur le Président, que les Québécois ne seront pas appelés à revoter sur cette question dans l’avenir immédiat. Cependant, puisque rien de fondamental n’est résolu dans les rapports Québec-Canada, il n’est pas impossible que cela survienne pendant que vous présidez aux destinées de la France. Il n’est pas impossible que la démocratie québécoise ait besoin de l’appui de tous ses amis, de tous ses frères.
Dans cette hypothèse, il vous reviendra de décider si vous souhaitez laisser, ou non, la marque d’un président qui, à un moment crucial, a su répondre avec une réelle fraternité à l’appel de l’Histoire.
Pauline Marois
Chef du Parti Québécois
Chef de l’opposition officielle
par Robin Philpot, Auteur de Derrière l’État Desmarais: POWER. (Les Intouchables, 2008), publié dans l’édition du 04 février 2009 du quotidien Le Devoir.
La non-ingérence et la non-indifférence, ce n’est pas mon truc!» Voilà que Paul Desmarais récolte ce qu’il a semé depuis la campagne référendaire de 1995. Ne nous trompons pas! La déclaration de Nicolas Sarkozy à l’Élysée en compagnie de Paul Desmarais et un certain premier ministre du Québec n’est qu’une autre manche dans la campagne référendaire lancée par Jacques Parizeau lors de son élection en septembre 1994.
Rappelons brièvement les événements. Jacques Chirac a remporté l’élection présidentielle française de mai 1995, renvoyant ainsi son adversaire Édouard Balladur et, surtout, le partisan le plus enthousiaste de celui-ci, Nicolas Sarkozy, dans les limbes politiques. Peu après l’élection, Jacques Chirac a déclaré clairement à l’émission Larry King Live de CNN que la France reconnaîtrait le Québec en cas d’une victoire du Oui au référendum du 30 octobre 1995. Le Québec et le mouvement souverainiste ont gagné une première manche. Mais les adversaires n’allaient pas dormir au gaz. Comme nous le savons, d’Ottawa à Vancouver et de Montréal à Halifax, ils ont mis à contribution leur appareil d’État, leurs médias, leurs portefeuilles et tout le «Corporate Canada», pour reprendre les mots de l’ancien Capitaine Canada Brian Tobin. Et à la tête de ce «Corporate Canada», on retrouve Power Corporation et son chef Paul Desmarais. On connaît le résultat du référendum ainsi que les suites: Charest à Québec, le plan B, la loi dite de la clarté, les commandites et le reste. Ce qu’on connaît moins, c’est l’acharnement des «unitaristes» canadiens à faire infléchir la politique française à l’égard du Québec. Si les Québécois votaient en faveur de la souveraineté, la clé de la réussite se trouverait dans la reconnaissance internationale de ce nouveau pays. De même, les adversaires de la souveraineté ne sont pas sans ignorer qu’une façon de mettre un couvercle hermétique sur le Québec consisterait à réduire à une relation banale, voire folklorique, les rapports particuliers et exceptionnels entre la France et le Québec qui datent du célèbre «Vive le Québec libre» de 1967, et qui demeurait un terrible irritant pour une France qui voudrait améliorer ses relations avec le Canada. Entrent en scène de nouveau Paul Desmarais et Power Corporation.
Nicolas Sarkozy était un politicien défait en 1995, et un politicien défait est toujours une proie facile. Paul Desmarais le sait pertinemment, car c’est en des moments de creux qu’il a réussi à mettre à sa main tant de politiciens québécois et canadiens, de Daniel Johnson à Jean Charest en passant par Jean-Jacques Bertrand, Brian Mulroney et Paul Martin, sans oublier une tentative sans succès avec René Lévesque. C’est à ce moment en 1995, quand Jacques Chirac s’apprêtait à reconnaître le Québec, que Paul Desmarais est devenu l’ami de Nicolas Sarkozy. Pendant douze ans, de 1995 à 2007, les Desmarais père et fils ont cultivé cette relation d’amitié à coups de visites à Sagard et de soutien à la campagne politique de l’actuel président, de telle sorte que Paul Desmarais était l’un des deux seuls convives de nationalité étrangère à assister à la fête de la victoire de Sarkozy au Fouquet’s le 6 mai 2007. Et il a reçu du même président Sarkozy, le
15 février 2008, la plus haute distinction française, la grand-croix de la Légion d’honneur, deux grades au-dessus de la distinction donnée à Jean Charest.
Les efforts des Desmarais ont porté fruit sur le plan politique, comme nous le voyons, mais aussi sur le plan économique. Les Desmarais, de concert avec leur complice de toujours le Belge Albert Frère, sont maintenant les actionnaires de référence de deux des plus grandes entreprises françaises, soit la pétrolière Total, quatrième au monde, et la gazière GDF-Suez. Dans le cas de GDF-Suez, d’ailleurs, c’est Nicolas Sarkozy qui a privatisé Gaz de France au profit de l’entreprise Suez contrôlée par Desmarais et Frère.
Nicolas Sarkozy remet les pieds dans le plat et confirme sa pensée pour ceux qui pensaient encore que le débat qu’il avait soulevé en Octobre dernier n’était du qu’à une mauvaise interprétation de ses propos.
La France a connu, jeudi 29 janvier, une mobilisation massive contre la politique économique et sociale du gouvernement, échappant toutefois à la paralysie et au “jeudi noir” prévus par certains.
Selon la CGT et Force ouvrière, plus de 2,5 millions de salariés du public et du privé ont défilé dans tout le pays à l’appel de tous les syndicats, pour une fois unis. Le ministère de l’intérieur a comptabilisé pour sa part 1,08 million de manifestants dans les 195 cortèges recensés. (Voir l’infographieLes chiffres des manifestations en France)
Les syndicats estiment avoir réussi leur pari de mobiliser autant qu’en 2006 contre le contrat première embauche. Selon François Chérèque, secrétaire général de la CFDT, les défilés de jeudi sont les “plus grandes manifestations de salariés depuis une vingtaine d’années“. Ce n’est pas l’avis du porte-parole du gouvernement, qui a relativisé l’ampleur du mouvement. “Il n’y a pas un niveau de grève exceptionnel, c’est plutôt en-deçà dans le secteur public que ce qui avait été constaté lors des derniers mouvements“, a dit Luc Chatel sur Europe 1.
Selon les chiffres officiels, un quart des quelque cinq millions de fonctionnaires a répondu à l’appel à la grève. Outre l’éducation, où au moins la moitié des enseignants des écoles ne travaillait pas, les perturbations ont surtout touché les chemins de fer, les transports en commun et aérien, mais sans atteindre les niveaux annoncés. Grèves et débrayages ont aussi affecté le secteur privé, dont les salariés étaient bien visibles dans les cortèges alors que les périodes de crise marquent presque généralement un reflux des mouvements sociaux. (Lire l’article Bilan de la grève, secteur par secteur)
Les cortèges, particulièrement fournis en province, avançaient des revendications diverses : sauvegarde de l’emploi, défense des services publics, fin de la “casse” sociale, défense des libertés… (Voir le reportage A la Bastille, chaque manifestant a ses raisons)
A Paris, la préfecture de police a fait état de 65 000 manifestants, un chiffre contesté par les syndicats, la CGT ayant quant à elle compté 300 000 personnes. En fin de manifestation, des incidents ont opposé quelques centaines de manifestants aux forces de l’ordre dans le quartier de l’Opéra, où plusieurs feux ont été allumés, incitant les forces de l’ordre à charger et à tirer des gaz lacrymogènes.
Nicolas Sarkozy, omniprésent dans les slogans et sur les banderoles des manifestations, a dit en fin de journée comprendre l’inquiétude “légitime” des protestataires. Le chef de l’Etat a indiqué qu’il rencontrerait dans le courant du mois de février les organisations syndicales et patronales afin de “convenir du programme de réformes à conduire en 2009 et des méthodes pour le mener à bien“.
Reste à savoir si cette annonce suffira à convaincre les syndicats, qui se sont dit prêts à durcir le mouvement. (Lire l’article Les dirigeants syndicaux pensent déjà à la suite)
L’opposition a elle aussi donné de la voie, les leaders socialistes se montrant notamment au passage du cortège parisien. (Lire la note du blog “Puzzle socialiste” L’état-major socialiste était de sortie)
L’Elysée a procédé jeudi au mini-remaniement gouvernemental attendu depuis plusieurs semaines en nommant, comme prévu, Brice Hortefeux au Travail, Eric Besson à l’Immigration et, surpris, en confiant à Nathalie Kosciusko-Morizet l’Economie numérique.Considéré comme l’un des collaborateurs les plus proches du chef de l’Etat, Brice Hortefeux quitte le poste très controversé de l’Immigration pour rejoindre le ministère du Travail, où il prend la place de Xavier Bertrand, qui part prendre la tête de l’UMP.
Il est remplacé dans ses anciennes fonctions par Eric Besson, transfuge du Parti socialiste et figure de “l’ouverture” sarkozyenne, considéré comme l’incarnation du “traître” par ses anciens camarades.
Sa tâche sera d’autant plus délicate que son ministère, accusé par la gauche d’organiser les reconduites d’immigrés clandestins à la frontière en faisant un maximum de “chiffre”, cristallise la colère de l’opposition.
La principale surprise dans ce jeu de chaises musicales, dont les grandes lignes étaient connues, vient de la nomination de Nathalie Kosciusko-Morizet au secrétariat d’Etat à l’Economie numérique auprès du Premier ministre, en remplacement d’Eric Besson.
BRUXELLES (AFP) — Les dirigeants de l’UE ont trouvé un accord vendredi pour mettre en oeuvre leurs ambitieux objectifs de protection du climat, qui doit servir d’exemple pour les négociations internationales, permettant à la France d’achever sur un succès sa présidence de l’UE.”Il n’y a pas un continent au monde qui se soit doté de règles aussi contraignantes”, s’est félicité le président français Nicolas Sarkozy, lors d’une conférence de presse à l’issue du sommet.
“Nous avons réussi”, “nous sommes dignes de notre rôle d’avant-garde”, a déclaré la chancelière allemande Angela Merkel.
Cet accord a été scellé malgré la crise économique, face à laquelle les dirigeants de l’UE ont approuvé vendredi un plan de relance d’un montant global chiffré à “environ 1,5% du PIB” de l’UE, soit environ 200 milliards d’euros.
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